{"id":519988,"date":"2023-09-15T06:00:00","date_gmt":"2023-09-15T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=519988"},"modified":"2023-09-15T06:00:00","modified_gmt":"2023-09-15T04:00:00","slug":"quentin-mouron-le-poete-pleure-quand-le-publicitaire-chouine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/quentin-mouron-le-poete-pleure-quand-le-publicitaire-chouine\/","title":{"rendered":"Quentin Mouron: \u00abLe po\u00e8te pleure quand le publicitaire chouine\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong><strong>Chaque mois, retrouvez la chronique<\/strong> d\u2019une des personnalit\u00e9s qui nous font le plaisir de prendre la plume en alternance. <strong>Dans son billet, l\u2019\u00e9crivain Quentin Mouron explore un th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9 avec son tranchant habituel<\/strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00abJe peux \u00e9crire les vers les plus tristes cette nuit\u00bb. Ainsi commence le vingti\u00e8me po\u00e8me d\u2019amour de Pablo Neruda. C\u2019est que tout po\u00e8te a intimement affaire \u00e0 ces deux \u00e9l\u00e9ments, la tristesse et la nuit, et qui sont la peinture dans laquelle il trempe ses pinceaux pour en tirer ses toiles les plus \u00e9mouvantes. Le po\u00e8te se plaint, le po\u00e8te pleure \u2013 et avec lui, c\u2019est toute l\u2019humanit\u00e9 qui se plaint et qui pleure, et qui s\u2019en trouve ainsi plus humaine. \u00abJ\u2019ai implor\u00e9 l\u2019amour d\u2019une douleur sonnante\u00bb, \u00e9crit Ma\u00efakovski, rappelant ainsi que la nuit le po\u00e8te n\u2019est pas triste sans raison; il l\u2019est bien souvent d\u2019avoir aim\u00e9, de ne plus aimer, de trop aimer, de ne plus \u00eatre aim\u00e9, etc. La tristesse, la nuit, l\u2019amour: couleurs primaires de toutes les palettes po\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quand les grands po\u00e8tes se plaignent, et font de leurs plaintes des chefs-d\u2019\u0153uvre, les publicitaires de la litt\u00e9rature, quant \u00e0 eux, se contentent de chouiner (beau mot d\u2019argot qui est une variante du verbe \u00abpleurnicher\u00bb). C\u2019est le Beigbeder des <em>Confessions d\u2019un h\u00e9t\u00e9rosexuel l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9<\/em>, c\u2019est le Houellebecq de <em>Quelques mois dans ma vie<\/em>. Que racontent ces livres de circonstance, \u00e9crits par des auteurs de best-sellers? Qu\u2019ils sont pers\u00e9cut\u00e9s, que l\u2019\u00e9poque est horrible, que tout le monde leur en veut. Ce sont les r\u00e9cits rances de subjectivit\u00e9s \u00e9troites et ab\u00eem\u00e9es, ce sont les confessions nocturnes de vieux adolescents paresseux et \u00e9gocentriques. L\u2019un et l\u2019autre \u00e9cument les plateaux de t\u00e9l\u00e9, ils squattent les librairies, ils hantent les rares rubriques litt\u00e9raires que les titres de presse conservent encore. Ils y font bruyamment savoir que l\u2019on ne peut plus rien dire, qu\u2019ils sont les innocentes victimes d\u2019une censure malveillante, wokisme, stalinisme, mao\u00efsme, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, les po\u00e8tes \u00e9crivent, lentement, avec application, avec s\u00e9rieux, avec toute la profonde gloire de leur m\u00e9tier antique. Ils \u00e9l\u00e8vent leur souffrance individuelle jusqu\u2019au ciel de notre destin collectif. Du fond de leur d\u00e9tresse, ils parlent \u00e0 toutes les femmes, \u00e0 tous les hommes: N\u00e2zim Hikmet, enferm\u00e9 dans sa ge\u00f4le turque pour le crime d\u2019\u00eatre communiste, communie avec toutes celles et ceux qui sont les victimes de l\u2019injustice et du despotisme; Neruda et Aragon parlent \u00e0 tous les amants transis, et surtout ceux qui ont le culot d\u2019aimer dans les convulsions de l\u2019histoire; Mandelstam, \u00e0 travers le r\u00e9cit de son exil, parle pour tout un peuple exil\u00e9, etc. Chez les grands po\u00e8tes, le singulier n\u2019est qu\u2019un moment de l\u2019universel (comme, pour Platon, les beaux corps doivent mener aux belles id\u00e9es). Chez nos publicitaires contemporains, c\u2019est tout l\u2019inverse: il n\u2019y a qu\u2019eux-m\u00eames, et au-del\u00e0 d\u2019eux-m\u00eames rien, qu\u2019un gouffre iris\u00e9 transform\u00e9 en spectacle m\u00e9diatique&nbsp;\u2013 c\u2019est-\u00e0-dire un n\u00e9ant au carr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/le-monde-selon-quentin-mouron\/\">Vers les chroniques pr\u00e9c\u00e9dentes de Quentin Mouron<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-vous-venez-de-lire-une-chronique-parue-dans-notre-edition-papier-le-regard-libre-nbsp-n-99\">Vous venez de lire une chronique parue dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n99-dossier-drogue\/\"><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b099<\/a>).<\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque mois, retrouvez la chronique d\u2019une des personnalit\u00e9s qui nous font le plaisir de prendre la plume en alternance. 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