{"id":517243,"date":"2023-04-05T06:00:00","date_gmt":"2023-04-05T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=517243"},"modified":"2023-04-05T06:00:00","modified_gmt":"2023-04-05T04:00:00","slug":"joyland-le-desir-detre-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/films\/joyland-le-desir-detre-soi\/","title":{"rendered":"\u00abJoyland\u00bb: le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre soi"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire du festival de Cannes, le cin\u00e9ma pakistanais a foul\u00e9 le sol de la Croisette, vainqueur dans les cat\u00e9gories Un certain regard et Queer Palm. Rendez-vous dans un Pakistan en aux troubles, sous le regard de Saim Sadiq.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire la critique (en libre acc\u00e8s)-->\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Joyland\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/801923319?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"1000\" height=\"563\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>A Lahore, Haider (Ali Junejo) vit avec sa femme Mumatz (Rasti&nbsp;Farooq) dans la maison familiale qu\u2019il partage avec son fr\u00e8re, sa belle-s\u0153ur, ses enfants et son p\u00e8re sans r\u00e9elle intimit\u00e9. Malgr\u00e9 sa chaise roulante, le patriarche dicte les r\u00f4les de chacun en exer\u00e7ant une codification stricte des genres, pressant son fils de trouver du travail et de faire un enfant. Haider, aux prises avec une masculinit\u00e9 impos\u00e9e qu\u2019il peine \u00e0 endosser, trouve un job de danseur dans un cabaret \u00e9rotique o\u00f9 il tombera amoureux de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 nationale, Biba (Alina Khan), danseuse trans \u2013 dont on saluera la performance. Au-del\u00e0 de l\u2019idylle atypique, <a href=\"https:\/\/www.imdb.com\/name\/nm7932095\/\">Saim&nbsp;Sadiq<\/a> capture une s\u00e9rie de portraits complexes tiraill\u00e9s entre les injonctions morales et leurs d\u00e9sirs personnels.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Subversion tu\u00e9e dans l\u2019\u0153uf<\/h3>\n\n\n\n<p>Miroir aux alouettes pour cin\u00e9philes consid\u00e9rant le sujet social comme gage de qualit\u00e9 cin\u00e9matographique?&nbsp;<em>Joyland<\/em> fait le pari risqu\u00e9 de r\u00e9activer des sujets sensibles \u2013 transidentit\u00e9, patriarcat, homosexualit\u00e9 \u2013 avec comme originalit\u00e9 notable son origine pakistanaise, trop peu repr\u00e9sent\u00e9e au cin\u00e9ma. Des sujets&nbsp;auxquels se confrontent beaucoup de cin\u00e9astes&nbsp;en \u00e9chouant \u00e0 les d\u00e9passer compl\u00e8tement. Malheureusement, un \u00e9cueil que <em>Joyland<\/em> parvient difficilement \u00e0 \u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Haider et Biba na\u00eet un amour furtif. Le d\u00e9sir&nbsp;ne pouvant s\u2019exprimer ailleurs que dans des lieux d\u00e9serts, voire cach\u00e9s, comme une ruelle, une chambre, cet amour se confine. Sans surprise, Sadiq utilise le format carr\u00e9 pour rendre compte de l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9touffante caus\u00e9e par une morale religieuse omnipotente. A cela s\u2019ajoutent des plans \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique color\u00e9e et&nbsp;l\u00e9ch\u00e9e, mais qui imposent une fronti\u00e8re \u00e9tanche entre les sc\u00e8nes et les spectateurs. L\u2019\u00e9motion peine donc \u00e0 trouver une r\u00e9sonance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cabaret, lors du spectacle de danse, appara\u00eet comme le lieu o\u00f9 il devient possible de s\u2019affranchir du carcan moral impos\u00e9. Haider s\u2019exprime \u00e0 travers son corps; Biba est cette fois inaccessible aux d\u00e9sirs du public exclusivement masculin et le contact physique entre les deux amants est per\u00e7u comme normal. Mais cette sc\u00e8ne en est r\u00e9duite \u00e0 une succession de plans convenus sans v\u00e9ritable prise de risques, qui s\u2019\u00e9tendent sur une dur\u00e9e tr\u00e8s courte, voire trop courte. Par ses choix formels, <em>Joyland<\/em> peine \u00e0 contaminer le spectateur de la liesse collective du lieu. Mod\u00e9r\u00e9 et \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique tr\u00e8s propre, la subversion des codes moraux qu\u2019il suppose critiquer reste sans substance, voire vaine. Malgr\u00e9 une certaine profondeur conf\u00e9r\u00e9e aux personnages et la mise en sc\u00e8ne plombante, le cin\u00e9aste enferme ces derniers dans leur seule fonction de sujet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ambivalence et d\u00e9sirs<\/h3>\n\n\n\n<p>Reste que le film contient un int\u00e9r\u00eat naturaliste. Le d\u00e9veloppement du personnage de Mumatz permet d\u2019ouvrir le regard sur la soci\u00e9t\u00e9 pakistanaise contemporaine. En espionnant l\u2019inconnu qui s\u2019offre un plaisir solitaire dans une ruelle en pleine nuit, Mumatz d\u00e9voile le malaise soci\u00e9tal. Au-del\u00e0&nbsp;du sujet de l\u2019amourette taboue, <em>Joyland<\/em> t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9pr\u00e9hension universelle des d\u00e9sirs&nbsp;qui ploient sous les injonctions morales et religieuses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cinema\/seule-la-terre-ou-lhomosexualite-dans-un-contexte-paysan\/\"><em>Seule la Terre<\/em> ou l\u2019homosexualit\u00e9 dans un contexte paysan<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, Sadiq&nbsp;traduit subtilement cet \u00e9cart\u00e8lement par l\u2019utilisation d\u2019oppositions symboliques:&nbsp;c\u2019est la nuit qui met en lumi\u00e8re ce qui doit \u00eatre cach\u00e9 le jour, l\u2019immobilisme du patriarche contre la d\u00e9couverte corporelle d\u2019Haider, des personnages masculins autoritaires mais particuli\u00e8rement effac\u00e9s. Ce qui rend compte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00abbipolaire\u00bb \u2013 terme que Sadiq emploie lui-m\u00eame dans une <a href=\"https:\/\/amp.france24.com\/fr\/culture\/20220526-festival-de-cannes-le-cin\u00e9ma-pakistanais-vit-une-sorte-d-\u00e2ge-d-or-cr\u00e9atif\">interview<\/a> pour qualifier la situation des personnes&nbsp;trans au Pakistan. Et la r\u00e9alit\u00e9 le prouve: d\u2019abord censur\u00e9 par le gouvernement dans son pays d\u2019origine par la pression des groupes religieux, ce dernier est revenu sur sa d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteure: <a href=\"mailto:alice.bruxelle@leregardlibre.com\">alice.bruxelle@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire un \u00e9ditorial en libre acc\u00e8s.<\/strong>&nbsp;D\u00e9bats, analyses, actualit\u00e9s culturelles:&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/abonnement\/\">abonnez-vous<\/a>&nbsp;\u00e0 notre m\u00e9dia de r\u00e9flexion pour nous soutenir et avoir acc\u00e8s \u00e0 tous nos contenus!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"http:\/\/leregardlibre.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/affiche_joyland.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/affiche_joyland-722x1024.jpg\" alt=\"Joyland (affiche)\" class=\"wp-image-517253\"\/><\/a><\/figure>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire du festival de Cannes, le cin\u00e9ma pakistanais a foul\u00e9 le sol de la Croisette, vainqueur dans les cat\u00e9gories Un certain regard et Queer Palm. Rendez-vous dans un Pakistan en aux troubles, sous le regard de Saim Sadiq.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":517252,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[90,147,490,763,764],"class_list":["post-517243","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-films","tag-critiques-cinema","tag-festival-de-cannes","tag-homosexualite","tag-pakistan","tag-transidentite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/517243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=517243"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/517243\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=517243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=517243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=517243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}