{"id":520883,"date":"2023-10-27T06:00:00","date_gmt":"2023-10-27T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=520883"},"modified":"2023-10-27T06:00:00","modified_gmt":"2023-10-27T04:00:00","slug":"zweig-europe-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/histoire\/zweig-europe-guerre\/","title":{"rendered":"Zweig: la conscience morale d\u2019une Europe en guerre"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>A l\u2019aube du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, face au spectre du retour de la guerre, Stefan Zweig jeta toutes ses forces dans une bataille perdue d\u2019avance: tenter de rendre \u00e0 l\u2019Europe la conscience de son unit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p><em>A l\u2019occasion des dix ans d\u2019un journal, plonger dans l\u2019\u0153uvre de Stefan Zweig n\u2019a rien d\u2019injustifi\u00e9. T\u00e9moin de son \u00e9poque, Zweig a navigu\u00e9 \u00e0 contre-courant pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, avant d\u2019\u00eatre contraint \u00e0 l\u2019exil dans les ann\u00e9es 1930 jusqu\u2019\u00e0 sa mort au Br\u00e9sil en 1942\u2009; il n\u2019a jamais c\u00e9d\u00e9 au diktat de la pens\u00e9e dominante \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 son pacifisme valait tra\u00eetrise\u2009; il a aim\u00e9 la Suisse, de Gen\u00e8ve \u00e0 Zurich, terre d\u2019asile des esprits libres en temps de guerre\u2009; il s\u2019est pris de passion pour \u00ab\u2009ce qu\u2019il y a d\u2019universellement humain dans l\u2019homme\u2009\u00bb tout en refusant de tomber dans l\u2019universalisme abstrait. Oui, Stefan Zweig, \u00e9crivain brillant et passionn\u00e9, est un mod\u00e8le pour tous ceux qui pensent avoir quelque chose \u00e0 dire et pour cette raison, il a toute sa place dans les colonnes de ce <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n100\/\">100<sup>e<\/sup> num\u00e9ro<\/a> du <\/em>Regard Libre<em>. Voici le premier d\u2019une s\u00e9rie de trois \u00e9pisodes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p>\u00abNous, qui avons encore connu le monde de la libert\u00e9 individuelle, nous savons et pouvons t\u00e9moigner que l\u2019Europe s\u2019est un jour r\u00e9jouie sans inqui\u00e9tude du jeu de couleurs qu\u2019elle offrait, tel un kal\u00e9idoscope. Et nous fr\u00e9missons en voyant combien notre monde, dans sa fureur suicidaire, est devenu plus obscur, plus t\u00e9n\u00e9breux, en quel esclavage et en quelle captivit\u00e9 il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit\u00bb, \u00e9crivait Zweig dans son autobiographie achev\u00e9e au Br\u00e9sil en 1942,&nbsp;<em>Le Monde d\u2019hier<\/em>. Toute sa vie et dans toute son \u0153uvre, en spectateur d\u00e9sol\u00e9 de la d\u00e9cadence d\u2019une \u00e9poque, il aura eu l\u2019art de dire magnifiquement l\u2019horreur et le g\u00e2chis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La candeur d\u2019une \u00e9poque<\/h3>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1881 \u00e0 Vienne dans une famille bourgeoise de tradition juive, le jeune Stefan se trouva tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 son aise dans le bouillonnement intellectuel et artistique viennois au tournant du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Jeune d\u00e9j\u00e0, il eut l\u2019occasion d\u2019\u00e9largir son horizon en voyageant \u00e0 travers l\u2019Europe, nouant des amiti\u00e9s profondes avec les intellectuels du continent, parmi lesquels le po\u00e8te belge Emile Verhaeren, l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Romain Rolland ou encore Rainer Marie Rilke. Membre de l\u2019\u00e9lite intellectuelle et artistique europ\u00e9enne de son \u00e9poque, Zweig r\u00eavait l\u2019Europe comme une seconde patrie, dans un monde o\u00f9 l\u2019on voyageait avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante: \u00abAvant 1914, la terre appartenait \u00e0 tous les hommes [\u2026]. Il n\u2019y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassi\u00e8res\u00bb, \u00e9crit-il dans&nbsp;<em>Le Monde d\u2019hier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Difficile, dans cette \u00e9poque d\u2019euphorie, d\u2019anticiper la d\u00e9ch\u00e9ance subite du continent. Zweig le souligne avec fatalisme: \u00abAh! nous aimions tous notre temps, qui nous portait sur ses ailes, nous aimions l\u2019Europe! Mais cette foi heureuse et constante en la raison, dont nous pensions qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re heure elle arr\u00eaterait la folie, a \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps notre seule faute.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le rejet de la d\u00e9raison<\/h3>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 son engagement et son influence dans les milieux pacifistes, Stefan Zweig ne se voulait pas objecteur de conscience et n\u2019apposait pas de filtre sur la r\u00e9alit\u00e9. Tout pacifiste qu\u2019il f\u00fbt, Zweig consid\u00e9rait la Premi\u00e8re Guerre mondiale comme le fruit, non pas d\u2019un complot belliciste, mais plut\u00f4t des \u00abhasards de l\u2019heure\u00bb. Son pacifisme provient d\u2019abord de ses amiti\u00e9s au-del\u00e0 des fronti\u00e8res et de son attachement visc\u00e9ral \u00e0 l\u2019Europe. S\u2019il se garde bien de juger le bellicisme de la soci\u00e9t\u00e9 en 1914 et admire la concorde sociale qui na\u00eet de l\u2019\u00e9lan patriotique de son pays o\u00f9 \u00abchacun \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 jeter son moi infime dans cette masse ardente pour s\u2019y purifier de tout \u00e9go\u00efsme\u00bb, ses multiples correspondances laissent n\u00e9anmoins filtrer le regret que cette harmonie sociale doive se faire par la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abL\u2019enfance de l\u2019Europe\u00bb est donc finie, regrette-t-il. Mais \u00e0 peine l\u2019Europe a-t-elle atteint l\u2019\u00e2ge de raison qu\u2019elle sombre dans la d\u00e9raison. D\u00e8s 1914, la candeur et la na\u00efvet\u00e9 de l\u2019avant-guerre laissent la place \u00e0 l\u2019horreur. Bient\u00f4t, la propagande prend le dessus. Zweig devrait d\u00e9sormais d\u00e9tester ses amis devenus soudainement ennemis, par la seule faute d\u2019un anarchiste serbe de dix-neuf ans. Il refuse de se trahir et prend le parti de la paix et du courage moral, \u00able seul h\u00e9ro\u00efsme au monde qui ne r\u00e9clame pas de victimes.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sauver l\u2019\u00e2me de l\u2019Europe<\/h3>\n\n\n\n<p>Le pacifisme n\u2019ayant pas bonne presse en temps de guerre, il faudra \u00e0 Zweig du courage pour tenir le cap. Ne pouvant se r\u00e9soudre \u00e0 \u00eatre le spectateur d\u2019une Europe qui se r\u00e9duit elle-m\u00eame en esclavage, il tente de mobiliser ses amis \u00e9crivains, mais n\u2019obtient que peu de soutien. Seule son amiti\u00e9 ind\u00e9fectible avec Romain Rolland, pacifiste acharn\u00e9, qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00e9tant \u00e0 lui seul la \u00abconscience morale\u00bb de l\u2019Europe, lui insufflera le courage de continuer sa noble lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain d\u2019Auschwitz, beaucoup se sont demand\u00e9 si la pens\u00e9e, la litt\u00e9rature, \u00e9taient encore possibles. Zweig, au cours de la Premi\u00e8re Guerre mondiale d\u00e9j\u00e0, s\u2019interrogeait sur la possibilit\u00e9 de la po\u00e9sie. D\u00e8s lors que le bafouement de l\u2019humanit\u00e9 est le seul horizon d\u2019une \u00e9poque, comment le po\u00e8te peut-il mener \u00e0 bien sa mission qui \u00abest de prot\u00e9ger et d\u00e9fendre ce qu\u2019il y a d\u2019universellement humain dans l\u2019homme\u00bb? Cette question tourmentera Zweig toute sa vie:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abJe ne cesse de m\u2019interroger avec une sorte de secr\u00e8te inqui\u00e9tude: des \u00e2mes totalement consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019art lyrique seront-elles encore possibles \u00e0 notre \u00e9poque, dans nos nouvelles conditions d\u2019existence qui arrachent les hommes \u00e0 tout recueillement et les jettent hors d\u2019eux-m\u00eames dans une fureur meurtri\u00e8re, comme un incendie de for\u00eat chasse les animaux de leurs plus profondes retraites?\u00bb&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur:&nbsp;<a href=\"mailto:matthieu.levivier@leregardlibre.com\">matthieu.levivier@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Vous venez de lire le premier \u00e9pisode de notre s\u00e9rie \u00abStefan Zweig: le regard libre d\u2019un \u00e9crivain maudit\u00bb, publi\u00e9 dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n100\/\"><em>Le Regard Libre&nbsp;<\/em>N\u00b0100<\/a>).<\/h6>\n\n\n<div data-block-name=\"woocommerce\/handpicked-products\" data-products=\"[520482]\" class=\"wc-block-grid wp-block-handpicked-products wp-block-woocommerce-handpicked-products wc-block-handpicked-products has-3-columns has-multiple-rows\"><ul class=\"wc-block-grid__products\"><li class=\"wc-block-grid__product\">\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-n100\/\" class=\"wc-block-grid__product-link\">\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t<div class=\"wc-block-grid__product-image\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"300\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/woocommerce-placeholder.webp\" class=\"woocommerce-placeholder wp-post-image\" alt=\"Le Regard Libre N\u00b0100\" 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