{"id":517807,"date":"2023-04-28T06:00:00","date_gmt":"2023-04-28T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=517807"},"modified":"2023-04-28T06:00:00","modified_gmt":"2023-04-28T04:00:00","slug":"le-retour-roman-inedit-episode-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-roman-inedit-episode-15\/","title":{"rendered":"\u00abLe retour\u00bb, roman in\u00e9dit, dernier \u00e9pisode"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Chaque mois,&nbsp;<\/strong><em><strong>Le Regard Libre<\/strong><\/em><strong>&nbsp;publie le roman in\u00e9dit Le retour du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. Retour \u00e0 la fiction en ces pages, retour \u00e0 la vieille tradition du roman-feuilleton.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Joseph s\u2019est lev\u00e9 de bon matin; c\u2019est qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 revoir des \u00eatres qui lui sont chers, ses grand-parents. En traversant le village, il rencontre quelques villageois nagu\u00e8re si hostiles \u00e0 son \u00e9gard. Tous lui t\u00e9moignent leur respect et leur sympathie et tous se rappellent de Marguerite et Aim\u00e9. Sa grand-m\u00e8re l\u2019accueille comme il aurait voulu \u00eatre accueilli par le village, au d\u00e9but. Ils parlent de mots et de livres.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more LIRE L\u2019\u00c9PISODE DE ROMAN (ABONN\u00c9S)-->\n\n\n\n<p>Joseph se sent attir\u00e9 par l\u2019immensit\u00e9 du ciel. Il marche et les \u00e9toiles sont dans ses yeux. La vie n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi douce. Ce soir, Joseph \u00e9prouve son insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il danse entre les masures et remonte le courant des passants imaginaires, car \u00e0 cette heure tout le monde dort. Il peut tenter la nuit, narguer les gouffres et se rire de tous les ab\u00eemes, la peur s\u2019en est all\u00e9e. C\u2019est avec joie qu\u2019il retrouve la solitude. Plus tard, il la quittera sans regret. Sa pr\u00e9sence est un nectar qu\u2019il boit goutte \u00e0 goutte. Bient\u00f4t, elle s\u2019en ira.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il gagne sa chambre. Leila l\u2019attend. Elle est d\u00e9j\u00e0 nue, ils ne se parlent pas, font l\u2019amour comme si leur vie \u00e9tait en jeu. Elle lui dit qu\u2019elle l\u2019aime, qu\u2019elle ne pourra plus vivre sans lui, qu\u2019il faut partir maintenant, que le monde entier est fi\u00e9vreux et traverse une nuit sans r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l\u2019embrasse, elle le l\u00e8che, elle le mord. Il l\u2019aime aussi, il veut partir avec elle. Plus rien ne pourra les emp\u00eacher de vivre. Tout est accompli.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes ne l\u2019oublieront plus. Il est des leurs. Qu\u2019il parte avec elle ou qu\u2019il reste avec eux, qu\u2019est-ce que cela change? Il a prouv\u00e9 qu\u2019il m\u00e9ritait sa place. Il s\u2019est battu, ils l\u2019ont saign\u00e9, il s\u2019est relev\u00e9 fier et aim\u00e9 des dieux. Il s\u2019est fait ma\u00eetre de son destin, qu\u2019est-ce qui pourrait l\u2019arr\u00eater maintenant ? Les \u00e9toiles pleurent leurs larmes d\u2019argent apr\u00e8s son passage, les arbres se prosternent, le vent se l\u00e8ve au moindre signe de sa main, le soleil ne brille plus que pour lui !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Oui, tu as raison. Partons, Leila! Partons!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose presse, ils n\u2019ont pas beaucoup de temps. Leila s\u2019est d\u00e9j\u00e0 rhabill\u00e9e, elle est pr\u00eate \u00e0 partir mais lui, mais Joseph!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;D\u00e9p\u00eache-toi, mon amour! Oui, d\u00e9p\u00eache-toi!<\/p>\n\n\n\n<p>Sa voix trahit son excitation. Elle a envie de courir, de sauter, de voler jusqu\u2019\u00e0 la mer. Et ils s\u2019y jetteront nus, il n\u2019y aura plus de pudeur, car il n\u2019y aura plus d\u2019interdits, ils ne reculeront devant rien ni personne!<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph est enfin pr\u00eat, elle l\u2019embrasse avec encore plus de volupt\u00e9. Fous d\u2019amour, ils d\u00e9valent l\u2019escalier quatre \u00e0 quatre et se ruent dans la cuisine. Ils vident le frigo et sortent en claquant la porte. Dehors, ils s\u2019embrassent \u00e0 nouveau. Il a envie de la prendre encore, il lui palpe les seins, elle se d\u00e9bat sans forces et lui mord la l\u00e8vre. Il crie de douleur et de plaisir, la poursuit dans les ruelles vides de leur cher village. Elle se jette dans ses bras et le prie de faire moins de bruit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Amour, amour! Ah! Ah! Mon amour, tais-toi! Tais-toi je t\u2019en supplie! On va leur faire une surprise. Maintenant suis-moi, j\u2019ai rassembl\u00e9 mes affaires dans la grange!<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle immense plaisanterie ! Demain ils seront partis, on les cherchera partout et ils seront introuvables. Joseph se grise de leur audace. Il n\u2019a pas peur, il est pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fier quiconque se mettra en travers de son chemin!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Leila part devant, elle le s\u00e8me presque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Hey toi! Pas si vite! Attends-moi!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ses mains sont couvertes de sang, c\u2019est sa l\u00e8vre. Il a faim d\u2019elle, il veut l\u2019aimer encore et encore, cette d\u00e9licieuse cr\u00e9ature qui, d\u00e9sormais, lui appartient. Lorsqu\u2019il l\u2019aura plaqu\u00e9e contre un mur, dans les t\u00e9n\u00e8bres de la grange et pas loin des porcs qui couineront, il l\u2019aimera comme il faut\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La bave se m\u00eale au sang et coule hors de sa bouche entrouverte. Il court, il court, il va la rattraper et il va l\u2019aimer oui, et apr\u00e8s ils mettront les voiles et on n\u2019entendra plus jamais parler d\u2019eux. Au bord de la mer, ce sera beau, il n\u2019y aura plus de fuite, plus de questions, ce sera du sable \u00e0 perte de vue!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph arrive pr\u00e8s de la grange. Il y a de la lumi\u00e8re, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle s\u2019est cach\u00e9e. Il s\u2019\u00e9lance, il veut lui faire peur, il a tellement h\u00e2te! Elle se retournera en hurlant et il la calmera, il touchera ses fesses et elle poussera un petit cri qui lui donnera envie d\u2019elle, alors il l\u2019embrassera tendrement et peut-\u00eatre qu\u2019elle pleurera de joie comme la derni\u00e8re fois! C\u2019est une nouvelle vie qui commence pour elle. Joseph a tenu sa promesse. Ce n\u2019\u00e9taient pas des paroles en l\u2019air, non, ces mots qu\u2019ils ont grav\u00e9s, cet amour qu\u2019il a pour elle, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9! et rien que la v\u00e9rit\u00e9! Il ne ment pas, lui. Joseph est un homme de parole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Leila! Mon amour! O\u00f9 est-ce que tu te caches?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je suis l\u00e0! Viens vite!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a peur, elle est terroris\u00e9e, mais ce n\u2019est pas \u00e0 cause de lui. Elle a cri\u00e9. Il l\u2019a entendue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Leila?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pleure. Elle se noie dans ses larmes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Leila?!<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre est l\u00e0. C\u2019est lui qui la touche, c\u2019est lui qui la tient, avec une lame sous le cou. Oui, il va l\u2019\u00e9gorger si Joseph ne fait rien. Oui, il la tra\u00eene et elle se d\u00e9bat. Oui, c\u2019est dans son lit qu\u2019elle couchera. Oh oui, il lui fera l\u2019amour, il la violera peut-\u00eatre, mais qu\u2019est-ce que cela change? Le destin de la femme qu\u2019il a aim\u00e9e est scell\u00e9. Que peut-il pour elle \u00e0 pr\u00e9sent? La sauver?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;T\u2019approche pas, Joseph! Recule, mon ami, recule! Mon fr\u00e8re!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Arr\u00eate, arr\u00eate! Leila! Leila! Tu lui fais mal! Arr\u00eate!!!<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire, non, plus rien. Il peut pleurer avec elle, hurler, leurs visages se d\u00e9formeront, ils seront laids, mais au moins ils s\u2019aimeront. Oui, ils peuvent encore se raccrocher \u00e0 l\u2019amour. Ils mourront ensemble, dans les bras de cet autre qu\u2019ils ont aim\u00e9. Et apr\u00e8s plus rien. La nuit. Le n\u00e9ant duquel ils sont sortis les attend de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph est frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate. Il perd connaissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>*<\/p>\n\n\n\n<p>Leila est le premier visage qu\u2019il voit. Il est encore flou. Elle a s\u00e9ch\u00e9 ses larmes, elle ne pleure plus. Elle le regarde avec beaucoup de tendresse, le sourire aux l\u00e8vres. Elle le caresse, puis l\u2019embrasse. Elle se plonge dans ses yeux une derni\u00e8re fois, elle cherche celui qu\u2019elle a aim\u00e9, ne le trouve plus, il a disparu! Il l\u2019a quitt\u00e9e! Il l\u2019a trahie!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Il est \u00e0 vous, messieurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Deux hommes immobilisent ses bras. Un autre frappe. Il saigne. On frappe. Il vomit. On continue de frapper. Leila ne crie plus, la com\u00e9die a assez dur\u00e9. Un des deux hommes charg\u00e9s de le tenir demande un rempla\u00e7ant pour pouvoir le battre \u00e0 son tour. Ils rient. Joseph regarde autour de lui et reconna\u00eet chaque visage. Ils sont l\u00e0, ils sont tous venus pour lui! Pour f\u00eater son grand retour!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Qu\u2019on en finisse!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes le jettent \u00e0 terre et lui donnent des coups de pieds. On fait signe aux plus jeunes de venir. Ils frappent et leurs m\u00e8res les f\u00e9licitent. On lui demande de courir, d\u2019essayer de fuir comme le porc qu\u2019ils ont saign\u00e9 l\u2019autre jour. Mais Joseph ne peut plus ramper, il n\u2019est plus qu\u2019une \u00e9norme plaie dont il faut se d\u00e9barrasser au plus vite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On passe une corde autour de ses pieds et le soul\u00e8ve en chantant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ho hisse! Ho hisse! Ho hisse! Ho hisse!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le sang rentre dans ses narines, dans sa gorge et dans ses yeux. Il ne voit plus qu\u2019une silhouette sombre qui s\u2019avance, calme et d\u00e9cid\u00e9e, le couteau de J\u00e9r\u00e9mie en main. Il reconna\u00eet cette voix qui lui dit:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Joseph n\u2019est jamais revenu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>FIN. 26 avril 2020<\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous venez de lire<\/strong>&nbsp;<strong>un \u00e9pisode paru dans<\/strong>&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n94-dossier-ecole\/\"><strong><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b09<\/strong>5.<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p><strong>Vous pouvez lire\u00a0<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-roman-inedit-episode-14\/\">l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/strong>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joseph s\u2019est lev\u00e9 de bon matin; c\u2019est qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 revoir des \u00eatres qui lui sont chers, ses grand-parents. En traversant le village, il rencontre quelques villageois nagu\u00e8re si hostiles \u00e0 son \u00e9gard. 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