{"id":517577,"date":"2023-04-30T06:00:00","date_gmt":"2023-04-30T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=517577"},"modified":"2023-04-30T06:00:00","modified_gmt":"2023-04-30T04:00:00","slug":"bret-easton-ellis-le-retour-du-plus-grand-auteur-americain-vivant-2-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/bret-easton-ellis-le-retour-du-plus-grand-auteur-americain-vivant-2-3\/","title":{"rendered":"Bret Easton Ellis, le plus grand auteur am\u00e9ricain vivant? (2\/3)"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Conspu\u00e9 dans son pays natal, encens\u00e9 en francophonie, Bret Easton Ellis revient en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e avec un nouveau roman, son septi\u00e8me. Pas de surprise: on y croise toujours des jeunes d\u00e9sabus\u00e9s, de la violence, de la drogue et de l\u2019ennui bourgeois. Un renouveau, vraiment?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more LIRE LA CRITIQUE (EN LIBRE ACC\u00c8S)-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9tat des lieux d\u2019un auteur in\u00e9dit: l\u2019autofiction \u00e0 son paroxysme<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il prend ses premi\u00e8res notes pour <em>Glamorama<\/em> dans les ann\u00e9es 1990, Ellis veut r\u00e9diger un livre plus personnel. Cependant, le r\u00e9sultat ne colle plus avec le projet de plus en plus important que devient le roman, et l\u2019auteur r\u00e9\u00e9crit l\u2019entier du r\u00e9cit. Pourtant, l\u2019\u00e9v\u00e9nement m\u00e9diatique du tournant du si\u00e8cle retomb\u00e9, Ellis souhaite tout de m\u00eame utiliser ses \u00e9bauches et commence la r\u00e9daction de m\u00e9moires. La presse s\u2019emballe alors: l\u2019un des plus grands \u00e9crivains contemporains qui \u00e9crit une autobiographie? Tout le monde est curieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait pourtant mal conna\u00eetre l\u2019auteur. Bret Easton Ellis relatant son v\u00e9cu de mani\u00e8re traditionnelle? C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s aussi improbable que de voir une de ses parutions d\u00e9pourvues de scandale&#8230; Dans une volont\u00e9 de prolonger son projet transversal, et m\u00eame si cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 verbalis\u00e9, l\u2019auteur met en sc\u00e8ne son double autofictionnel dans un univers suffisamment proche du n\u00f4tre pour que l\u2019on pense que le roman est factuel. Le livre commence ainsi par une centaine de pages revenant sur ses succ\u00e8s, ses d\u00e9boires, ses interviews, et donne quelques anecdotes croustillantes pour les fans. Pourtant, quelque chose d\u2019\u00e9trange commence \u00e0 appara\u00eetre: subitement, Bret Easton Ellis est mari\u00e9, \u00e0 une femme qui plus est; tout \u00e0 coup, il a un enfant. Puis, la confirmation: le roman bascule dans le thriller horrifique dans lequel les personnages de ses romans tentent de lui nuire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, <em>Lunar Park<\/em> est bien loin d\u2019une autobiographie classique, et pourtant elle en reprend les codes. Elle traite bien de l\u2019auteur, le met face \u00e0 ses angoisses et une vie id\u00e9al(is\u00e9)e, et traite des n\u00e9vroses d\u2019un \u00e9crivain d\u00e9pass\u00e9 par sa propre \u0153uvre et ce que les lecteurs en ont fait: des idoles d\u00e9moniaques.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce roman, l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re d\u2019Ellis peut \u00eatre relue et analys\u00e9e \u00e0 nouveau comme un gigantesque projet autofictionnel. Toutes les situations sont celles qu\u2019il a v\u00e9cues, mais modifi\u00e9es, tous les personnages sont r\u00e9els et imaginaires, tous ses narrateurs sont des doubles de lui-m\u00eame, et Patrick Bateman, le tueur d\u2019<em>American Psycho<\/em> pr\u00e9sent\u00e9 comme inspir\u00e9 de son p\u00e8re, devient en r\u00e9alit\u00e9 un autre alter ego de l\u2019auteur. <em>Lunar Park<\/em> sorti, Ellis a avou\u00e9 que sa fiction n\u2019existait pas plus que sa r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que faire ensuite? O\u00f9 aller apr\u00e8s le point final d\u2019une \u0153uvre? Il faut probablement revenir au point de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un retour aux sources par des chemins de traverse<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour la r\u00e9daction de <em>Lunar Park<\/em>, Bret Easton Ellis a relu tous ses romans. D\u2019apr\u00e8s lui, sa \u00abred\u00e9couverte\u00bb de <em>Moins que z\u00e9ro<\/em> (1985), son premier roman publi\u00e9, lui a donn\u00e9 envie de se plonger \u00e0 nouveau dans cet univers, mais avec 25 ans de plus. Ainsi est n\u00e9e la r\u00e9daction de <em>Suite(s) imp\u00e9riale(s)<\/em> (2010).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions laiss\u00e9 Clay, le riche \u00e9tudiant \u00e0 la fois narrateur et h\u00e9ros de <em>Moins que z\u00e9ro<\/em>, repartir dans son universit\u00e9 de Nouvelle-Angleterre apr\u00e8s des vacances de fin d\u2019ann\u00e9e pass\u00e9es \u00e0 Los Angeles. Depuis, il est devenu sc\u00e9nariste \u00e0 succ\u00e8s et de retour pour de nouvelles f\u00eates de No\u00ebl dans la ville de son enfance. L\u2019argent facile et la chirurgie esth\u00e9tique ont rendu la plupart de ses amis d\u2019enfance m\u00e9connaissables, chacun s\u2019est enfonc\u00e9 dans ses propres d\u00e9mons, et le cin\u00e9ma n\u2019a cr\u00e9\u00e9 qu\u2019une copie d\u00e9lav\u00e9e de plus de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cin\u00e9ma est pour le moins central dans ce roman, c\u2019est d\u2019ailleurs l\u00e0 son coup de g\u00e9nie: un film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 sur les h\u00e9ros du premier livre, par un protagoniste inattendu s\u2019av\u00e9rant \u00eatre le narrateur <em>r\u00e9el<\/em> de <em>Moins que z\u00e9ro<\/em> (quelqu\u2019un d\u2019autre a donc fait une fiction \u00e0 la premi\u00e8re personne sur la troupe). Le film est m\u00e9diocre, comme la v\u00e9ritable adaptation sortie en 1987 (<em>Neige sur Beverly Hills<\/em>, Marek Kanievska). Mais il a lev\u00e9 le voile sur cette g\u00e9n\u00e9ration dor\u00e9e. Ainsi, cette pirouette narrative permet \u00e0 Bret Easton Ellis de revenir sur la mauvaise exp\u00e9rience de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 trop h\u00e2tive, des adaptations rat\u00e9es d\u2019\u0153uvres, et sur le trope de l\u2019\u00e9crivain revenant dans le lieu de sa jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup plus violent et sombre que le premier volume, <em>Suite(s) imp\u00e9riale(s)<\/em> est une v\u00e9ritable plong\u00e9e dans le Los Angeles des ann\u00e9es 2010, l\u00e0 o\u00f9 les excentricit\u00e9s d\u2019alors sont devenues la norme d\u2019aujourd\u2019hui pendant qu\u2019un tueur en s\u00e9rie s\u00e9vit. Mais c\u2019est \u00e9galement une r\u00e9flexion sur le devenir de ces jeunes privil\u00e9gi\u00e9s, des mariages de convenance aux m\u00e9tiers abscons, des addictions aux descentes aux enfers. Bien \u00e9videmment, le roman fut un \u00e9chec pour avoir, \u00e0 nouveau, confront\u00e9 les Etats-Unis \u00e0 leurs propres engeances.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abElle a tent\u00e9 de se suicider en se tirant une balle dans l\u2019estomac. Je n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre pourquoi elle n\u2019a pas vis\u00e9 la t\u00eate.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>R\u00e9sultat? Pendant treize ans, Bret Easton Ellis n\u2019a pas publi\u00e9 de roman \u2013 d\u2019apr\u00e8s ses dires, cela ne l\u2019int\u00e9resserait plus \u2013 et s\u2019est tourn\u00e9 vers le cin\u00e9ma, avec un r\u00e9sultat mitig\u00e9. Tout au plus a-t-il propos\u00e9 un \u00e9ventail de ses r\u00e9flexions sous forme d\u2019essai. Recueil de ses tweets, pens\u00e9es, articles et d\u00e9bats, <em>White<\/em> (2019) est un tacle \u00e0 la bien-pensance de notre temps, dont le scandale de r\u00e9ception a \u00e9t\u00e9 magnifi\u00e9 par le fait que l\u2019\u00e9poque actuelle ne tol\u00e8re plus les avis divergents de l\u2019opinion dominante et que ce livre est le premier \u00e0 ne pas \u00eatre \u00e9tiquet\u00e9 comme \u00abroman\u00bb. Ainsi, tout le monde pensait l\u2019auteur mort artistiquement, bon \u00e0 sc\u00e9nariser des films rat\u00e9s qui ne sortent qu\u2019en DVD, \u00e0 animer son podcast et \u00e0 surfer sur sa gloire pass\u00e9e. Enfin, \u00e7a, c\u2019\u00e9tait avant l\u2019ann\u00e9e 2022, lors de laquelle son \u00e9diteur a annonc\u00e9 la sortie d\u2019un nouveau roman.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La suite et fin de cette s\u00e9rie, la semaine prochaine.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Lire le <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/bret-easton-ellis-le-plus-grand-auteur-americain-vivant-1-3\/\">premier \u00e9pisode<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur:&nbsp;<a href=\"mailto:mathieu.vuillerme@leregardlibre.com\">mathieu.vuillerme@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire une critique en libre acc\u00e8s.&nbsp;<\/strong>D\u00e9bats, analyses, actualit\u00e9s culturelles:&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/abonnement\/\">abonnez-vous<\/a>&nbsp;\u00e0 notre m\u00e9dia de r\u00e9flexion pour nous soutenir et avoir acc\u00e8s \u00e0 tous nos contenus!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:17% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/leregardlibre.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/bret-easton-ellis-luna-park.jpeg\" alt=\"Bret Easton Ellis \" class=\"wp-image-517586 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Bret Easton Ellis&nbsp;<br><em>Lunar Park<\/em><br>Traduction de Pierre Guglielmina&nbsp;<br>Robert Laffont&nbsp;<br>2023&nbsp;<br>378 pages&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/lunar_park-bret_easton_ellis-9782221268964 \">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:23px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:17% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/leregardlibre.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/bret-easton-ellis-suites.jpeg\" alt=\"Bret Easton Ellis\u00a0\" class=\"wp-image-517587 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Bret Easton Ellis&nbsp;<br><em>Suite(s) imp\u00e9riale(s)<\/em><br>Traduction de Pierre Guglielmina&nbsp;<br>Robert Laffont&nbsp;<br>2023&nbsp;<br>232 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/suites_imperiales-bret_easton_ellis-9782221269985 \">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:23px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:17% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/leregardlibre.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/bret-easton-ellis-glamorama.jpeg\" alt=\"Bret Easton Ellis\u00a0\" class=\"wp-image-517588 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Bret Easton Ellis&nbsp;<br><em>Glamorama&nbsp;<\/em><br>Traduction de Pierre Guglielmina&nbsp;<br>Robert Laffont&nbsp;<br>2023&nbsp;<br>536 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/glamorama-bret_easton_ellis-9782221268940 \">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conspu\u00e9 dans son pays natal, encens\u00e9 en francophonie, Bret Easton Ellis revient en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e avec un nouveau roman, son septi\u00e8me. 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