{"id":513271,"date":"2022-10-28T06:00:00","date_gmt":"2022-10-28T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=513271"},"modified":"2022-10-28T06:00:00","modified_gmt":"2022-10-28T04:00:00","slug":"apocalypse-en-prose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/apocalypse-en-prose\/","title":{"rendered":"Apocalypse en prose: le pire a-t-il eu lieu ou est-il \u00e0 venir?"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Quand on pense \u00e0 la fin du monde en litt\u00e9rature, deux choses viennent imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019esprit: Jo\u00ebl Dicker ou les grandes dystopies. Ce n\u2019est ni de l\u2019un ni de l\u2019autre que nous allons parler ici. De la m\u00eame fa\u00e7on que la fantasy et la science-fiction sont intimement li\u00e9es \u00e0 la vision apocalyptique de l\u2019humanit\u00e9, la litt\u00e9rature dite \u00abblanche\u00bb s\u2019empare \u00e9galement de plus en plus du sujet. Et si le monde s\u2019en trouve bouscul\u00e9, les deux romans que nous allons aborder bousculent eux aussi le lecteur. Chacun \u00e0 sa fa\u00e7on.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l'article (Abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>Un monde d\u00e9vast\u00e9 subitement par une explosion. C\u2019est le d\u00e9cor, classique, du roman <em>Et toujours les f\u00f4rets<\/em> de Sandrine Collette. Un monde devenu inhabitable dans lequel pourtant Corentin devra trouver la force et les subterfuges pour survivre. J\u00e9r\u00f4me Leroy campe dans <em>Vivonne<\/em> un tout autre univers: celui d\u2019un continent d\u00e9chir\u00e9 par la guerre civile, au sein duquel le chaos et la violence r\u00e8gnent en ma\u00eetres. Alors que les paysages et les lieux dessin\u00e9s par les auteurs diff\u00e8rent grandement, les m\u00e9thodes narratives suivent le m\u00eame chemin, puisqu\u2019elles sont \u00e9galement aux antipodes. Mais ces deux fictions trouvent leur r\u00e9sonance dans l\u2019origine de la catastrophe qui d\u00e9cime leur monde: le d\u00e9r\u00e8glement climatique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le typhon de l\u2019Od\u00e9on et la Libanisation<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le Vivonne du roman est un po\u00e8te confidentiel, disparu depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9sormais. C\u2019est alors que Paris se retrouve submerg\u00e9 par un \u00e9norme typhon qu\u2019un \u00e9diteur, Alexandre Garnier, se laisse aller \u00e0 la m\u00e9lancolie et se souvient de sa jeunesse, en observant la d\u00e9b\u00e2cle et l\u2019anarchie depuis les fen\u00eatres de son bureau. Les rats remontent les \u00e9gouts et le pass\u00e9 la m\u00e9moire: Alexandre Garnier s\u2019immerge dans un recueil qu\u2019il avait publi\u00e9 et qu\u2019il red\u00e9couvre. Celui d\u2019un ancien ami, Adrien Vivonne. Une fois le calme revenu, il se met en t\u00eate de retrouver sa trace.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00f4me Leroy projette la fin du monde comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre: le point de non-retour est d\u00e9j\u00e0 atteint et le lecteur doit s\u2019y confronter. Et la confrontation est brutale. Si cette soci\u00e9t\u00e9 est \u00e0 ce point \u00e0 la d\u00e9rive et d\u00e9vast\u00e9e, c\u2019est le fruit de la \u00abbalkanisation\u00bb, baptis\u00e9e Libanisation, du continent. Rong\u00e9 \u00e0 la fois par des catastrophes climatiques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un parti extr\u00e9miste au gouvernement, surnomm\u00e9 les Dingues au pouvoir, l\u2019Hexagone s\u2019effondre. Se transformant alors en \u00e9tat de guerre, ou plut\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge. Les villes de France se vident peu \u00e0 peu et les pillages par des milices ultra-violentes se succ\u00e8dent. C\u2019est en plein milieu de cette apocalypse qu\u2019Alexandre Garnier va chercher la trace de son ancien ami, p\u00e9tri de remords.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans l\u2019ombre du cataclysme, la po\u00e9sie<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00f4me Leroy dessine un monde de d\u00e9sespoir, de violence\u2026 et de po\u00e9sie. En effet, en relisant les po\u00e8mes d\u2019Adrien Vivonne avec toute la sensibilit\u00e9 que le monde a perdue et en interrogeant des proches, Alexandre Garnier d\u00e9couvre qu\u2019Adrien Vivonne esquisse les contours d\u2019une autre civilisation possible, une communaut\u00e9 qui repose sur un message d\u2019amour et de bienveillance. Et c\u2019est cette utopie qu\u2019il s\u2019agit de retrouver. Dans l\u2019ombre du cataclysme, J\u00e9r\u00f4me Leroy laisse entrevoir un espoir: il esp\u00e8re aussi na\u00efvement qu\u2019intens\u00e9ment que la po\u00e9sie puisse sauver l\u2019humanit\u00e9. Ainsi, cet effondrement du monde sert de tremplin \u00e0 l\u2019auteur pour se questionner sur le pouvoir de la litt\u00e9rature et son r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la fin du monde chez le communiste J\u00e9r\u00f4me Leroy, par ailleurs membre de la r\u00e9daction de <em>Causeur<\/em>, a des allures g\u00e9opolitiques, celle de Sandrine Collette est bien plus organique et physique. Cela se ressent d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, tant l\u2019\u00e9criture de l\u2019auteure de <em>Et toujours les for\u00eats<\/em> est nerveuse et tranchante. La phrase pulse comme un ultime souffle de vie. Sandrine Collette accorde une place pr\u00e9pond\u00e9rante aux descriptions de cette nature meurtrie et ruin\u00e9e: les \u00e9tangs contamin\u00e9s, la pluie qui br\u00fble tel un poison, les bl\u00e9s calcin\u00e9s, le macadam fondu, le ciel devenu poussi\u00e8re cendr\u00e9e, la neige qui brise les arbres; tous les ravages se font d\u00e9mons.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abJuste les arbres, avec leurs branches immenses d\u00e9jet\u00e9es tels des bras disloqu\u00e9s, et le vent qui faisait des sons \u00e9tranges, des chuintements, des murmures, des menaces.<\/p><p>Juste les silhouettes \u00e9touffantes des ch\u00e2taigniers et des h\u00eatres au-dessus d\u2019elle, referm\u00e9es en une vo\u00fbte infranchissable, leurs racines comme des pi\u00e8ges, leurs oiseaux et leurs insectes r\u00e9veill\u00e9s par les sanglots de Marie qui la fr\u00f4laient en s\u2019enfuyant dans des bruits m\u00e9contents.&nbsp;<\/p><p>Juste les For\u00eats.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une \u00e9criture tellurique pour fouiller les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019oubli<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Alors que J\u00e9r\u00f4me Leroy nous donne \u00e0 voir l\u2019apocalypse, Sandrine Collette nous la donne \u00e0 ressentir. D\u2019une \u00e9criture tellurique, elle dresse des sc\u00e8nes qui grattent le lecteur jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os. Son h\u00e9ros, Corentin, erre dans un monde vide, sans vie ni couleurs, et \u00e9puise les refuges, jusqu\u2019\u00e0 fouiller les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019oubli. Ce monde qui semblait un enfer infini se transforme en un purgatoire bien plus n\u00e9faste: un huis clos mental. La psychose le gagne et lui fait perdre petit \u00e0 petit toute humanit\u00e9. \u00abPour vivre dans ce monde-l\u00e0, il fallait de l\u2019inconscience, il fallait de la folie.\u00bb De toute fa\u00e7on, comment avoir encore conscience du r\u00e9el quand celui-ci n\u2019est que destruction? A force de n\u2019avoir que la d\u00e9solation et la survie en t\u00eate, son monde int\u00e9rieur se fissure, tombe en ruine et une peur bien plus grande le submerge: la peur de l\u2019avenir. Et au fond, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre cela, la pire des choses: que faire d\u2019un espoir qui refuse de mourir?<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous avons affaire avec <em>Vivonne<\/em> et <em>Et toujours les for\u00eats<\/em> \u00e0 deux r\u00e9cits qui projettent la fin du monde, l\u2019apocalypse prend pourtant des airs totalement diff\u00e9rents. Il reste alors \u00e0 savoir si la plus vivable est celle du monde ou de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire a\u0300 l\u2019auteur: <a href=\"mailto:quentin.perissinotto@leregardlibre.com\">quentin.perissinotto@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire un article tir\u00e9 de notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no89-dossier-fin-du-monde\/\"><em>Le Regard Libre<\/em> N\u00b089<\/a>).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photo: \u00a9&nbsp;Quentin Perissinotto pour Le Regard Libre<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:15% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/c3681f2ceb20622e453977003def9ec88d6aea64_364_front_230x364.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-513272 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Sandrine Collette<br>Et toujours les For\u00eats<br>Edition Jean-Claude Latt\u00e8s<br>2020<br>334 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/et_toujours_les_forets-sandrine_collette-9782709666152\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:15% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/71vmao1jdl-700x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-513273 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>J\u00e9rome Leroy<br><em>Toute une moiti\u00e9 du monde<\/em><br>Editions Vermillon<br>2021<br>416 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Vivonne-J%C3%A9r%C3%B4me-Leroy\/dp\/2710388987\">Commander le livre<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on pense \u00e0 la fin du monde en litt\u00e9rature, deux choses viennent imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019esprit: Jo\u00ebl Dicker ou les grandes dystopies. 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