{"id":522222,"date":"2024-02-05T06:00:00","date_gmt":"2024-02-05T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=522222"},"modified":"2024-02-05T06:00:00","modified_gmt":"2024-02-05T05:00:00","slug":"aeropostale-antoine-de-saint-exupery","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/histoire\/aeropostale-antoine-de-saint-exupery\/","title":{"rendered":"Les h\u00e9ros de l\u2019A\u00e9ropostale"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Ils ne faisaient que livrer du courrier par les airs, mais sont devenus des h\u00e9ros. Retour sur l\u2019A\u00e9ropostale, une aventure humaine au parfum de gloire et de mort.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019armistice de 1918, la bataille de l\u2019air, sanglante, se mue en bataille commerciale. Face \u00e0 la concurrence, am\u00e9ricaine notamment, et sous l\u2019impulsion d\u2019entrepreneurs passionn\u00e9s, l\u2019aviation civile fran\u00e7aise conna\u00eet un d\u00e9veloppement rapide. Fond\u00e9e en 1927, la Compagnie g\u00e9n\u00e9rale a\u00e9ropostale \u2013 surnomm\u00e9e \u00abl\u2019A\u00e9ropostale\u00bb \u2013 se donne pour objectif d\u2019ouvrir de nouvelles lignes commerciales par les airs, d\u2019abord en Afrique, puis en Am\u00e9rique du Sud. Pour cela, elle recrute d\u2019illustres pilotes de guerre de la Premi\u00e8re Guerre. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Antoine de Saint Exup\u00e9ry, a cont\u00e9 au fil de son \u0153uvre ses prodiges et ceux de ces camarades. Par sa po\u00e9sie, il a su en transcrire le caract\u00e8re presque mystique, notamment dans l\u2019un de ses opuscules les plus c\u00e9l\u00e8bres: <em>Vol de nuit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une vie de dangers<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 20, les avions sont encore rudimentaires. Les pilotes font face \u00e0 de nombreux dangers; les pannes sont fr\u00e9quentes et souvent fatales. Mais les avions en tant que tels ne sont pas les seuls dangers: les pilotes fran\u00e7ais qui se posent en catastrophe sur les terres de l\u2019Afrique colonis\u00e9e sont souvent tu\u00e9s ou \u00e9chang\u00e9s contre d\u2019astronomiques ran\u00e7ons: \u00abUn courrier en panne, \u00e9crit Saint-Exup\u00e9ry dans <em>Courrier Sud<\/em>, ce n\u2019est rien qu\u2019une attente qui se prolonge, une discussion qui s\u2019\u00e9nerve un peu, qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Puis le temps qui devient trop large et que l\u2019on remplit mal par de petits gestes, des mots sans suite. Et soudain, c\u2019est un coup de poing sur la table. Un \u00ab\u00a0bon Dieu! 10 heures\u2026\u00a0\u00bb qui dresse les hommes, c\u2019est un camarade chez les Maures.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 l\u2019incertitude, attendre que les pilotes soient parfaitement \u00e9quip\u00e9s n\u2019est malheureusement pas une option. Face \u00e0 la concurrence, il faut cr\u00e9er l\u2019exploit, en premier. Une fois sa ligne africaine bien install\u00e9e, l\u2019A\u00e9ropostale part \u00e0 la conqu\u00eate des Andes et de leurs sommets souvent plus hauts que 4000 m\u00e8tres, la hauteur de vol maximale des avions de l\u2019\u00e9poque, ce qui sera la cause de beaucoup d\u2019accidents. Mais la solidarit\u00e9 entre les pilotes est tr\u00e8s forte.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/histoire\/le-trois-mats-ce-bateau-qui-traverse-les-ages\/\">Le trois-m\u00e2ts, ce bateau qui traverse les \u00e2ges<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>D\u2019h\u00e9ro\u00efques op\u00e9rations de sauvetage ont parfois lieu, comme en juin 1930, apr\u00e8s la disparition de Guillaumet dans la cordill\u00e8re des Andes argentine, non loin de la fronti\u00e8re avec le Chili. Apprenant la disparition de Guillaumet, Saint-Exup\u00e9ry abandonne une mission et part imm\u00e9diatement \u00e0 sa recherche, remuant vainement montagnes et vall\u00e9es cinq jours durant. Mais apr\u00e8s sept jours de calvaire, \u00e0 bout de forces, Guillaumet est retrouv\u00e9 miraculeusement par un enfant berger. Il est conduit \u00e0 l\u2019avion de Saint-Exup\u00e9ry qui l\u2019attend \u00e0 San Carlos. Ils s\u2019envolent alors pour Mendoza, o\u00f9 une foule bruyante et \u00e9mue les accueille. Pour sauver un ami, Saint-Exup\u00e9ry avait abandonn\u00e9 sa ligne a\u00e9rienne sans la moindre h\u00e9sitation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019humilit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Glorifi\u00e9s, les premiers aviateurs sont \u00e9galement incompris. A quoi bon prendre tant de risques pour acheminer des lettres? Dans <em>Mermoz<\/em>, une biographie de l\u2019aviateur Jean&nbsp;Mermoz, Joseph Kessel livre une r\u00e9ponse d\u2019une extr\u00eame radicalit\u00e9, reconnaissant la folie de ces hommes qui, mettant leur foi dans un objet \u00abd\u00e9risoire\u00bb, accomplirent quasiment l\u2019impossible. L\u2019important n\u2019\u00e9tait pas tant le courrier en lui-m\u00eame que ce qu\u2019il repr\u00e9sentait dans cette folle aventure humaine:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abLe courrier passait d\u2019abord. Il passait avant l\u2019existence de ceux qui le servaient. Et c\u2019\u00e9tait bien ainsi. Non pas que les lettres d\u2019affaires ou d\u2019amour qui s\u2019empilaient dans les coffres des vieux Br\u00e9guet 14 eussent en soi la valeur, le poids suffisant pour contrebalancer la vie de ces hommes, magnifiques. L\u2019id\u00e9e en est d\u00e9risoire. Mais ces hommes, eussent-ils fait ce qu\u2019ils ont fait, fussent-ils morts comme ils sont morts, simplement, facilement, s\u2019ils n\u2019avaient cru au caract\u00e8re sacr\u00e9 de ces plis? Si l\u2019on commence \u00e0 discuter d\u2019une foi, la critique va jusqu\u2019au bout. D\u2019abord, c\u2019est la vie d\u2019un camarade qui compte davantage pour le pilote que le courrier. Puis, c\u2019est la sienne propre. Puis, la simple s\u00e9curit\u00e9. (\u2026) Alors la mollesse fait vite son chemin dans les c\u0153urs. Tout s\u2019\u00e9croule d\u2019une \u0153uvre qui ne vit plus par l\u2019\u00e9lan, par la passion.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il serait simpliste de qualifier ces pionniers de l\u2019aviation civile de suicidaires. Au contraire, leur gloire semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de leur humilit\u00e9. Conscients de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, ils ont souvent fait montre d\u2019un rapport sain \u00e0 la mort. A l\u2019image de Saint-Exup\u00e9ry, ils n\u2019ont pas essay\u00e9 de la vaincre avec une arrogance toute transhumaniste, mais l\u2019ont tutoy\u00e9e pour aller au bout d\u2019une aventure humaine hors du commun. L\u2019\u00e9crivain-pilote en t\u00e9moigne dans <em>Terre des Hommes<\/em>: \u00abIl ne s\u2019agit pas de vivre dangereusement. Cette formule est pr\u00e9tentieuse. Les tor\u00e9adors ne me plaisent gu\u00e8re. Ce n\u2019est pas le danger que j\u2019aime. Je sais ce que j\u2019aime. C\u2019est la vie.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Commentaire<\/h3>\n\n\n\n<p>Les yeux riv\u00e9s sur les exploits de ses h\u00e9ros (premi\u00e8res travers\u00e9es, op\u00e9rations de secours), la France enti\u00e8re s\u2019est unie pour leur montrer sa gratitude. Soumis \u00e0 une cause commune, tout autant humaine que nationale, Mermoz, Saint-Exup\u00e9ry, Guillaumet et les autres m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9s au m\u00eame titre que les pilotes de guerre comme Nungesser et Guynemer. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019union nationale se fait plus facilement \u00e0 travers le football que les exploits authentiques, la lecture de leurs prodiges donne une meilleure conception de ce qu\u2019est la v\u00e9ritable grandeur. Elle invite aussi \u00e0 ne pas prendre pour acquis les \u00e9l\u00e9ments grav\u00e9s dans la banalit\u00e9 de notre vie quotidienne, au premier desquels se trouve le courrier. Et \u00e0 nous efforcer de mesurer les services rendus par ces hommes \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, et souvent pay\u00e9s au prix fort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Vous venez de lire un article tir\u00e9 de notre&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/dossier-transports\/\">dossier TRANSPORTS<\/a>,&nbsp;publi\u00e9 dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n103-dossier-transports\/\"><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b0103<\/a>).<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Calogero - Voler de nuit\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_1v9Mmn9ELQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils ne faisaient que livrer du courrier par les airs, mais sont devenus des h\u00e9ros. 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