{"id":522462,"date":"2024-02-19T12:10:43","date_gmt":"2024-02-19T11:10:43","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=522462"},"modified":"2024-02-19T12:10:43","modified_gmt":"2024-02-19T11:10:43","slug":"xavier-chevrin-a-svalbard-sur-les-traces-du-prince-albert-ier-de-monaco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/monde\/xavier-chevrin-a-svalbard-sur-les-traces-du-prince-albert-ier-de-monaco\/","title":{"rendered":"A Svalbard, sur les traces du Prince Albert Ier de Monaco"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>La figure de l\u2019explorateur n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer avec le temps. Si certains n\u2019envisagent plus l\u2019aventure qu\u2019au service d\u2019une cause, d\u2019autres jugent que l\u2019on peut \u00eatre aventurier sans \u00eatre engag\u00e9. Xavier Chevrin, exp\u00e9diteur chez Venturi, en fait partie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>Cito, Longe, Tarde.<\/em> Partir loin pour revenir tard: une d\u00e9finition de l\u2019aventure. Une expression suffisamment ad\u00e9quate pour qualifier le temps de croisades, le p\u00e8lerinage des armes, la fugue sur les routes de la soie, l\u2019\u00e9poque un peu plus tardive des grandes d\u00e9couvertes, celle plus r\u00e9cente des exp\u00e9ditions scientifiques, et enfin celles contemporaines \u00e0 vis\u00e9e technologique. Toutes ces \u00e9poques ont donn\u00e9 long cours aux aventuriers de leur temps; tous ont eu une r\u00e9sonance plus ou moins notoire, mais tous n\u2019ont pas partag\u00e9 les m\u00eames objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les navigateurs connus \u2013 Marco Polo, Magellan, Christophe Collomb \u2013 sont d\u2019abord partis \u00e0 la conqu\u00eate de <em>terrae incognitae<\/em>, munis de leur foi et de leur courage pour le compte des grandes puissances du Vieux Continent. Deux si\u00e8cles plus tard, Louis-Antoine de Bougainville, Jean-Fran\u00e7ois de La P\u00e9rouse et Charles Darwin en voyage sur le Beagle, ont, eux, quitt\u00e9 leurs contr\u00e9es la soif de connaissance en bandouli\u00e8re. A quelques d\u00e9cennies d\u2019intervalle, des femmes \u00e0 l\u2019instar d\u2019Ella Maillard ou Alexandra David ont travers\u00e9 pour la toute premi\u00e8re fois de longues distances sur une selle de v\u00e9lo ou le fauteuil d\u2019une automobile.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers ont embrass\u00e9 l\u2019aventure au motif d\u2019explorer le monde. Les suivants ont tent\u00e9 de le comprendre, quand les derni\u00e8res ont finalement essay\u00e9 de relier le proche connu et le lointain inconnu. Ces grands noms d\u2019un autre temps figurent, aujourd\u2019hui toujours, dans tous les manuels scolaires. Les aventuriers de notre \u00e9poque r\u00eavent, eux aussi, pareil sort. Ils cherchent d\u00e9sormais \u00e0 se faire une place dans les bouquins s\u00e9rieux. La t\u00e2che est n\u00e9anmoins plus complexe, d\u00e8s lors que les enjeux ne sont plus les m\u00eames. De nos jours, les missions \u00e0 l\u2019ancienne, celles des exploits individuels, au nom d\u2019une fiert\u00e9 toute propre, suscitent de plus en plus de questionnements sur leur utilit\u00e9, de m\u00eame que leur impact sur ce qui rel\u00e8ve du bien commun. D\u00e9sormais, chercher \u00e0 d\u00e9passer les limites des capacit\u00e9s humaines ne semble plus suffisamment intelligible.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-une-nouvelle-definition-de-l-aventurier\">Une nouvelle d\u00e9finition de l\u2019aventurier<\/h3>\n\n\n\n<p>Pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, de nombreux aventuriers ont sillonn\u00e9 les terres recul\u00e9es de notre plan\u00e8te, parfois m\u00eame sans esprit ni grande connaissance, que du bagou. L\u2019image de\u00a0Mike Horn submerg\u00e9 par un iceberg qu\u2019il tentait d\u2019escalader ne renvoie aujourd\u2019hui \u00e0 aucune consid\u00e9ration s\u00e9rieuse, et donc positive. Face \u00e0 de telles actions, la critique est devenue facile et la notion m\u00eame d\u2019aventure a commenc\u00e9 \u00e0 se connoter n\u00e9gativement. La raison premi\u00e8re de ce changement de vision est aussi \u00e0 chercher dans l\u2019\u00e9volution du monde actuel, en qu\u00eate perp\u00e9tuelle de sens. Le terreau de l\u2019incompr\u00e9hension se niche d\u00e8s lors dans l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir le but recherch\u00e9 par les aventuriers dans la r\u00e9alisation de leurs exploits personnels. Que recherchent-ils vraiment?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questionnements ont une r\u00e9sonance toute particuli\u00e8re actuellement. Mais ils avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s dans plusieurs ouvrages de la litt\u00e9rature classique. Dans <em>La Naus\u00e9e<\/em>, en 1938, Jean-Paul Sartre a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 d\u00e9construire la notion m\u00eame d\u2019aventure. L\u2019historien Fr\u00e9d\u00e9ric Keck r\u00e9sumait l\u2019\u0153uvre comme le d\u00e9senchantement d\u2019un philosophe qui, parti d\u00e9couvrir le grand monde, retourne chez lui avec le sentiment, m\u00e9lange d\u2019angoisse et de tristesse, que le monde est rest\u00e9 le m\u00eame alors que son regard sur lui a chang\u00e9. Ce qui fait \u00e9cho avec la tirade c\u00e9l\u00e8bre de Sartre: l\u2019aventure ne se vit pas, elle se raconte. Elle est le r\u00e9cit du banal, et non du lointain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/lexplorateur-xavier-chevrin--venturi-monaco-1-768x1024.jpeg\" alt=\"Xavier Chevrin a parcouru les \u00eeles Svalbard, en hommage au trisa\u00efeul du Prince Albert de Monaco. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Ny-\u00c5lesund]\" class=\"wp-image-522475\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Xavier Chevrin a parcouru les \u00eeles Svalbard, en hommage au trisa\u00efeul du Prince Albert de Monaco. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Ny-\u00c5lesund]<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour maintenir sa cr\u00e9dibilit\u00e9, l\u2019aventurier contemporain se sent donc frapp\u00e9 d\u2019un devoir nouveau aupr\u00e8s de ses fid\u00e8les. Il n\u2019est plus redevable d\u2019une action, mais d\u2019un r\u00e9cit qui doit \u00eatre original, sublimant tout ce qui ne l\u2019est pas par nature. C\u2019est pourquoi des noms c\u00e9l\u00e8bres tels que le sp\u00e9cialiste du Grand Nord Nicolas Vanier, le r\u00e9alisateur britannique Graham Hughes ou encore l\u2019\u00e9crivain Sylvain Tesson sont avant tout des conteurs de l\u2019ordinaire, tourn\u00e9 vers l\u2019extraordinaire. Ils sont romanciers avant d\u2019\u00eatre explorateurs de l\u2019extr\u00eame, et \u00e7a leur va plut\u00f4t bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Xavier Chevrin est, \u00e0 sa mani\u00e8re, un des leurs. Exp\u00e9diteur en chef de la marque Venturi depuis plusieurs ann\u00e9es, il est \u00e9ligible \u00e0 toutes les conditions non officielles du parfait aventurier moderne, comme l\u2019entendaient Sartre, et L\u00e9vi-Strauss dans les ann\u00e9es 1950. En r\u00e9alisant sa derni\u00e8re exp\u00e9dition sur l\u2019archipel du Svalbard, \u00e0 moins de mille kilom\u00e8tres du P\u00f4le Nord, il raconte aujourd\u2019hui un voyage int\u00e9rieur, au c\u0153ur de l\u2019histoire ancestrale, comme r\u00e9cente, de la famille princi\u00e8re de Monaco. Car il l\u2019a compris avant beaucoup de monde,\u00a0\u00able plus important dans l\u2019exp\u00e9dition, c\u2019est moins le d\u00e9part au loin que le retour aux origines.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-une-quete-de-sens\">Une qu\u00eate de sens<\/h3>\n\n\n\n<p>Svalbard est un archipel consid\u00e9r\u00e9, \u00e0 juste titre, comme le laboratoire du d\u00e9r\u00e8glement climatique. Si ce ph\u00e9nom\u00e8ne est perceptible un peu partout, ses effets sont d\u2019autant plus visibles aux p\u00f4les que n\u2019importe o\u00f9 ailleurs. L\u2019\u00eele de Spitzberg, la principale de l\u2019archipel, se soul\u00e8ve d\u2019un centim\u00e8tre par an, les glaciers ne cessant de fondre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs pour ces raisons que la plupart des zones de l\u2019archipel se r\u00e9v\u00e8lent normalement inaccessibles. Les grands glaciers qui le composent, presque toujours situ\u00e9s dans des vall\u00e9es entre deux cr\u00eates, sont impraticables par leur fragilit\u00e9. Pour se rendre dans ces endroits sensibles, l\u2019\u00e9quipe d\u2019explorateurs de la marque Venturi a re\u00e7u un agr\u00e9ment sp\u00e9cial du gouvernement de Svalbard. \u00abPeu de personnes ont mis les pieds o\u00f9 nous les avons mis, explique Xavier Chevrin. Pour nous, c\u2019est un privil\u00e8ge, je le mesure pleinement.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens de l\u2019exp\u00e9dition r\u00e9side dans l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 de la t\u00e2che. Chevrin et son \u00e9quipe, agr\u00e9ment\u00e9e de trois guides locaux, ont d\u00fb traverser des crevasses infernales et passer de larges cours d\u2019eau, v\u00e9ritables torrents, o\u00f9 les accidents sont fr\u00e9quents. Ces zones tr\u00e8s liquides n\u2019avaient la plupart du temps pas \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9es par les images satellitaires \u00e9tudi\u00e9es quelques mois plus t\u00f4t par les ing\u00e9nieurs de Venturi. \u00abNous avons donc \u00e9t\u00e9 mis face au choc brutal de la fonte des glaciers, l\u00e2che l\u2019aventurier. Il y a eu\u00a0un grand d\u00e9calage d\u00e8s le d\u00e9but entre ce que nous avions vu par satellite \u2013 et nous avons essay\u00e9 d\u2019\u00eatre les plus pr\u00e9cis possibles sur les routes \u00e0 emprunter \u2013 et ce que nous avons d\u00e9couvert sur place.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque passage contourn\u00e9, la peur guettait, avec la sensation soudaine de devoir naviguer \u00e0 vue. Contrainte de prendre des d\u00e9tours par les reliefs, les vall\u00e9es \u00e9tant inond\u00e9es, l\u2019\u00e9quipe s\u2019est aussi confront\u00e9e \u00e0 des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques extr\u00eames. Bloqu\u00e9s par un blizzard persistant, les membres du voyage ont d\u00fb rester camper au m\u00eame endroit pendant deux jours. La d\u00e9couverte des lieux s\u2019est faite de fa\u00e7on tr\u00e8s abrupte.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abNous avons des images maintenant, sur place, de la situation actuelle, poursuit Xavier Chevrin. Mais quelle sera la situation dans un mois, et dans un an? Ce sont des d\u00e9veloppements que l\u2019on ne voit pas par satellite et qui sont impr\u00e9visibles. Nous avons vu de nos yeux les graves effets du r\u00e9chauffement climatique.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-un-defi-technologique\">Un d\u00e9fi technologique<\/h3>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la qu\u00eate de sens, le d\u00e9fi technologique est tout aussi central, notamment parce qu\u2019il est inh\u00e9rent \u00e0 la cause environnementale. L\u2019id\u00e9e d\u2019amener des machines dans ces terres froides et recul\u00e9es, pour mieux les comprendre et les pr\u00e9server, a surgi un matin d\u2019\u00e9t\u00e9 2009 dans les locaux de Venturi \u00e0 Monaco. Une de ces chaudes matin\u00e9es que partagent r\u00e9guli\u00e8rement Gildo Pastor, fondateur de la marque, et le Prince Albert II. \u00abSi une soci\u00e9t\u00e9 comme la tienne pouvait cr\u00e9er des v\u00e9hicules non thermiques pour aller explorer les endroits impossibles de notre plan\u00e8te, l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re en ressortirait grandie\u00bb, adressait l\u2019Altesse S\u00e9r\u00e9nissime \u00e0 la famille Pastor.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout juste dix ans plus tard, le 6 mars 2019, le v\u00e9hicule \u00e9lectrique Venturi Antarctica parcourait 42 kilom\u00e8tres en Colombie-Britannique, au Canada, dans des conditions de temp\u00e9ratures extr\u00eames allant jusqu\u2019\u00e0 -30 degr\u00e9s. L\u2019objectif de cette exp\u00e9dition \u00e9tait de soumettre la machine \u00e0 une phase de tests dans des conditions climatiques similaires \u00e0 celles du P\u00f4le Sud. Cette aventure avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pour Venturi l\u2019occasion de revisiter en version\u00a0\u00abz\u00e9ro \u00e9mission\u00bb la croisi\u00e8re blanche de Citro\u00ebn, raid automobile du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui consistait en une travers\u00e9e du nord-ouest du Canada. En 2019, sur la Telegraph Creek road, consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une routes les plus dangereuses au monde, trois pilotes avaient pris place \u00e0 bord du v\u00e9hicule, dont le Prince Albert II de Monaco et Xavier Chevrin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/2--lemultimedia-info-oreste-di-cristino-ny-alesund-1024x683.jpg\" alt=\"Svalbard est un archipel consid\u00e9r\u00e9 comme le laboratoire du d\u00e9r\u00e8glement climatique. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Ny-\u00c5lesund]\" class=\"wp-image-522472\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Svalbard est un archipel consid\u00e9r\u00e9 comme le laboratoire du d\u00e9r\u00e8glement climatique. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Ny-\u00c5lesund]<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce v\u00e9hicule, fourni gracieusement par Venturi et construit sur fond propre, qui parcourt aujourd\u2019hui la banquise antarctique pour des explorations \u00e0 caract\u00e8re scientifique. \u00abC\u2019est la preuve qu\u2019avec le Prince Albert, nous ne faisons pas semblant\u00bb, t\u00e9moigne Gildo Pastor, contact\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ans plus tard, en juin 2022, aucun v\u00e9hicule n\u2019a pour autant touch\u00e9 terre \u00e0 Svalbard \u2013 op\u00e9ration quasi impossible et surtout interdite. Mais le d\u00e9fi technologique est toutefois rest\u00e9 de taille. Durant l\u2019exp\u00e9dition, il \u00e9tait avant tout n\u00e9cessaire, pour les ing\u00e9nieurs de Venturi, de tester la r\u00e9sistance de son mat\u00e9riel qui servira \u00e0 la conception \u00e0 la fois de v\u00e9hicules terrestres ultra-r\u00e9sistants et d\u2019un rover d\u00e9di\u00e9 aux exp\u00e9ditions lunaires d\u2019ici \u00e0 2026. Les explorateurs partis dans le Grand Nord ont alors port\u00e9 avec eux des valisettes de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tanches, compactes et tr\u00e8s r\u00e9sistantes aux temp\u00e9ratures n\u00e9gatives malgr\u00e9 un poids r\u00e9duit au plus l\u00e9ger possible. Ils ont \u00e9galement pu compter sur des pulkas de tr\u00e8s haute performance. \u00abLes guides sur place, \u00e0 Svalbard, \u00e9taient impressionn\u00e9s, explique Xavier Chevrin. Et pourtant, ils sont eux aussi parfaitement \u00e9quip\u00e9s en permanence.\u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, bien que les trois guides connaissaient bien la r\u00e9gion, aucun n\u2019\u00e9tait jamais pass\u00e9 par les pistes rep\u00e9r\u00e9es initialement par les \u00e9quipes de Venturi. Ils ont ouvert, sur 234 kilom\u00e8tres de distance, un tout nouveau passage partant de la montagne Grimaldi, traversant le Glacier de Monaco, pour parvenir \u00e0 atteindre la montagne Prince Albert I<sup>er<\/sup> et, enfin, la montagne Princesse Alice. Personne n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs jamais mont\u00e9 sur un des pics entourant le mont Grimaldi, aux confins du 80<sup>e<\/sup> parall\u00e8le. Une prouesse rendue \u00e9galement possible par le travail cons\u00e9quent de plusieurs ing\u00e9nieurs rest\u00e9s en temps r\u00e9el en connexion depuis le PC central \u00e0 Monaco.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si les exp\u00e9ditions polaires n\u2019ont pas de secret pour lui, Xavier Chevrin n\u2019\u00e9tait jamais all\u00e9 explorer l\u2019archipel du Svalbard. Pour pr\u00e9parer son p\u00e9riple, il a convi\u00e9 l\u2019ensemble de son \u00e9quipe \u00e0 des stages d\u2019entra\u00eenement en Norv\u00e8ge continentale, en plein hiver, sur un des nombreux glaciers que compte le pays, \u00e0 plusieurs centaines de kilom\u00e8tres au nord-ouest de la capitale Oslo. Ils se sont positionn\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 les commandos norv\u00e9giens \u00e9lisent r\u00e9sidence pour leurs camps d\u2019entra\u00eenement. C\u2019est aussi dans ces contr\u00e9es que le c\u00e9l\u00e8bre explorateur des p\u00f4les Roald Amundsen \u00e9tait venu peaufiner son d\u00e9part vers l\u2019Arctique au milieu des ann\u00e9es 1920. Les lieux sont r\u00e9put\u00e9s pour leur relief et leurs conditions m\u00e9t\u00e9o tr\u00e8s instables.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abNous avons pass\u00e9 15 jours sur place avec du mat\u00e9riel moins performant que celui auquel nous avons eu droit \u00e0 Svalbard, d\u00e9taille Xavier Chevrin. Nous avons d\u00fb reb\u00e2tir notre caract\u00e8re de durs au mal. Ces lieux tr\u00e8s expos\u00e9s sont beaucoup trop sauvages pour pouvoir s\u2019y pr\u00e9senter sans pr\u00e9paration et sans attirail de s\u00e9curit\u00e9, juste avec notre na\u00efvet\u00e9.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-un-hommage-historique\">Un hommage historique<\/h3>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, aucune forme de na\u00efvet\u00e9 ne ressort dans le r\u00e9cit de cette exp\u00e9dition. L\u2019histoire est belle et lucide aussi par son hommage rendu aux explorateurs du pass\u00e9, ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s plus d\u2019un si\u00e8cle plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fondateur de Venturi Gildo Pastor et le Prince Albert II de Monaco s\u2019\u00e9taient rendus, \u00e0 la date pr\u00e9sum\u00e9e de la fin de l\u2019exp\u00e9dition, au pied du mont Princesse Alice, tout au nord de l\u2019archipel, pour accueillir les \u00e9quipes au terme de leurs efforts. La pr\u00e9sence du prince en personne marquait un moment important, non seulement pour l\u2019\u00e9quipe d\u2019exp\u00e9dition de Venturi, mais aussi pour l\u2019ensemble de la famille princi\u00e8re. Albert II venait pr\u00e9cis\u00e9ment y rendre hommage \u00e0 son trisa\u00efeul, l\u2019oc\u00e9anologue et S\u00e9r\u00e9nissime Albert I<sup>er<\/sup>, qui avait, le premier entre 1898 et 1907, cartographi\u00e9 les lieux depuis la mer. \u00abIl y avait une dimension familiale, nationale et historique forte, avec un gros affect\u00bb, assure Xavier Chevrin. A distance d\u2019un si\u00e8cle, une nouvelle exp\u00e9dition mon\u00e9gasque sur place a permis, cette fois, de la cartographier depuis les terres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce voyage a eu lieu au centenaire de la disparition d\u2019Albert I<sup>er<\/sup>, survenue en juin 1922. Albert I<sup>er<\/sup> de Monaco s\u2019est, tout au long de sa vie, impos\u00e9 en pionnier dans le domaine de l\u2019oc\u00e9anographie. Il a d\u2019ailleurs v\u00e9cu \u00e0 une \u00e9poque, entre la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>, durant laquelle les oc\u00e9ans \u2013 que le prince consid\u00e9rait comme un bien commun international \u2013 connurent d\u2019importantes mutations avec l\u2019apparition des bateaux \u00e0 vapeur et la multiplication du trafic maritime. Albert I<sup>er<\/sup> \u00e9tait un grand scientiste, soucieux de la pr\u00e9servation des mers et captiv\u00e9 par les larges \u00e9tendues de terres sauvages qui apparaissaient comme d\u2019immenses balises blanches \u00e0 l\u2019horizon sur la voie menant au p\u00f4le Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur place, au large de Svalbard, en s\u2019y rendant lui-m\u00eame, puis en finan\u00e7ant plusieurs exp\u00e9ditions norv\u00e9giennes pour son compte, il a rep\u00e9r\u00e9 beaucoup de pistes cartographiques et zoologiques nouvelles. D\u2019un point de vue g\u00e9ologique, il a \u00e9galement d\u00e9couvert que les lieux \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 compos\u00e9s de hautes montagnes volcaniques, abruptes et \u00e9rod\u00e9es, pav\u00e9es de gneiss et de micaschistes, deux roches m\u00e9tamorphiques omnipr\u00e9sentes sur l\u2019archipel.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/1--lemultimedia-info-oreste-di-cristino-ny-alesund-1024x683.jpg\" alt=\"L\u2019\u00eele de Spitzberg se soul\u00e8ve d\u2019un centim\u00e8tre par an, les glaciers ne cessant de fondre. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino\" class=\"wp-image-522474\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u2019\u00eele de Spitzberg se soul\u00e8ve d\u2019un centim\u00e8tre par an, les glaciers ne cessant de fondre. \u00a9\u00a0leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Albert I<sup>er<\/sup> \u00e9tait en outre l\u2019un des premiers \u00e9cologistes sur Terre. Il a toujours port\u00e9 un regard ac\u00e9r\u00e9 sur l\u2019\u00e9volution de la vie et de la nature sur l\u2019archipel. Il y observait les mineurs et les baleiniers, les jugeait aussi parfois. \u00abVoir l\u2019ensemble de ces personnes atterrir sur place depuis le continent, sans qu\u2019ils prennent conscience de la belle \u00e2me\u00a0de cette \u00eele, l\u2019irritait. Il les voyait comme des profanateurs.\u00bb Parvenu \u00e0 la fin de l\u2019\u00e8re industrielle, Albert I<sup>er<\/sup> comprenait alors que cet endroit pr\u00e9serv\u00e9 n\u2019allait pas tarder \u00e0 \u00eatre d\u00e9vast\u00e9 par l\u2019Homme.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec ce lourd bagage que les \u00e9quipes de Venturi se sont rendues \u00e0 Svalbard, tel un symbole de connexion entre Gildo Pastor et son prince. \u00abIl fallait \u00e0 tout prix le faire\u00bb, assumait Pastor, dont la philosophie a toujours \u00e9t\u00e9 de tisser des ponts entre le pass\u00e9 et l\u2019avenir. Apr\u00e8s les retrouvailles au pied du mont Princesse Alice, l\u2019ensemble de la d\u00e9l\u00e9gation s\u2019est rendu en bateau jusqu\u2019\u00e0 la capitale Longyearbyen. \u00abNous avons eu l\u2019occasion de tenir une courte conf\u00e9rence face au Prince et avons bien s\u00fbr appuy\u00e9 notre discours sur l\u2019hommage port\u00e9 \u00e0 Albert I<sup>er<\/sup> et \u00e0 son humanit\u00e9, explique Xavier Chevrin. C\u2019\u00e9tait un prince humaniste avant d\u2019\u00eatre un prince explorateur.\u00a0C\u2019est ici que nous avons souhait\u00e9 insister qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un voyage pour la performance, mais avant tout d\u2019un voyage int\u00e9rieur, men\u00e9 avec une technologie de pointe et respectueuse de l\u2019environnement.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-vous-venez-de-lire-un-reportage-tire-de-notre-dossier-transports-publie-dans-notre-edition-papier-le-regard-libre-n-103\">Vous venez de lire un reportage tir\u00e9 de notre\u00a0<a style=\"box-sizing: border-box; outline-style: none; outline-width: initial; margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(31, 42, 104); transition-duration: 0.3s; transition-property: color; cursor: pointer; background-color: transparent;\" href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/dossier-transports\/\">dossier TRANSPORTS<\/a>,\u00a0publi\u00e9 dans notre \u00e9dition papier (<a style=\"box-sizing: border-box; outline-style: none; outline-width: initial; margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(31, 42, 104); transition-duration: 0.3s; transition-property: color; cursor: pointer; background-color: transparent;\" href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n103-dossier-transports\/\"><em style=\"box-sizing: border-box; outline: none; margin: 0px; padding: 0px;\">Le Regard Libre<\/em>\u00a0N\u00b0103<\/a>).<\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La figure de l\u2019explorateur n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer avec le temps. 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