{"id":516375,"date":"2023-02-23T06:00:00","date_gmt":"2023-02-23T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=516375"},"modified":"2023-02-23T06:00:00","modified_gmt":"2023-02-23T05:00:00","slug":"grand-tour-a-alii-drive-a-hawai-sur-conseil-de-mark-twain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/sport\/grand-tour-a-alii-drive-a-hawai-sur-conseil-de-mark-twain\/","title":{"rendered":"Grand Tour \u00e0 Ali\u2019i Drive \u00e0 Hawa\u00ef, sur conseil de Mark Twain"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>D\u2019o\u00f9 l\u2019atoll polyn\u00e9sien et Etat am\u00e9ricain d\u2019Hawa\u00ef tient-il son image de paradis sur Terre? L\u2019\u00e9crivain Mark Twain et la cr\u00e9ation en 1978 des premiers championnats du monde d\u2019Ironman ont contribu\u00e9 \u00e0 faire de l\u2019archipel un coin de r\u00eave pour les voyageurs occidentaux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more LIRE LE REPORTAGE (ABONN\u00c9S)-->\n\n\n\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re, la litt\u00e9rature a avant tout pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019atoll cet espace de g\u00e9ographie r\u00eav\u00e9 par tous les citadins des m\u00e9tropoles et m\u00e9galopoles appartenant \u00e0 la face occidentale de la plan\u00e8te, les Californiens en t\u00eate. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, plusieurs chercheurs en sciences sociales ont d\u00e9montr\u00e9 la valeur heuristique qu\u2019il y avait \u00e0 explorer la litt\u00e9rature en tant que prisme de l\u2019imaginaire social. Vincent Co\u00ebff\u00e9, directeur du d\u00e9partement de la culture, des arts et du patrimoine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers, fait partie de ces personnalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les lettres de Mark Twain, destin\u00e9es \u00e0 publication dans le <em>Sacramento Union<\/em> et r\u00e9dig\u00e9es depuis son logement \u00e0 bord d\u2019oc\u00e9an, ont eu un impact que l\u2019auteur, lui-m\u00eame, n\u2019avait jamais anticip\u00e9. Puis, les choses se sont un peu tass\u00e9es. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement beaucoup plus r\u00e9cent \u2013 la cr\u00e9ation en 1978 des championnats du monde d\u2019Ironman \u00e0 Kona \u2013 contribue \u00e0 raviver bien diff\u00e9remment la valeur sentimentale et exotique que pr\u00e9sentent les \u00eeles Sandwich. Entre San Francisco et Kailua Kona, on a tent\u00e9 de d\u00e9construire l\u2019image \u00e9d\u00e9nique que l\u2019on se fait d\u2019Hawa\u00ef. Pour autant, cela ne doit pas occulter l\u2019ensemble de la litt\u00e9rature po\u00e9tique du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de la litt\u00e9rature sportive du XXI<sup>e<\/sup>, devenues prolixes sur le sujet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De la Californie \u00e0 la Polyn\u00e9sie<\/h3>\n\n\n\n<p>Afin de relier l\u2019archipel hawa\u00efen \u00e0 la Suisse, un point de rencontre est particuli\u00e8rement pris\u00e9 par les voyageurs: San Francisco. De nombreux baroudeurs y font escale pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. Je m\u2019y suis personnellement arr\u00eat\u00e9 \u00e0 deux reprises en mai, puis en juillet. Florent, lui, quelques mois plus tard, \u00e0 son retour des championnats du monde d\u2019Ironman en octobre 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin mai, cette ville c\u00f4ti\u00e8re formant une baie au contact de l\u2019oc\u00e9an Pacifique \u00e9tait recouverte d\u2019un \u00e9pais voile de brume gris\u00e2tre. Les locaux appellent ce ph\u00e9nom\u00e8ne le <em>June Gloom<\/em>. Autrement dit, le mois de \u00abjuin morose\u00bb. Le plan initial \u00e9tait de se rendre tout en haut de la Coit Tower, une tour de 64 m\u00e8tres situ\u00e9e au sommet du Telegraph Hill Boulevard. Depuis la salle \u00e0 ciel ouvert, tout en haut de cette impressionnante b\u00e2tisse en style Art d\u00e9co, la vue y est, par beau temps, enti\u00e8rement d\u00e9gag\u00e9e sur la prison militaire d\u2019Alcatraz, le Golden Gate Bridge et les quartiers d\u2019affaires de la ville. Sur place, en revanche, le brouillard \u00e9tait tr\u00e8s dense. M\u00eame en se rendant au Presidio, dans le d\u00e9troit du Golden Gate, \u00e0 quelques encablures du pont lui-m\u00eame, la structure rouge n\u2019\u00e9tait d\u00e9voil\u00e9e que sur une courte partie de ses pyl\u00f4nes. Les c\u00e2bles de suspension restaient eux parfaitement dissip\u00e9s dans l\u2019\u00e9pais nuage de bruine. Et il faisait froid, sous le vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, d\u2019aucuns rappellent que les temp\u00e9ratures peuvent \u00e9trangement varier sur toute la Californie, entre la fa\u00e7ade ouest et les territoires ensoleill\u00e9s \u00e9loign\u00e9s des c\u00f4tes durant la p\u00e9riode de gloom. Une journaliste du <em>Washington Post<\/em> avait un jour qualifi\u00e9 de \u00abcoup de fouet thermique\u00bb le voyage qu\u2019elle avait entrepris entre la ville de Templeton, dans les terres, et Cambria avec vue sur l\u2019oc\u00e9an: 50 degr\u00e9s de diff\u00e9rence \u00e9taient ressentis alors que les deux endroits n\u2019\u00e9taient situ\u00e9s qu\u2019\u00e0 30 kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau l\u2019un de l\u2019autre. Cette confluence entre plusieurs courants oc\u00e9aniques est ce qui poussa un \u00e9crivain \u00e0 transcrire un jour sur un de ses carnets: \u00abMon hiver le plus froid \u00e9tait un \u00e9t\u00e9 \u00e0 San Francisco.\u00bb D\u2019aucuns, vers la fin du XIXe si\u00e8cle, ont souhait\u00e9 attribuer ces bribes \u00e0 Mark Twain, qui avait commenc\u00e9 \u00e0 cultiver des sentiments tr\u00e8s n\u00e9gatifs sur la Californie, son atmosph\u00e8re, ses coutumes et sa population. Mais il semblerait qu\u2019il n\u2019ait en r\u00e9alit\u00e9 jamais sign\u00e9 cette saillie.<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent Co\u00ebff\u00e9 rappelle tout de m\u00eame que, juste avant son d\u00e9part pour les Hawa\u00ef, l\u2019\u00e9crivain avait pass\u00e9 quelque temps dans une prison de San Francisco et que, par une nuit de d\u00e9tresse, il avait, durant la m\u00eame ann\u00e9e, tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de la roulette russe. Plus tard, il aurait m\u00eame regrett\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises l\u2019heureux hasard d\u2019un coup manqu\u00e9. Co\u00ebff\u00e9 fait donc remonter \u00e0 cette ann\u00e9e de captivit\u00e9, probablement 1864, le d\u00e9but du voyage de Twain vers un monde diff\u00e9rent. Un homme que l\u2019on dit fragilis\u00e9 par certaines exp\u00e9riences traumatisantes et port\u00e9 par un d\u00e9sir de fuite et de refuge. Le changement de place lui \u00abgarantirait (probablement) la r\u00e9versibilit\u00e9 du temps\u00bb, \u00e9crit le professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Anger. Ce qu\u2019il a effectivement longtemps admis dans ses recueils publi\u00e9s \u00e0 son retour \u00e0 Sacramento.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Hawa\u00ef, l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on \u00abse refait une sant\u00e9\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>Mark Twain l\u2019\u00e9crivait lui-m\u00eame dans un de ses \u00e9crits en 1866: \u00abLes pr\u00eacheurs qui deviennent indolents viennent dans les \u00eeles Sandwich pour se refaire une sant\u00e9. Ils retournent ensuite chez eux et \u00e9crivent un livre, parsem\u00e9 d\u2019histoires et de l\u00e9gendes vivantes.\u00bb L\u2019\u00e9crivain a, semble-t-il, lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 berc\u00e9 par les r\u00e9cits du navigateur James Cook qui a d\u00e9couvert les \u00eeles Hawa\u00ef en 1779. Il lui a repris le sentiment fort t\u00e9moign\u00e9 par les indig\u00e8nes d\u2019alors lorsque l\u2019\u00e9quipage de Cook accosta sur les rives de la r\u00e9gion de Kona. On nomme <em>aloha<\/em> cette hospitalit\u00e9 \u00e9ternelle, faisant partie d\u2019un imaginaire social et r\u00e9serv\u00e9e par les Hawa\u00efens aux visiteurs de leurs \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ses quelques mois pass\u00e9s \u00e0 Hawa\u00ef, Mark Twain a grandement contribu\u00e9 \u00e0 maintenir vivant cet imaginaire, au nom d\u2019une disposition naturelle des Hawa\u00efens au partage. \u00abPour moi, l\u2019air doux souffle toujours, ses mers d\u2019\u00e9t\u00e9 scintillent au soleil; le battement de ses vagues est dans mon oreille; je peux voir ses falaises enguirland\u00e9es, ses cascades bondissantes, ses palmiers pruniers se reposant sur le rivage, ses sommets \u00e9loign\u00e9s flottant comme des \u00eeles au-dessus des nuages; je peux sentir l\u2019esprit de ses solitudes sauvages, je peux entendre le clapotis de ses ruisseaux; dans mes narines vit encore le souffle des fleurs qui ont p\u00e9ri il y a vingt ans.\u00bb Ses r\u00e9cits sur les Hawa\u00ef ont au moins autant contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l\u2019auteur que la notori\u00e9t\u00e9 du lieu, estime Vincent Co\u00ebff\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant son s\u00e9jour, Mark Twain a aussi longuement sympathis\u00e9 avec les marins et les baleiniers sur place. Il raconte aussi le violent d\u00e9clin de la population autochtone, les Kanaka Maoli. Son voyage entre la ville de Kailua-Kona et la baie de Kealakekua a d\u2019ailleurs donn\u00e9 vie aux passages les plus puissants et po\u00e9tiques de son ouvrage. Une vir\u00e9e \u00e0 cheval sur une distance de 20 kilom\u00e8tres, direction sud. Dans son r\u00e9cit, il raconte la beaut\u00e9 de cette longue avenue, haute et ininterrompue, situ\u00e9e \u00e0 300 m\u00e8tres au-dessus de l\u2019oc\u00e9an, toujours bien en vue. Il raconte la magie de ce chemin de terre, parfois enfoui dans une dense for\u00eat tropicale, o\u00f9 les arcs des branches surplombent la route, l\u2019ombrageant ainsi d\u2019un soleil parfois bien chaud, et le laissant hant\u00e9 par le chant invisible des oiseaux. Le parcours est tr\u00e8s vallonn\u00e9 \u2013 pour y parcourir une course \u00e0 v\u00e9lo ou \u00e0 pied, le trac\u00e9 n\u2019est pas innocent \u2013, il prot\u00e8ge souvent de la chaleur, sauf quand les ombres s\u2019adoucissent pour laisser filtrer les teintes et filets de lumi\u00e8re, souvent \u00e9touffante. \u00abCes profondeurs vertes et fra\u00eeches de cette for\u00eat permettent de se livrer \u00e0 des r\u00e9flexions sentimentales sous l\u2019inspiration d\u2019un cr\u00e9puscule mena\u00e7ant et de son feuillage murmurant\u00bb, d\u00e9crivait l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette avenue, source d\u2019inspiration pour Mark Twain, est la plus pris\u00e9e de la r\u00e9gion de Kona. Elle porte le nom d\u2019Ali\u2019i Drive et attire l\u2019attention sur les nombreux chefs de tribu qui ont autrefois fait de cette r\u00e9gion leur foyer. Elle sent toujours, depuis 1866, l\u2019ar\u00f4me particulier du caf\u00e9 qui est r\u00e9colt\u00e9 sur les pentes du mont volcanique d\u2019Hualalai et qui est brass\u00e9 dans tous les restaurants du lieu. Mark Twain n\u2019a cess\u00e9 de le r\u00e9p\u00e9ter dans ses \u00e9crits. Cent cinquante-six ans plus tard, Florent Ferrara et sa famille n\u2019y sont pas pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 non plus.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/lecrivain-americain-mark-twain-1835-1910-dans-un-voyage-sans-retour-certain-a-destination-dhawai--entre-spleen-et-espoir-de-renouveau---pictorial-press-ltd-_-alamy-1-728x1024.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/lecrivain-americain-mark-twain-1835-1910-dans-un-voyage-sans-retour-certain-a-destination-dhawai--entre-spleen-et-espoir-de-renouveau---pictorial-press-ltd-_-alamy-1-728x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-516377\" width=\"646\" height=\"909\"\/><\/a><figcaption><strong>L\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Mark Twain (1835-1910) dans un voyage sans retour certain \u00e0 destination d\u2019Hawa\u00ef. Entre spleen et espoir de renouveau.<\/strong> \u00a9 Pictorial Press Ltd \/ Alamy<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ali\u2019i Drive, lieu-dit du triathlon international<\/h3>\n\n\n\n<p>Ali\u2019i Drive donne acc\u00e8s \u00e0 de nombreux sites historiques qui s\u2019\u00e9tendent jusqu\u2019\u00e0 la baie de Keauhou. Cette route panoramique abrite en r\u00e9alit\u00e9 les derni\u00e8res demeures et refuges des grands monarques historiques de l\u2019\u00eele, en particulier ceux de la dynastie des Kamehameha qui y ont r\u00e9gn\u00e9 jusqu\u2019en 1872. Il y a d\u2019abord le temple d\u2019Ahuena Heiau, devenu la retraite du roi Kamehameha le Grand apr\u00e8s avoir unifi\u00e9 les \u00eeles hawa\u00efennes en 1812. Quelques m\u00e8tres plus loin, se trouve le Hulihee Palace qui est devenu, d\u00e8s sa construction en 1838, la r\u00e9sidence royale du roi Kamehameha III. Plus en contrebas, pointe aussi le clocher blanc de Mokuaikaua, la plus ancienne \u00e9glise chr\u00e9tienne des \u00eeles d\u2019Hawa\u00ef, fond\u00e9e en 1820.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois reliques de la ville de Kailua-Kona forment une sorte de triangulaire du souvenir. Au centre de ce triangle sied, en revanche, le d\u00e9but de quelque chose de nouveau; une \u00e9nergie virevoltante qui nous emm\u00e8ne au c\u0153ur m\u00eame de la ferveur hawa\u00efenne. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u00e0 que des milliers de triathl\u00e8tes s\u00e9lectionn\u00e9s et provenant de toute la plan\u00e8te se retrouvent pour y disputer l\u2019\u00e9preuve la plus difficile de leur existence. C\u2019est sur les \u00eeles Hawa\u00ef que sont organis\u00e9s exclusivement, depuis 1978, les championnats du monde d\u2019Ironman. Les \u00e9preuves sont exigeantes, tant au niveau psychologique que physique.<\/p>\n\n\n\n<p>En octobre 2022, Florent Ferrara a pu, pour la premi\u00e8re fois de sa vie, inscrire son nom au palmar\u00e8s de cette \u00e9preuve mythique. Professeur de sport dans plusieurs coll\u00e8ges des hauts plateaux vaudois, Florent est aussi un sportif \u00e0 l\u2019\u00e9volution fulgurante. Notre rencontre a eu lieu un soir de septembre \u00e0 Clarens, o\u00f9 il s\u2019entra\u00eene souvent. Il raconte avoir tent\u00e9 de s\u2019aligner pour la premi\u00e8re fois sur un Ironman en 2019 \u00e0 Z\u00fcrich, apr\u00e8s n\u2019avoir particip\u00e9 qu\u2019\u00e0 deux seuls triathlons dans sa vie. Il en tente un deuxi\u00e8me \u00e0 Tallinn, en Estonie, o\u00f9 il parvient \u00e0 d\u00e9crocher sa qualification pour les Mondiaux d\u2019Hawa\u00ef. D\u00e9termin\u00e9, capable des plus grands sacrifices pour parfaire une carri\u00e8re de sportif d\u2019\u00e9lite, il est aujourd\u2019hui inscrit aupr\u00e8s du club de Bulle, non loin de Fribourg o\u00f9 il a suivi ses \u00e9tudes en sport et performances \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprenez: pour obtenir le droit de figurer parmi les meilleurs triathl\u00e8tes au monde sur l\u2019\u00eele de Kona, trois ans seulement apr\u00e8s s\u2019\u00eatre essay\u00e9 sans grande conviction au triathlon, Florent Ferrara s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 un r\u00e9gime de pr\u00e9paration drastique. Ce soir-l\u00e0, \u00e0 Clarens, non loin des rives du L\u00e9man, il venait de suivre son programme habituel; une heure et quart de natation, soit entre 3\u2019000 et 5\u2019000 m\u00e8tres de brass\u00e9es rapides, cinq heures de v\u00e9lo, puis 25 minutes de course \u00e0 pied, histoire d\u2019habituer son corps aux transitions d\u2019\u00e9preuves.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus d\u2019un mois plus tard, donc, il embarque \u00e0 San Francisco \u2013 terminal consid\u00e9r\u00e9 comme le tremplin des ambitieux, le regard tourn\u00e9 vers le Pacifique \u2013 en direction d\u2019Hawa\u00ef. Dans ses yeux, on distingue de l\u2019impatience et de l\u2019excitation ; ces m\u00eames \u00e9motions qu\u2019a p\u00e9niblement \u00e9prouv\u00e9es Mark Twain pr\u00e8s de seize d\u00e9cennies plus t\u00f4t au moment de s\u2019envoler vers l\u2019inconnu. Le regard de Florent est cern\u00e9 mais vif; celui de Twain \u00e9tait cern\u00e9 et vague. Le mental de Florent vole haut; celui de Twain planait bas. Mais qu\u2019importe, on sait maintenant que les \u00eeles Sandwich sont autant une ar\u00e8ne de d\u00e9couverte qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre de renaissance. Tous deux ont r\u00eav\u00e9 de cet archipel aux effluves de paradis; ils partagent d\u00e9sormais une m\u00eame fi\u00e8vre, celle d\u2019avoir foul\u00e9 les routes imparfaites d\u2019Ali\u2019i Drive.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ali\u2019i Drive, l\u2019avenue des p\u00e8lerins<\/h3>\n\n\n\n<p>Sous 33 degr\u00e9s et plus de 80% d\u2019humidit\u00e9, les d\u00e9crassages du matin sont intraitables. Les premi\u00e8res brass\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an, dans une eau cristalline et sous l\u2019assaut de vagues, sont timides, sans pour autant att\u00e9nuer le plaisir de nager avec \u2013 et comme \u2013 les poissons; de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e, pratiquant une sorte de sur-place tr\u00e8s \u00e9nergique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le c\u0153ur de la pr\u00e9paration implique ensuite de bien conna\u00eetre le parcours \u00e0 v\u00e9lo de l\u2019\u00e9preuve, sans doute le plus vallonn\u00e9 au monde. Un groupe d\u2019entra\u00eenement voyage au petit matin en voiture en direction de Hawi, le point le plus au nord de l\u2019\u00eele de Kona. Les routes tr\u00e8s escarp\u00e9es en direction de cette petite colline richement bois\u00e9e font un cingle autour de la r\u00e9serve foresti\u00e8re de Kohala. Florent les accompagne. Le retour se fera \u00e0 v\u00e9lo, ce qui suppose pr\u00e8s de 80 kilom\u00e8tres d\u2019efforts.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voies routi\u00e8res \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019\u00eele sont particuli\u00e8rement bond\u00e9es d\u2019athl\u00e8tes, dont certains arborent en permanence une tenue nationale officielle. Le 4 octobre dernier, 92 pays \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Kailua Pier, sur la jet\u00e9e, au point de d\u00e9part de la parade des athl\u00e8tes. Ce d\u00e9fil\u00e9 festif et bariol\u00e9, ayant g\u00e9n\u00e9ralement lieu la veille des premi\u00e8res courses, avait \u00e9t\u00e9 men\u00e9 pour la derni\u00e8re fois par Mike Reilly, le haut dignitaire nomm\u00e9 de la parade des championnats du monde. Reilly fait partie des personnalit\u00e9s reconnues sur l\u2019\u00eele; auteur de plusieurs livres qui d\u00e9poussi\u00e8rent les histoires profondes des plus grands athl\u00e8tes d\u2019endurance, il offre, entre ses lignes, un aper\u00e7u souvent intime, r\u00e9v\u00e9lateur et divertissant de ces personnalit\u00e9s marquantes, dont la plupart gardent leur meilleur souvenir \u00e0 Hawa\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est par ailleurs \u00e9vident que la popularit\u00e9 d\u2019Ali\u2019i Drive est aussi intimement li\u00e9e aux grands noms qui l\u2019ont foul\u00e9e depuis 1978. Derri\u00e8re Mike Reilly et le Corps des jeunes officiers de r\u00e9serve de l\u2019US Army qui menaient le d\u00e9fil\u00e9, suivait au pas l\u2019ensemble du panth\u00e9on des l\u00e9gendes de l\u2019Ironman mondial. Parmi eux, Mark Allen, Bob Babbitt, Rocky Campbell, Heather Fuhr, Michellie Jones, Julie Moss, Paula Newby-Fraser, Greg Welch ou encore Dave Scott. Ces femmes et ces hommes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 de simples visiteurs de l\u2019\u00eele, encore moins des touristes. Ils se sont, certainement malgr\u00e9 eux, mu\u00e9s en p\u00e8lerins des temps modernes, devinant ainsi le caract\u00e8re sacr\u00e9 des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mark Allen et Dave Scott, deux sextuples champions du monde, sont ceux qui ont le plus marqu\u00e9 de leur empreinte l\u2019\u00e9preuve durant ses vingt premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019existence. L\u2019\u00e9dition 1989 qui avait mis aux prises ces deux plus grands gardiens d\u2019Ali\u2019i Drive avait donn\u00e9 vie \u00e0 une bataille que tous les sp\u00e9cialistes de la discipline \u00e9l\u00e8vent encore au rang de l\u00e9gendaire. Cette <em>Iron War<\/em> avait dur\u00e9 huit heures, o\u00f9 Scott et Allen \u00e9taient au coude \u00e0 coude jusqu\u2019aux derniers <em>miles<\/em> du marathon final.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, plusieurs sportifs \u00e0 succ\u00e8s ayant concouru \u00e0 Hawa\u00ef rappellent souvent la phrase prononc\u00e9e par Mark Allen apr\u00e8s sa course en 1989: \u00abQuand on est invit\u00e9 dans la maison de quelqu\u2019un, on apporte souvent un cadeau, une offrande. L\u2019\u00eele d\u2019Hawa\u00ef est comme une maison dans laquelle on entre de nombreuses fois dans sa vie, avant m\u00eame de venir affronter le parcours de l\u2019Ironman pour la premi\u00e8re fois. Mais jamais personne ne pense \u00e0 apporter de cadeau en \u00e9change de la chance d\u2019\u00eatre ici.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur, une petite structure en bois, assez grande pour accueillir dix ou quinze personnes tout au plus. Il y a d\u00e9pos\u00e9 ses brindilles d\u2019herbe sur l\u2019autel, o\u00f9 d\u2019autres offrandes avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es par d\u2019autres fid\u00e8les, et s\u2019assit sur un des bancs \u00e0 l\u2019avant de la nef. \u00abPour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eele\u00bb, avait-il alors expliqu\u00e9 lors d\u2019une conf\u00e9rence organis\u00e9e par l\u2019autre grande l\u00e9gende du triathlon Bob Babbitt en 2004. \u00abJ\u2019ai demand\u00e9 qu\u2019elle accepte de venir l\u00e0 avec ma force et que ma force soit suffisante. J\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019accepter ma pr\u00e9sence et mes offrandes, et que je puisse simplement faire une bonne course. J\u2019\u00e9tais la seule personne encore pr\u00e9sente dans l\u2019\u00e9glise, mais je pouvais sentir que je n\u2019\u00e9tais pas seul.\u00bb Il explique alors avoir eu une vision, claire et limpide, au moment de fermer les yeux. \u00abAvais-je enfin \u00e9tabli un lien avec l\u2019esprit de l\u2019\u00eele que j\u2019avais ressenti si fortement ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais dont j\u2019avais souvent essay\u00e9 de m\u2019en cacher plut\u00f4t que de l\u2019embrasser? C\u2019\u00e9tait certain.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1989, Mark Allen avait, pour la premi\u00e8re fois, r\u00e9ussi \u00e0 remporter les championnats du monde apr\u00e8s 8h09\u201915, pulv\u00e9risant de 18 secondes le record du monde d\u00e9tenu, jusque-l\u00e0, par Dave Scott. Son record sur marathon est m\u00eame rest\u00e9 invaincu pendant les 27 ann\u00e9es suivantes. D\u2019une mani\u00e8re profonde, Mark Allen avait finalement r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9tablir une connexion r\u00e9elle et paisible avec Hawa\u00ef. Le potentiel spirituel de Kailua-Kona n\u2019est donc pas une l\u00e9gende urbaine. Mark Twain et Mark Allen, \u00e0 plus d\u2019un si\u00e8cle de distance, n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019en vanter les forces sup\u00e9rieures qui y r\u00e8gnent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur:&nbsp;<a href=\"mailto:yves.dicristino@leregardlibre.com\">yves.dicristino@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire un reportage tir\u00e9 de notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/\"><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b093<\/a>).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photo: Vue ae\u0301rienne de Kailua Pier, la jete\u0301e de la ville de Kailua-Kona. \u00a9 Design Pics Inc _ Alamy<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019atoll polyn\u00e9sien et Etat am\u00e9ricain d\u2019Hawa\u00ef tient-il son image de paradis sur Terre? L\u2019\u00e9crivain Mark Twain et la cr\u00e9ation en 1978 des premiers championnats du monde d\u2019Ironman ont contribu\u00e9 \u00e0 faire de l\u2019archipel un coin de r\u00eave pour les voyageurs occidentaux.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":516376,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[194],"tags":[729,730,731,513],"class_list":["post-516375","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sport","tag-hawai","tag-mark-twain","tag-polynesie","tag-reportage"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/516375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=516375"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/516375\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=516375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=516375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=516375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}