{"id":51225,"date":"2022-08-27T06:00:00","date_gmt":"2022-08-27T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=51225"},"modified":"2022-08-27T06:00:00","modified_gmt":"2022-08-27T04:00:00","slug":"le-retour-roman-inedit-epsiode-7-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-roman-inedit-epsiode-7-15\/","title":{"rendered":"\u00abLe retour\u00bb (roman in\u00e9dit), \u00e9pisode 7\/15"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Chaque mois, <em>Le Regard Libre<\/em> publie le roman in\u00e9dit <em>Le retour<\/em> du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. Retour \u00e0 la fiction en ces pages, retour \u00e0 la vieille tradition du roman-feuilleton.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le retour de Joseph ne se passe pas comme pr\u00e9vu. Tant\u00f4t \u00e9tranger, tant\u00f4t membre de la communaut\u00e9, sa situation est on ne peut plus instable. Les t\u00e2ches collectives auxquelles il prend part prennent peu \u00e0 peu l\u2019allure d\u2019\u00e9preuves qui vont parfois jusqu\u2019\u00e0 mettre sa vie en danger. Apr\u00e8s un simulacre de chasse \u00e0 l\u2019homme, Joseph se voit confier la porcherie, o\u00f9, sans qu\u2019il le sache, une vieille connaissance l\u2019attend.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019\u00e9pisode (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>Sim\u00e9on tourne le commutateur. Une rang\u00e9e de lampes suspendues s\u2019allume. On entend les porcs couiner. La brume se glisse sous la porte de fer. L\u2019int\u00e9rieur de la porcherie demeure sombre malgr\u00e9 l\u2019\u00e9clairage. Des sacs de c\u00e9r\u00e9ales sont entrepos\u00e9s dans un coin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu penses que \u00e7a ira?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph a r\u00e9pondu sans r\u00e9fl\u00e9chir. Il n\u2019a pas compris qu\u2019il devrait nourrir les cochons seul.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bonne chance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Merci\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier battant se ferme et coupe le jour en deux. Bient\u00f4t, cette fen\u00eatre sur le monde ext\u00e9rieur n\u2019est plus qu\u2019un rai de grisaille qui va diminuant; \u00e7a y est, il dispara\u00eet. Joseph est plong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il entend le gr\u00e9sillement des lampes. Il ne s\u2019habitue pas \u00e0 l\u2019odeur des porcs qui d\u00e9f\u00e8quent. Il avance, prudent, il aimerait ne rien peser pour que les b\u00eates ne l\u2019entendent pas. Mais elles le sentiraient, car oui, Joseph d\u00e9gage une odeur lui aussi. Il pue l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est intol\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>Les porcs s\u2019agitent, est-ce le moment? Est-ce maintenant que l\u2019un des leurs est choisi entre tous? Pour le meilleur et pour le pire? C\u2019est un privil\u00e8ge de servir les hommes, de mourir pour eux\u2026 Il semble que cette ann\u00e9e ils ont d\u00e9j\u00e0 choisi, c\u2019est lui, Joseph, qui les nourrira. Et pourtant il tremble\u2026 Les sacs de c\u00e9r\u00e9ales sont trop lourds pour lui. Qu\u2019il est maladroit!<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph s\u2019approche, le fond des sacs tra\u00eene dans la boue. Il glisse, se reprend, les c\u00e9r\u00e9ales se r\u00e9pandent sur le sol, se d\u00e9versent, s\u2019\u00e9coulent comme le temps. Chaque grain est une seconde, une minute, une heure perdue. Les porcs r\u00e9clament leur nourriture. Certains chargent les planches qui les s\u00e9parent du monde ext\u00e9rieur. Ils grognent.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph les plaint. Il sait, pourtant, qu\u2019il est comme eux. Pris au pi\u00e8ge, il nourrit ces b\u00eates comme s\u2019il se nourrissait lui-m\u00eame. Il fouille. Son pass\u00e9 est une terre d\u00e9vast\u00e9e. Pourquoi est-il revenu? Il ne voulait plus \u00eatre seul. Mais maintenant il est seul parmi les siens, exclu. Il ne peut que les envier, ces porcs qui se frottent les uns aux autres, qui forment une sorte de concr\u00e9tion de merde mais qui vivent malgr\u00e9 \u00e7a. Il voit ce que c\u2019est, ou plut\u00f4t, il l\u2019entrevoit. Car il est loin lui, tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart. On le laisse regarder mais seulement regarder. Rien que pour lui montrer ce que c\u2019est que de vivre en communaut\u00e9, de pouvoir se reposer les uns sur les autres, d\u2019avoir des histoires \u00e0 se raconter, un pass\u00e9. Oui, c\u2019est \u00e7a, un pass\u00e9 commun, voil\u00e0 ce qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 venir ici. Qu\u2019on le lui rappelle, m\u00eame si on ment, apr\u00e8s tout \u00e7a n\u2019a aucune importance. Des histoires, c\u2019est ce qu\u2019il est venu entendre. Au fond de lui, il n\u2019y a rien, que le vide. Joseph ne peut plus vivre sur du rien, se contenter de son n\u00e9ant int\u00e9rieur. Alors il est venu, il a toqu\u00e9 \u00e0 la porte de son enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un grincement terrible d\u00e9chire les t\u00e9n\u00e8bres de la porcherie. Quelqu\u2019un est entr\u00e9. Son ombre est immense, elle rampe jusqu\u2019\u00e0 lui, le parcourt, s\u2019enroule autour de ses jambes, glisse sur son torse et s\u2019arr\u00eate sur sa gorge. C\u2019est Pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019avance, solennel, une barre de fer \u00e0 la main. Il est venu pour lui, pour terminer ce qu\u2019il a commenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Pierre\u2026 fais pas le con Pierre\u2026 on peut discuter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais oui, bien s\u00fbr Joseph\u2026 C\u2019est pour \u00e7a que je suis venu\u2026 Et toi, dis-moi, pourquoi es-tu venu?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je n\u2019en sais trop rien. Ecoute\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 T\u2019en sais trop rien? Ben je vais te le dire moi. On se conna\u00eet non? C\u2019est bien toi, ou est-ce que tu te fais passer pour le Joseph que j\u2019ai connu, qu\u2019on a tous connu? Non, non\u2026 impossible. Je sais qui tu es. Je sais que c\u2019est toi, Joseph. Oui c\u2019est toi, \u00e7a ne peut \u00eatre que toi. Toi! C\u2019est toi ou un autre mais je sais que c\u2019est toi putain! Et c\u2019est \u00e7a que je peux pas supporter! Tu ne vois pas? Non, non, bien s\u00fbr que non! D\u2019un jour \u00e0 l&rsquo;autre, ton p\u00e8re d\u00e9cide de d\u00e9m\u00e9nager et tu disparais de ma vie. Pour toujours, c\u2019est ce qu\u2019on croyait tous ici\u2026 Et putain\u2026 d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre tu te pointes, l\u00e0, devant moi. Tu veux tout d\u00e9truire, je sais\u2026 d\u00e9truire ce que j\u2019ai construit avec mes mains, cette vie pr\u00e9caire, ma petite vie, mon petit village, mon petit monde\u2026 je sais \u00e7a\u2026 toi tu joues sur \u00e7a, hein? Com\u00e9dien! Assassin! Ah tu me tues\u2026 mon ami, tu me tues. Dis-moi la v\u00e9rit\u00e9. Tu es venu pour me voler hein? Tu veux me prendre tout ce que j\u2019ai? Dis-moi!<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph aimerait lui dire sa v\u00e9rit\u00e9, son pourquoi. Mais il n\u2019y arrive pas, les mots font d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous me manquiez\u2026 Je me sentais un peu seul.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est tout? C\u2019est pour \u00e7a? On te manquait?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je ne te crois pas. Et puis\u2026 il y a aussi les champs de luzernes, la fauchaison, les vendanges, l\u2019odeur des b\u00eates, l\u2019automne et ses couleurs, l\u2019hiver, le froid, les premi\u00e8res neiges, le printemps, les arbres en fleurs, la rivi\u00e8re qui grossit, l\u2019\u00e9t\u00e9 et ses touffeurs, les rassemblements sur la place\u2026 Il y a que je suis n\u00e9 ici. C\u2019est ma seule certitude. \u00abJe me souviens\u00bb, c\u2019est tout ce que je peux te dire. Pas grand-chose, c\u2019est vrai\u2026 Je me souviens de notre rivalit\u00e9 maladive, de nos jeux, de nos comp\u00e9titions: \u00ab\u2013 C\u2019est moi qui en couperai le plus! \u2013 Non, moi!\u00bb de la course des cinquante virages! On \u00e9tait dans les vapes \u00e0 la fin\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e9cole, il y avait les filles. Je ne sais pas pourquoi on tombait toujours amoureux des m\u00eames\u2026 on le faisait expr\u00e8s. Et nos conneries, tu te les rappelles au moins? On avait grimp\u00e9 une corniche et on balan\u00e7ait des cailloux dans la pente. Ils la d\u00e9valaient \u00e0 une vitesse folle! On en avait trouv\u00e9 un qui avait fini sur une de nos gu\u00e9rites, dans les vignes! Il avait travers\u00e9 le toit, mais il n\u2019y avait pas eu trop de d\u00e9g\u00e2ts, heureusement. Et aussi nos histoires! Tu te rappelles nos petites histoires? Celles qu\u2019on se racontait en travaillant, quand les adultes nous laissaient seuls?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu l\u2019entends? Encore aujourd\u2019hui?<\/p>\n\n\n\n<p>Silence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui je l\u2019entends\u2026 Je l\u2019ai entendue d\u00e8s le d\u00e9but\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Par-del\u00e0 les montagnes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il y a la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre se d\u00e9barrasse de la barre de fer. Il avance craintivement, puis, sans plus r\u00e9fl\u00e9chir, il se jette dans ses bras. Le bruit des sanglots emplit la porcherie. C\u2019est la premi\u00e8re fois que Joseph se sent chez lui, dans les bras de cet homme qui l\u2019a battu et qui \u00e9tait revenu pour lui faire la peau. Ses muscles se rel\u00e2chent, il sent l\u2019apaisement dans tout son corps. Pour la premi\u00e8re fois depuis son retour, Joseph baisse sa garde. Il peut compter sur un autre, sur l\u2019un de ses semblables, sur son fr\u00e8re de sang.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur de son cou lui rappelle tant de choses. Enfants, d\u00e9j\u00e0, ils se battaient avec passion. Ils aimaient \u00e7a, se rouler dans l\u2019herbe, dans la boue, dans la merde parfois. Cela finissait toujours de la m\u00eame mani\u00e8re. Assis devant leurs m\u00e8res respectives, ils devaient s\u2019excuser et se demander pardon. Les bras crois\u00e9s, le regard noir, ils boudaient chacun de leur c\u00f4t\u00e9. Et puis, apr\u00e8s un moment, les deux enfants se r\u00e9conciliaient. Mais les embrassades marquaient une tr\u00eave et non pas la paix d\u00e9finitive. Plus tard, ils recommenceraient. On les convoquerait de nouveau, et ils devraient r\u00e9pondre de leurs fautes. Ils s\u2019amusaient bien, ces enfants clabaudeurs. Ce qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient sans doute, \u00e9tait le rapprochement de leur corps et les battements du c\u0153ur de l\u2019autre qu\u2019ils pouvaient entendre lorsqu\u2019ils s\u2019embrassaient. Il y avait, entre eux, plus qu\u2019une simple amiti\u00e9. Il y avait la terre, le vent, la pluie, le feu. Il y avait le sang.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre le serre tr\u00e8s fort, s\u2019agrippe \u00e0 ses v\u00eatements. C\u2019est une reconnaissance du corps, plus vraie que n\u2019importe quel symbole, plus forte que les mots. Pierre lui t\u00e9moigne son amour. Ses mains se crispent, ses ongles se plantent dans sa nuque\u2026 La douleur est vive mais supportable. Alors il les plante plus profond\u00e9ment. Il tire, d\u00e9chire et arrache un lambeau de chair ensanglant\u00e9. Joseph saigne, il a mal. Il tente de se d\u00e9gager, de se d\u00e9faire de son \u00e9treinte. Impossible. Pierre ouvre la bouche, ses paroles sont \u00e0 peine perceptibles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Alors?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Pierre qu\u2019est-ce que tu fais?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ecoute-moi, j\u2019ai peur, mon ami\u2026 J\u2019ai tr\u00e8s peur\u2026 Alors r\u00e9ponds-moi et, cette fois, dis-moi la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde qui s\u2019\u00e9coule dure une \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu veux la baiser?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 De quoi tu parles, Pierre?<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph pleure. Les larmes roulent sur les joues de son fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ma femme, Joseph, ma femme. Tu veux la baiser?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Laisse-moi! Laisse-moi, tu es fou!<\/p>\n\n\n\n<p>Il lui donne un coup de t\u00eate. Pierre cache son nez avec ses mains. Il saigne \u00e0 flots.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu crois que je vais te laisser faire mon ami? Tu l\u2019auras pas si facilement! Ah! Je te laisserai pas tout me prendre, non! T\u2019auras rien t\u2019entends, rien du tout!<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph se jette sur l\u2019arme. Son fr\u00e8re se tra\u00eene \u00e0 ses pieds. Il le fait tr\u00e9bucher et, tous deux, sous les yeux des porcs qui grouinent d\u2019excitation, se roulent dans la boue. C\u2019est une course, le premier qui l\u2019aura est s\u00fbr de remporter le combat. \u00c7a glisse, m\u00eame \u00e0 quatre pattes\u2026 Ils se tiennent, d\u00e9chirent leurs v\u00eatements, bient\u00f4t ils seront nus comme en sortant du ventre de leur m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph y est presque, il la touche du bout des doigts. \u00c7a y est! L\u2019autre mord ses c\u00f4tes, jusqu\u2019au sang. Pierre crie. Se rel\u00e8ve \u00e0 temps. Lui ass\u00e8ne un coup mortel sur le haut du cr\u00e2ne. Ce corps qui saigne comme si on lui avait donn\u00e9 un coup de lance ne m\u00e9rite pas la croix, pas de place publique, pas d\u2019ex\u00e9cution! Pierre le jette en p\u00e2ture aux cochons.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9puis\u00e9. Il se laisse glisser contre une pique. Mais il sait qu\u2019il va falloir courir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La fuite sera son salut.<\/p>\n\n\n\n<p>La peur le saisit. Il faut partir. La nuit tombera plus vite qu\u2019hier et moins vite que demain. Bient\u00f4t ce sera l\u2019hiver et les hommes trembleront. D\u00e9j\u00e0 les feuilles tombent, souffl\u00e9es par le vent, caduques, mortelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre est aveugl\u00e9 par les larmes qui se sont gliss\u00e9es dans le coin de ses yeux. Il court dans la nuit. Il fuit le meurtre. Il fuit le sang. Mais le sang est dans sa bouche et la mort dans son \u00e2me. Le ciel est aboli comme son pass\u00e9 qui s\u2019effrite, qui s\u2019\u00e9rode, qui n\u2019est plus qu\u2019un mur de l\u00e9zardes effondr\u00e9es. Les arbres s\u2019agitent, se d\u00e9nudent. Bient\u00f4t il ne restera plus que des racines et des griffes qui tenteront de l\u2019arracher \u00e0 la terre. Pierre le sait, il se d\u00e9bat dans les ronces, sur les rochers, s\u2019\u00e9corche, sa chemise se d\u00e9chire, sa peau se coupe, s\u2019entrouvre comme une faille, un gouffre, un ab\u00eeme. Il prot\u00e8ge ses blessures avec ses mains, le sang de son fr\u00e8re se m\u00eale au sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Il entre dans la for\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant il le sait, Pierre n\u2019a nulle part o\u00f9 aller. Les siens le renieront, le jetteront nu sur les routes du destin. Il apprendra, comme Joseph, que l\u2019exil est sa terre, et la solitude, sa m\u00e8re. Il est le fils de Ca\u00efn, sans refuge ni repos. Condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019errance, il se demande s\u2019il ne vaudrait pas mieux en finir tout de suite\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sans les autres, hors du monde, il n\u2019est rien. Il ne pourra vivre comme Joseph, exister sans personne autour de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la for\u00eat, Pierre entend des voix. Le pass\u00e9 saigne, le pass\u00e9 hurle, le pass\u00e9 le maudit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abComment? Comment il a fait pour survivre putain\u2026 sur la route et tout seul! Il devait crever de froid\u2026 et de peur! Ah, j\u2019ai peur moi! Je cr\u00e8ve de trouille putain! Pas assez, c\u2019est pas assez! Il faut courir plus vite! Plus vite! Ils me rattrapent, je le sens\u2026 Ils vont venir\u2026 Pourquoi? Je l\u2019ai tu\u00e9 putain! Il l\u2019a voulu\u2026 oui voulu. Je faisais que me d\u00e9fendre\u2026 c\u2019est l\u00e9gitime, oui, de la l\u00e9gitime d\u00e9fense \u00e7a s\u2019appelle\u2026 mais ils n\u2019entendent pas\u2026 ils s\u2019en foutent c\u2019est clair\u2026 Putain mais je veux pas! Pas maintenant! Je veux pas mourir putain\u2026 non, non, non!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La lune \u00e9claire la route d\u2019un assassin. Ce soir, elle a rev\u00eatu son suaire d\u2019angoisse. C\u2019est la premi\u00e8re fois que Pierre la voit, la premi\u00e8re fois que le monde l\u2019effraye, qu\u2019il entend ses r\u00e2les, ses bruissements, ses craquements, qu\u2019il go\u00fbte \u00e0 sa bave, \u00e0 son sang, \u00e0 son indiff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Et soudain, plus rien, pas m\u00eame la nuit. Une sensation? non pas m\u00eame une sensation, quelque chose d\u2019indescriptible, mais quoi? Rien. Absolument rien. Les chemins ne sont plus ceux de son enfance, balis\u00e9s et s\u00fbrs. Ses rep\u00e8res? Ils volent en \u00e9clats. La toile sur laquelle reposait son monde br\u00fble. Et apr\u00e8s? Il ne sent plus, il ne pense plus, il n\u2019est plus. Une bassine trou\u00e9e qui se vide en se remplissant? Un trou? Pas m\u00eame un trou, moins qu\u2019un trou. Pierre se fige. Maintenant il sait.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9croule.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La suite, le mois prochain<\/strong><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire<\/strong> <strong>un \u00e9pisode paru dans<\/strong> <em><strong><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-87-dossier-europe\/\">Le Regard Libre N\u00b0 87<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous pouvez lire <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-5\/\">l<\/a><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-6\/\">\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/strong>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ROMAN \u00abLE RETOUR\u00bb, Elliot Mazzella | Le retour de Joseph ne se passe pas comme pr\u00e9vu. Tant\u00f4t \u00e9tranger, tant\u00f4t membre de la communaut\u00e9, sa situation est on ne peut plus instable. Les t\u00e2ches collectives auxquelles il prend part prennent peu \u00e0 peu l\u2019allure d\u2019\u00e9preuves qui vont parfois jusqu\u2019\u00e0 mettre sa vie en danger. Apr\u00e8s un simulacre de chasse \u00e0 l\u2019homme, Joseph se voit confier la porcherie, o\u00f9, sans qu\u2019il le sache, une vieille connaissance l\u2019attend.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":44835,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[50,51,52,53,54,55],"class_list":["post-51225","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","tag-le-retour","tag-litterature-francaise","tag-litterature-francophone","tag-litterature-romande","tag-roman","tag-roman-feuilleton"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51225","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51225"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51225\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51225"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51225"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51225"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}