{"id":524936,"date":"2024-09-24T06:00:00","date_gmt":"2024-09-24T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=524936"},"modified":"2024-09-24T06:00:00","modified_gmt":"2024-09-24T04:00:00","slug":"gerhard-schwarz-milice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/suisse\/gerhard-schwarz-milice\/","title":{"rendered":"Les atouts de la milice et les d\u00e9fauts de la professionnalisation"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Les d\u00e9fauts du principe de milice inscrit dans l\u2019ADN suisse seraient plus prononc\u00e9s encore dans un syst\u00e8me davantage professionnalis\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p>Un extrait traduit du livre de Gerhard Schwarz <em>Die Schweiz hat Zukunft<\/em> (r\u00e9f\u00e9rences en fin d\u2019article).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p>Lorsque je voyage dans les pays voisins et que j\u2019y ai des contacts avec les autorit\u00e9s locales et les acteurs politiques, je me rends compte \u00e0 quel point ce que nous appelons la milice nous distingue d\u2019eux et quel puissant ciment elle repr\u00e9sente. Dans les pays voisins, les \u00e9lites ne se m\u00e9fient pas seulement du peuple, qui pourrait prendre des d\u00e9cisions extr\u00e9mistes, mais elles se m\u00e9fient \u00e9galement des non-professionnels qui composent les ex\u00e9cutifs, le monde politique et l\u2019administration. Inversement, la Suisse est sceptique en ce qui concerne la professionnalisation de l\u2019ensemble du secteur public. Cela explique aussi pourquoi m\u00eame la justice n\u2019est pas vue comme une entit\u00e9 neutre planant au-dessus du reste. Le mythe d\u2019une justice apolitique est certes entretenu par quelques juristes, mais la grande majorit\u00e9 de la population sait que la jurisprudence peut certes \u00eatre ind\u00e9pendante, mais jamais totalement neutre. Le fait que les juges non professionnels continuent \u00e0 jouer un r\u00f4le dans ce domaine s\u2019inscrit donc parfaitement dans cette logique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de milice, qui vient du latin <em>militia<\/em>, indique l\u2019origine guerri\u00e8re du concept. Ainsi, l\u2019obligation g\u00e9n\u00e9rale de servir est la premi\u00e8re et la plus typique expression du principe de milice. L\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine sous-jacente est que le citoyen \u2013 plus rarement la citoyenne \u2013 manifeste par son service militaire son attachement \u00e0 la nation. Le service militaire obligatoire et l\u2019id\u00e9e d\u2019une arm\u00e9e non professionnelle dans laquelle tous ceux qui effectuent leur service militaire conservent leur arme militaire \u00e0 la maison ont quelque chose de f\u00e9d\u00e9rateur qui d\u00e9passe toutes les couches sociales et contribue \u00e0 la coh\u00e9sion du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1830 environ, la notion de milice s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e bien au-del\u00e0 de sa dimension guerri\u00e8re et s\u2019est \u00e9mancip\u00e9e de l\u2019Etat autoritaire de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Ce qui \u00e9tait valable dans l\u2019arm\u00e9e est devenu la r\u00e8gle au sein de l\u2019Etat: les individus ne sont pas les sujets d\u2019un Etat, mais assument en tant que citoyens des responsabilit\u00e9s au sein de l\u2019Etat et pour l\u2019Etat en fonction de leurs capacit\u00e9s. Cela signifie que des citoyens et citoyennes \u00e9lus \u2013 \u00e0 l\u2019origine \u00e0 la place de fonctionnaires et d\u2019employ\u00e9s de l\u2019Etat \u00e0 vie, puis de plus en plus \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces derniers \u2013 participent \u00e0 l\u2019organisation de l\u2019Etat et donc de la soci\u00e9t\u00e9. En particulier au niveau communal. Le plus souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur activit\u00e9 principale, en \u00e9change de modestes indemnit\u00e9s de pr\u00e9sence, ou en tout cas pas d\u2019une r\u00e9mun\u00e9ration conforme au march\u00e9, et, contrairement \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, de mani\u00e8re largement b\u00e9n\u00e9vole.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans plusieurs cantons, les citoyens ordinaires peuvent m\u00eame \u00eatre contraints d\u2019accepter une fonction contre leur gr\u00e9, que ce soit au sein de l\u2019ex\u00e9cutif communal ou de la commission scolaire, s\u2019il n\u2019y a pas assez de volontaires<a href=\"\/en\/#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Cela n\u2019arrive pas seulement dans les petits cantons dits conservateurs comme Appenzell Rhodes-Int\u00e9rieures ou Nidwald, mais aussi dans le canton de Zurich. Le canton d\u2019Uri a m\u00eame proc\u00e9d\u00e9, il n\u2019y a pas si longtemps (2016), \u00e0 une r\u00e9vision de la loi qui punit les personnes refusant d\u2019exercer leur fonction d\u2019une amende de 5000 francs, mais uniquement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans et \u00e0 moins que des raisons de sant\u00e9 ou des raisons professionnelles imp\u00e9rieuses ne puissent \u00eatre invoqu\u00e9es. Le maintien de l\u2019obligation d\u2019exercer une fonction, bien qu\u2019elle soit critiqu\u00e9e de nombreux c\u00f4t\u00e9s comme \u00e9tant \u00abd\u00e9pass\u00e9e\u00bb, s\u2019explique simplement par le fait que l\u2019engagement citoyen reste indispensable au fonctionnement des communes suisses. Parall\u00e8lement, il est de plus en plus difficile de trouver des b\u00e9n\u00e9voles, surtout dans les communes de taille moyenne. De nombreux aspects de la vie moderne placent le syst\u00e8me de milice devant de grands d\u00e9fis. En font partie la mondialisation, les nombreux voyages et absences, l\u2019\u00e9norme pression dans le monde du travail, le manque de compr\u00e9hension des chefs d\u2019entreprise et des propri\u00e9taires \u00e9trangers, les d\u00e9m\u00e9nagements plus fr\u00e9quents, l\u2019identification moins forte avec sa commune de r\u00e9sidence, l\u2019activit\u00e9 professionnelle des femmes, une certaine stagnation des revenus dans la classe moyenne, la baisse de la consid\u00e9ration pour le service \u00e0 la communaut\u00e9 et le transfert de comp\u00e9tences vers la Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons. Pourtant, le large engagement b\u00e9n\u00e9vole de la population dans les ex\u00e9cutifs communaux, les l\u00e9gislatifs cantonaux, les commissions scolaires et les conseils de paroisse, les autorit\u00e9s sociales ou les pompiers, pour ne citer que quelques-unes des fonctions les plus importantes, est n\u00e9cessaire pour que la Suisse reste la Suisse et puisse fonctionner avec autant de succ\u00e8s qu\u2019auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>En Suisse, environ une personne sur trois de plus de 15 ans effectue une activit\u00e9 b\u00e9n\u00e9vole sous une forme ou une autre, c\u2019est-\u00e0-dire un travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 au service de la communaut\u00e9. Cela repr\u00e9sente plus de deux millions de personnes. A la fin des ann\u00e9es 1990, les chiffres \u00e9taient encore nettement plus \u00e9lev\u00e9s. A l\u2019\u00e9poque, environ 50% de la population suisse faisait du b\u00e9n\u00e9volat. En 2010, ils \u00e9taient encore 37%<a href=\"\/en\/#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Le b\u00e9n\u00e9volat comprend d\u2019une part les nombreuses t\u00e2ches informelles comme l\u2019aide au voisinage ou la garde d\u2019enfants. Mais il comprend \u00e9galement les activit\u00e9s institutionnalis\u00e9es dans le cadre d\u2019associations et de partis ainsi que \u2013 de mani\u00e8reassez unique et tr\u00e8s typique pour la Suisse \u2013 dans les autorit\u00e9s et les parlements. Plus de 100\u2009000 personnes occupent des fonctions politiques au niveau f\u00e9d\u00e9ral, cantonal et communal.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, plusieurs pressions s\u2019exercent sur ce syst\u00e8me. Environ deux tiers des quelque 2000 communes ont du mal \u00e0 pourvoir les postes de l\u2019ex\u00e9cutif et des instances. Au niveau f\u00e9d\u00e9ral, l\u2019id\u00e9e de milice est d\u00e9sormais plus un mythe qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9, car le taux d\u2019occupation des conseillers aux Etats et des conseillers nationaux se situe en moyenne entre 70% et 85%. Pourtant, m\u00eame l\u00e0, la plupart des politiciens ont appris un m\u00e9tier, ont travaill\u00e9 un certain temps dans cette profession et ont gard\u00e9 un pied dans le monde du travail, id\u00e9alement dans l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e. Ce recours \u00e0 des parlementaires \u00e0 temps partiel a de nombreux effets positifs: un transfert de connaissances de l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e vers la politique a lieu, et les deux camps \u2013 \u00e9conomie et politique \u2013 d\u00e9veloppent une meilleure compr\u00e9hension mutuelle. Les \u00e9lus de milice sont en outre plus proches des citoyens, plus pragmatiques et \u2013 parce qu\u2019ils sont moins d\u00e9pendants de leur fonction sur le plan \u00e9conomique \u2013 plus en mesure d\u2019exprimer leur ind\u00e9pendance intellectuelle. En bref, ils ont davantage les pieds sur terre et sont plus proches du peuple. Toutefois, malgr\u00e9 le principe de milice, il existe une certaine distance entre les politiciens et leur \u00e9lectorat<a href=\"\/en\/#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, dans les partis dits du centre, le PLR et l\u2019ex-Parti d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien, tout comme au PS, dont la direction est assez \u00e9loign\u00e9e du monde du travail, ou \u00e0 l\u2019UDC, o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 de la vie de nombreux \u00e9lus n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir avec celle de la base. Mais cet \u00e9cart serait encore plus grand avec des politiciens purement professionnels, sans compter que les instruments de la d\u00e9mocratie directe offrent un correctif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 le principe de milice est pratiqu\u00e9, il cr\u00e9e un sentiment d\u2019identification et d\u2019attachement \u00e9motionnel<a href=\"\/en\/#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. On le voit bien au niveau des cantons et des communes, o\u00f9 la d\u00e9saffection pour la politique est limit\u00e9e et o\u00f9 l\u2019on a moins le sentiment d\u2019\u00eatre dirig\u00e9 par une classe politique d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me de milice est le pendant de la d\u00e9mocratie directe <strong><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/politique\/suisse\/milice-democratie-directe-federalisme\/\">(lire l\u2019article d\u20190livier Meuwly)<\/a><\/em><\/strong>. Comme cette derni\u00e8re, il na\u00eet de la conception coop\u00e9rative de l\u2019Etat et du renoncement \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation des affaires publiques \u00e0 une caste militaire et politique. Ces deux \u00e9l\u00e9ments exigent non seulement des d\u00e9cisions prises par tous, mais aussi la participation et la prise de responsabilit\u00e9 de tous. Pour cette raison, nous ne partageons pas le respect de nos voisins allemands envers les autorit\u00e9s, ni la critique radicale de l\u2019Etat des libertariens am\u00e9ricains. L\u2019id\u00e9e de milice et l\u2019esprit communautaire ont aussi largement contribu\u00e9 \u00e0 ce que la mod\u00e9ration et le fait d\u2019\u00eatre dans la moyenne soient souvent consid\u00e9r\u00e9s comme synonymes de qualit\u00e9 et qu\u2019il y ait moins de culte de la personnalit\u00e9 dans la politique suisse qu\u2019ailleurs. Les politiciens particuli\u00e8rement brillants sont peut-\u00eatre respect\u00e9s, mais peu admir\u00e9s et certainement pas aim\u00e9s. Lorsque, un jour, \u00e0 Paris, j\u2019ai qualifi\u00e9 l\u2019un des conseillers f\u00e9d\u00e9raux de l\u2019\u00e9poque \u2013 il s\u2019agissait de Kurt Furgler \u2013 de brillant sur le plan intellectuel, avant d\u2019ajouter que c\u2019\u00e9tait sans doute son plus grand handicap, j\u2019ai suscit\u00e9 un profond \u00e9tonnement. En France, \u00eatre brillant est un atout politique. En Suisse, en revanche, celui qui survole est accueilli avec m\u00e9fiance \u2013 et malheureusement avec une malveillance peu sympathique s\u2019il chute. Le proverbe japonais selon lequel un clou qui d\u00e9passe doit \u00eatre enfonc\u00e9 est \u00e9galement valable dans le Japon europ\u00e9en, \u00e0 savoir la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Compte tenu de ce constat, je consid\u00e8re comme d\u00e9sastreuse la tendance toujours plus marqu\u00e9e, \u00e9galement en Suisse, \u00e0 se lancer directement en politique apr\u00e8s les \u00e9tudes et \u00e0 en faire le but de sa vie. Les \u00e9lus qui ne sont que des politiciens ne sont pas de meilleurs politiciens. L\u2019exigence de professionnaliser la politique n\u2019est pas convaincante. L\u2019argument souvent avanc\u00e9 selon lequel les politiciens de milice seraient d\u00e9pass\u00e9s par la complexit\u00e9 des t\u00e2ches \u00e0 accomplir ne tient pas compte du fait que m\u00eame les politiciens professionnels sp\u00e9cialis\u00e9s dans certains th\u00e8mes, comme l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique ou la cybercriminalit\u00e9, ne peuvent se passer des conseils d\u2019experts. Si, comme l\u2019\u00e9crit Roger de Weck, \u00aben Suisse, apr\u00e8s une longue formation d\u2019opinion [\u2026] les citoyens les plus int\u00e9ress\u00e9s par la politique sont aussi bien inform\u00e9s qu\u2019un d\u00e9put\u00e9 du Bundestag allemand\u00bb<a href=\"\/en\/#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, pourquoi les politiciens de milice ne le seraient-ils pas? Et les d\u00e9cisions prises par les parlements professionnels dans les pays europ\u00e9ens sont-elles tellement meilleures que celles du parlement de milice suisse? Contrairement \u00e0 l\u2019exigence, d\u00e9j\u00e0 postul\u00e9e il y a 100 ans par le sociologue Max Weber, qui pr\u00e9vaut dans de nombreux esprits, notamment allemands, selon laquelle faire de la politique s\u00e9rieuse est une activit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e aux politiciens professionnels<a href=\"\/en\/#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, l\u2019opinion qui domine en Suisse est que la politique n\u2019est pas un m\u00e9tier, mais une vocation, une passion, qui n\u00e9cessite des non-professionnels amateurs qui aiment leur activit\u00e9. Du point de vue de la coh\u00e9sion et de l\u2019acceptation de la d\u00e9mocratie, les non-professionnels engag\u00e9s, qui fondent leurs d\u00e9cisions \u00e0 la fois sur les conseils d\u2019experts reconnus et sur la volont\u00e9 du peuple dans lequel ils s\u2019ancrent, sont plus pr\u00e9cieux que des politiciens professionnels. De plus, du point de vue de la qualit\u00e9 des d\u00e9cisions, ils ne sont certainement pas moins bons, et m\u00eame \u00abl\u2019administration de milice [est] \u00e0 bien des \u00e9gards mieux \u00e0 m\u00eame que l\u2019administration professionnelle de tenir compte de la dynamique et de la complexit\u00e9 accrues de la soci\u00e9t\u00e9 moderne\u00bb<a href=\"\/en\/#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, le principe de milice a aussi des inconv\u00e9nients. Le copinage dont se plaignent de nombreux acteurs en Suisse est li\u00e9 d\u2019une part \u00e0 la petite taille du pays et une forme de protectionnisme qui r\u00e8gne par endroits, mais d\u2019autre part aussi au fait qu\u2019en raison de la taille relativement r\u00e9duite de l\u2019\u00e9lite politique et \u00e9conomique, il est presque indispensable d\u2019exercer plusieurs fonctions et que les groupes sociaux et les fonctions sont donc moins strictement s\u00e9par\u00e9s qu\u2019ailleurs. Cela ne correspond pas toujours, tant s\u2019en faut, aux conceptions anglo-saxonnes de la gouvernance d\u2019entreprise et de la s\u00e9paration des int\u00e9r\u00eats et des pouvoirs. Les managers, pour ne citer qu\u2019un exemple, ne se connaissent pas seulement parce qu\u2019ils viennent du m\u00eame coin du pays ou parce qu\u2019ils ont \u00e9tudi\u00e9 dans la m\u00eame universit\u00e9, et peut-\u00eatre m\u00eame parce qu\u2019ils ont eu une carri\u00e8re commune, ils se connaissent aussi par le biais de l\u2019arm\u00e9e, de comit\u00e9s culturels et caritatifs, et peut-\u00eatre m\u00eame par une activit\u00e9 politique, une participation \u00e0 une autorit\u00e9 ou un mandat politique. La Suisse est donc un pays aux r\u00e9seaux extr\u00eamement denses. Toutefois, il y a copinage et copinage\u2026 L\u2019un l\u00e9ger, l\u2019autre important. L\u2019un est in\u00e9vitable, voire utile, et a en tout cas ses avantages. Il est utile d\u2019avoir un large r\u00e9seau de relations, donc pas seulement dans le domaine \u00e9troit de sa propre profession; il est utile de pouvoir puiser dans un grand r\u00e9servoir pour trouver de bonnes personnes; et il est \u00e9galement utile de conna\u00eetre les candidats \u00e0 une fonction dirigeante non seulement sur la base de leur <em>curriculum vitae<\/em> et d\u2019un entretien d\u2019embauche, mais aussi d\u2019exp\u00e9riences communes. Il faut en revanche combattre avec v\u00e9h\u00e9mence l\u2019autre type de copinage. Il s\u2019agit ici des liens malsains qui se favorisent mutuellement, du n\u00e9potisme, qui ne repose pas sur la comp\u00e9tence et l\u2019aptitude, mais sur l\u2019appartenance au m\u00eame parti, au m\u00eame club ou \u00e0 la m\u00eame corporation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais m\u00eame si l\u2019on met un terme \u00e0 ce copinage malsain, les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats ne manqueront pas de se multiplier en raison du cumul des fonctions. Le politicien de milice n\u2019a pas seulement l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses \u00e9lecteurs en t\u00eate, mais peut-\u00eatre aussi celui de l\u2019entreprise ou de l\u2019association pour laquelle il travaille. Mais est-ce totalement diff\u00e9rent pour les politiciens professionnels? N\u2019ont-ils en t\u00eate que l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou leur cercle \u00e9lectoral, ou ne sont-ils pas aussi soumis \u00e0 de nombreuses influences de la part des lobbyistes et des groupes de pression? Le fait qu\u2019un parlement de milice soit compos\u00e9 en grande partie de repr\u00e9sentants d\u2019int\u00e9r\u00eats a plus d\u2019avantages que d\u2019inconv\u00e9nients<a id=\"_ftnref8\" href=\"\/en\/#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Les revendications visant \u00e0 ce que les parlementaires f\u00e9d\u00e9raux renoncent \u00e0 leurs mandats associatifs vont donc dans la mauvaise direction et ouvrent la voie \u00e0 des politiciens purement professionnels sans grande exp\u00e9rience en dehors de la politique et sans expertise sp\u00e9cifique. Toutefois, ces liens d\u2019int\u00e9r\u00eats gagneraient en l\u00e9gitimit\u00e9 s\u2019ils \u00e9taient rendus publics. Pour autant, il ne faut pas exag\u00e9rer les bienfaits de transparence, et surtout \u00e9viter de penser que seuls les postes et l\u2019argent conduisent \u00e0 d\u00e9velopper des affinit\u00e9s d\u2019id\u00e9es. L\u2019amiti\u00e9 et les convergences id\u00e9ologiques sont tout aussi importantes. Toutefois, il serait sans aucun doute profitable \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la politique que les citoyennes et les citoyens soient inform\u00e9s des relations de proximit\u00e9 particuli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Gerhard Schwarz<\/em><\/strong><em> est \u00e9conomiste. Ancien directeur de la r\u00e9daction \u00e9conomique de la <\/em>NZZ<em>, puis directeur du groupe de r\u00e9flexion lib\u00e9ral Avenir Suisse, il pr\u00e9side la Progress Foundation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:24% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><a href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/la_decision-karine_tuil-9782072943546\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/die-schweiz-hat-zukunft-1-707x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-524939 size-full\"\/><\/a><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Gerhard Schwarz<br><em>Die Schweiz hat Zukunft. Von der positiven Kraft der Eigenart<\/em><br>NZZ Libro<br>2021<br>168 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.nzz-libro.ch\/gerhard-schwarz-die-schweiz-hat-zukunft-978-3-03810-446-9\">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn1\" href=\"\/en\/#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u2003Cela peut alors conduire \u00e0 des situations aussi grotesques que le d\u00e9m\u00e9nagement d\u2019une personne \u00e9lue par le peuple qui, pour une raison ou une autre, ne se sent pas en mesure d\u2019assumer une fonction. C\u2019est ainsi qu\u2019en 2008, une femme \u00e9lue \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif de la commune de Bauen (Uri) sans avoir \u00e9t\u00e9 candidate et contre son gr\u00e9 a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 pendant plusieurs mois dans un village voisin, \u00e0 6 kilom\u00e8tres de l\u00e0, apr\u00e8s que sa demande d\u2019\u00eatre d\u00e9charg\u00e9e de sa fonction a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e malgr\u00e9 un certificat m\u00e9dical. Voir par exemple Sibilla Bondolfi, <em>Zwang in der Demokratie<\/em> ou <a href=\"https:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/politique\/contrainte-en-d%c3%a9mocratie_et-si-le-citoyen-n-est-pas-consentant\/42226324\">\u00abEt si le citoyen n\u2019est pas consentant\u2026\u00bb<\/a>, Swissinfo, publi\u00e9 le 15 juin 2016<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn2\" href=\"\/en\/#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u2003Voir Patrik Schellenbauer, \u00abEine Neudefinition des Milizprinzips\u00bb, dans Gerhard Schwarz\/Urs Meister (\u00e9d.), <em>Ideen f\u00fcr die Schweiz. 44 Chancen, die Zukunft zu gewinnen<\/em>, NZZ Libro, 2013, p. 283 ss., en particulier p. 289, et Markus Lamprecht\u00a0\/\u00a0Adrian Fischer\u00a0\/\u00a0Hanspeter Stamm, <em>Freiwilligen-Monitor Schweiz 2020<\/em>, Seismo, 2020, p. 9.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn3\" href=\"\/en\/#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u2003Voir Michael Surber, \u00abDie W\u00e4hlerbasis will oft nur bedingt, was die Partei propagiert\u00bb, <em>NZZ<\/em>, 12 mars 2020, p. 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn4\" href=\"\/en\/#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u2003Sur les liens affectifs des citoyens, voir aussi Peter von Matt, <em>Das Kalb vor der Gotthardpost. Zur Literatur und Politik der Schweiz<\/em>, Hanser, 2012, p. 115-121, en particulier p. 117.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn5\" href=\"\/en\/#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\u2003Roger de Weck, \u00abWeiss das Volk, was es will?\u00bb, <em>Frankfurter Allgemeine Sonntagzeitung<\/em>, 5 d\u00e9cembre 2004, p. 10.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn6\" href=\"\/en\/#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u2003Voir Max Weber, <em>Politik als Beruf<\/em>, 6e \u00e9dition, Duncker und Humblot, 1977, p. 67.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn7\" href=\"\/en\/#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\u2003Hans Geser, \u00abR\u00fcckenwind f\u00fcr Amaateure\u00bb, dans Andreas M\u00fcller (\u00e9d.), <em>B\u00fcrgerstaat und Staatsb\u00fcrger. Milizpolitik zwischen Mythos und Moderne<\/em>, <em>NZZ Libro<\/em>, 2015, p. 63-80 (77).<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn8\" href=\"\/en\/#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>\u2003Voir Gerhard Schwarz, \u00abFilz, Kontrolle und Verantwortung\u00bb, <em>NZZ<\/em>, 24\/25 mars 2001, p. 21.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les d\u00e9fauts du principe de milice inscrit dans l\u2019ADN suisse seraient plus prononc\u00e9s encore dans un syst\u00e8me davantage professionnalis\u00e9.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":524941,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[105],"tags":[978,1065,695,906],"class_list":["post-524936","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-suisse","tag-armee-suisse","tag-dossier-milice","tag-parlement","tag-systeme-de-milice"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524936","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=524936"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524936\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=524936"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=524936"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=524936"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}