{"id":512093,"date":"2022-09-09T06:00:00","date_gmt":"2022-09-09T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=512093"},"modified":"2022-09-09T06:00:00","modified_gmt":"2022-09-09T04:00:00","slug":"des-moon-shoes-aux-spikes-comment-nike-a-conquis-loregon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/histoire\/des-moon-shoes-aux-spikes-comment-nike-a-conquis-loregon\/","title":{"rendered":"Des Moon Shoes aux Spikes, comment Nike a conquis l\u2019Oregon"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>En 1962, Phil Knight, un ancien grand sp\u00e9cialiste du Mile, r\u00eavait de mettre au point un prototype de chaussures qui permette de courir toujours plus vite et surtout mieux. Il d\u00e9couvre alors deux choses. La premi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque les leaders du march\u00e9 \u00e9taient tous manufactur\u00e9s au Japon. La seconde, c\u2019est que son ancien entra\u00eeneur Bill Bowerman \u2013 tr\u00e8s reconnu en Oregon \u2013 partageait le m\u00eame r\u00eave. Ainsi, quand Knight s\u2019est associ\u00e9 \u00e0 Bowerman et qu\u2019il est parvenu \u00e0 convaincre une grande marque japonaise de revendre une pi\u00e8ce de leur collection aux Etats-Unis, les pr\u00e9mices d\u2019une histoire folle ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es. A cette \u00e9poque, Nike n\u2019avait pas encore vu le jour, mais l\u2019industrie des chaussures de course \u00e9tait sur le point de conna\u00eetre un grand chambardement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire la suite (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>C\u2019est toujours un sentiment particulier de poser les pieds dans l\u2019un des magasins fondateurs de Nike. Le local n\u2019est pas tr\u00e8s grand, mais reste spacieux. Il est situ\u00e9 dans un angle de rue qui refl\u00e8te la parure de perfection que d\u00e9gage la marque \u00e0 la virgule. On est au croisement entre la 6<sup>e<\/sup> Avenue et Pearl Street, dans le downtown d\u2019Eugene, en Oregon. La devanture est rayonnante. Au-devant de la vitrine en verre feuillet\u00e9, on aper\u00e7oit un v\u00e9hicule stationn\u00e9, \u00e9rig\u00e9 en monument. Sa couleur rouge resplendit au loin. D\u2019aucuns savent qu\u2019elle est le premier t\u00e9moin du pass\u00e9 \u00e0 succ\u00e8s de Nike, dont le logo \u00e9tait souvent floqu\u00e9 sur un fond rouge dans les ann\u00e9es 1970 et 1980. On d\u00e9couvre cet espace chaleureux, travaill\u00e9 et soign\u00e9, servant de cour \u00e0 un paisible lieu de vie. Une all\u00e9e marchande et un immeuble d\u2019appartements avec cachet, les Gordon Lofts, lui sont d\u2019ailleurs attenants, tous deux prot\u00e9g\u00e9s par un toit \u00e0 l\u2019architecture r\u00e9fl\u00e9chie.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur, bien s\u00fbr, la marchandise de toujours, sweats, shirts et chaussures \u00e0 pointes, parfaitement dessin\u00e9es pour la pratique de l\u2019athl\u00e9tisme. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019ailleurs, chaque \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sent dans la boutique donne instantan\u00e9ment le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 un tout, provoquant m\u00eame l\u2019impression de faire corps avec l\u2019histoire \u00e0 succ\u00e8s d\u00e9but\u00e9e en 1967. Et comprenez: si l\u2019on entre avec curiosit\u00e9 dans ce local a\u00e9r\u00e9 en cette chaude journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9, c\u2019est moins pour compl\u00e9ter une collection personnelle que pour en savoir plus sur un mythe de perfection qui laisse croire aux moins avertis que des chaussures de conception tr\u00e8s sp\u00e9ciale puissent mener, par magie, tout bon athl\u00e8te \u00e0 casser les plus vieux records du monde qui tiennent encore en athl\u00e9tisme. On a souhait\u00e9 en savoir plus sur les Spikes. Mais rien n\u2019est plus difficile, en vrai, de d\u00e9m\u00ealer la r\u00e9alit\u00e9 de la fantaisie pure. On est alors remont\u00e9s dans les ann\u00e9es, au temps de l\u2019innovation z\u00e9ro \u2013 chez Nike.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019a pas fallu feuilleter longtemps le livre d\u2019histoire de la marque Nike que certains consid\u00e8rent, avec son titre \u00abIrreverence Justified\u00bb, comme la bible de l\u2019entreprise. La toute premi\u00e8re chaussure con\u00e7ue par la marque, la Moon Shoe, appara\u00eet en page une. Elle \u00e9tait travaill\u00e9e avec un rev\u00eatement de cuir aux teintes brunes. Des lamelles de peau beiges \u00e9taient, par-ci, par-l\u00e0, macul\u00e9es de taches marron dont certaines se sont sans doute renforc\u00e9es avec l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces premi\u00e8res chaussures ont \u00e9t\u00e9 cousues main par l\u2019un des tout premiers employ\u00e9s de Nike, Geoff Hollister. Geoff \u00e9tait un indig\u00e8ne de l\u00e0-bas, n\u00e9 \u00e0 Portland dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 1946. A l\u2019adolescence, il d\u00e9m\u00e9nage toutefois \u00e0 Eugene, pour y suivre sa formation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oregon. Sur place, il est rapidement enr\u00f4l\u00e9 dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019athl\u00e8tes constitu\u00e9e par Bill Bowerman, l\u2019entra\u00eeneur le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019Hayward Field. Hollister s\u2019y \u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un excellent steeplechaser avant de devenir, avec le temps, l\u2019une des pi\u00e8ces ma\u00eetresses de la start-up Nike dans les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/image3.jpeg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/image3-1024x768.jpeg\" alt=\"La vitrine de la plus grande boutique Nike de Portland, dans l\u2019Etat d\u2019Oregon. Dans l\u2019affiche d\u00e9voil\u00e9e, les Nike Waffle de 1974 et ses descendantes. \u00a9 leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Portland, OR]\" class=\"wp-image-512099\"\/><\/a><figcaption><strong>La vitrine de la plus grande boutique Nike de Portland, dans l\u2019Etat d\u2019Oregon. Dans l\u2019affiche d\u00e9voil\u00e9e, les Nike Waffle de 1974 et ses descendantes.<\/strong> \u00a9 leMultimedia.info \/ Oreste Di Cristino [Portland, OR]<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Lorsque Blue Ribbon Sports \u2013 boutique cr\u00e9\u00e9e par Bill Bowerman et Phil Knight \u2013 casse son partenariat avec le groupe japonais Nissho-Iwai et lance sa toute premi\u00e8re collection Nike en 1972, la marque nouvellement nomm\u00e9e part \u00e0 la conqu\u00eate d\u2019un march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dense sans aucune garantie: celui des chaussures de course. Nike concentre alors ses efforts \u00e0 la production d\u2019une paire destin\u00e9e \u00e0 la tr\u00e8s haute performance. Cette ann\u00e9e-ci, Geoff Hollister g\u00e8re ainsi la promotion des premiers prototypes. Dix paires de chaussures \u00e0 la conception in\u00e9dite \u2013 avec des semelles gaufr\u00e9es comme l\u2019avait vivement souhait\u00e9 Bowerman \u2013 sont propos\u00e9es \u00e0 plusieurs marathoniens en amont des qualifications pour les Jeux Olympiques 1972 \u00e0 Munich.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi eux, l\u2019espoir am\u00e9ricain sur les distances de fond Dave Russell re\u00e7oit une paire. Russell, qui finira \u00e0 une difficile 55<sup>e<\/sup> place aux trials am\u00e9ricains en vue des JO de Munich, avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 faire confiance \u00e0 cette chaussure qui faisait alors office de pionni\u00e8re. Invit\u00e9 un soir \u00e0 retirer plusieurs marchandises de la collection Nike dans l\u2019un des locaux am\u00e9nag\u00e9s de la marque \u00e0 Eugene, Russell a tout de suite souhait\u00e9 devenir l\u2019un des douze propri\u00e9taires de ce prototype jug\u00e9 \u00abexotique\u00bb. Il surnommera affectueusement la paire quelques semaines plus tard \u00abMoon Shoes\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la marque laiss\u00e9e sur la lune par les astronautes de la mission Apollo 11 en 1969.<\/p>\n\n\n\n<p>Fabriqu\u00e9es avec des tiges de nylon du Japon et des semelles en caoutchouc, ces chaussures avaient \u00e9t\u00e9 produites de la fa\u00e7on la plus artisanale possible, avec de la colle et du fil de p\u00eache. Au final, ces chaussures n\u2019ont pas men\u00e9 les athl\u00e8tes vers leur plus haut niveau de performance, mais les id\u00e9es jet\u00e9es sur la conception de cette premi\u00e8re paire ont men\u00e9 Nike vers la confection de chaussures toujours plus profil\u00e9es pour les courses sur piste. Toutes les chaussures qui sont descendues de leur anc\u00eatre, la Moon Shoe, portaient, elles aussi, une semelle gaufr\u00e9e. C\u2019est notamment le cas de la Nike Waffle Trainer, commercialis\u00e9e d\u00e8s 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la plupart des Moon Shoes de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration restent introuvables. Seules quelques paires ont retrouv\u00e9 le chemin de la maison, \u00e0 Eugene, ville-m\u00e8re de l\u2019athl\u00e9tisme aux Etats-Unis et terre natale de Nike. La paire port\u00e9e par Dave Russell <em>(en photo \u00e0 la page pr\u00e9c\u00e9dente)<\/em> est, \u00e0 ce jour, expos\u00e9e dans le hall de l\u2019h\u00f4tel Graduate situ\u00e9 sur le flanc oppos\u00e9 de la 6<sup>e<\/sup> Avenue, apr\u00e8s avoir probablement voyag\u00e9 plusieurs ann\u00e9es durant, de propri\u00e9taire en propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e8re des Super Spikes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cinquante ans plus tard, la recherche de la performance chez Nike est rest\u00e9e la m\u00eame. Les collections ont bien s\u00fbr \u00e9volu\u00e9, des \u00e9quipes d\u2019ing\u00e9nieurs travaillent sp\u00e9cifiquement sur les possibilit\u00e9s de rendre les paires de chaussures toujours plus adapt\u00e9es \u00e0 la pratique du sport de haut niveau. Mais l\u2019esprit de Bill Bowerman, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en d\u00e9cembre 1999, et celui de son associ\u00e9 Phil Knight, toujours parmi nous, n\u2019ont jamais disparu. Le savoir-faire de Geoff Hollister, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2012, est lui aussi rest\u00e9 ancr\u00e9 dans l\u2019histoire de Nike.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La marque \u00e0 la virgule a d\u2019ailleurs pass\u00e9 un cap en 2019 en cr\u00e9ant, puis en testant aupr\u00e8s de certains de leurs athl\u00e8tes, des chaussures \u00e0 pointes. En devenant le tout premier \u00e9quipementier \u00e0 produire, puis \u00e0 populariser de telles moutures, Nike a forc\u00e9 l\u2019ensemble de ses concurrents, dont Adidas, Puma, New Balance et Saucony, \u00e0 dessiner leurs propres versions. La nouvelle paire, les Super Spikes, est d\u2019ailleurs r\u00e9alis\u00e9e avec une combinaison de mat\u00e9riaux in\u00e9dite. Elle dispose d\u2019une plaque en carbone rigide sous la semelle et d\u2019une mousse ultra-souple sur le dessus, offrant aux coureurs un regain d\u2019\u00e9nergie lors de chaque foul\u00e9e. Concr\u00e8tement, lorsque l\u2019athl\u00e8te court, toute l\u2019\u00e9nergie du corps \u2013 qui s\u2019\u00e9crasait auparavant dans le sol \u2013 remonte dans les jambes, lui donnant ainsi l\u2019impression de bondir sur la piste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment clef de cette conception r\u00e9side dans la mousse l\u00e9g\u00e8re servant de contrecoup entre le pied et la semelle crant\u00e9e. Autrefois, les mousses n\u2019\u00e9taient pas (ou peu) int\u00e9gr\u00e9es dans les chaussures de sport, car les anciennes compositions faisaient d\u2019elles des types de mousse beaucoup trop lourds. C\u2019est le cas de notamment des mousses servant pour la pratique de la gymnastique et faites en \u00e9thyl\u00e8ne-ac\u00e9tate de vinyle. Une semelle fabriqu\u00e9e avec une composition similaire aurait produit l\u2019effet inverse de ce qui \u00e9tait v\u00e9ritablement recherch\u00e9; tout \u00e9quipement destin\u00e9 \u00e0 la haute comp\u00e9tition \u00e9tait jug\u00e9 en fonction de sa pesanteur.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors dans la cr\u00e9ation d\u2019une mousse ultral\u00e9g\u00e8re, mais tr\u00e8s r\u00e9sistante \u2013 la Pebax \u2013 que Nike est parvenu \u00e0 imposer ses Super Spikes dans les hautes sph\u00e8res de l\u2019athl\u00e9tisme. La conception de cette mousse a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e gr\u00e2ce aux connaissances de plusieurs coureurs d\u2019\u00e9lite et apr\u00e8s de nombreuses heures d\u2019analyse biom\u00e9canique. La mousse \u00e9tait apparue pour la premi\u00e8re fois en 2016 dans les Nike Zoom Vaporfly, les chaussures avec lesquelles le double champion olympique Eliud Kipchoge s\u2019est d\u2019abord rapproch\u00e9 \u2013 avant de la pulv\u00e9riser \u2013 de la barri\u00e8re des deux heures sur marathon en octobre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Super Spikes marquent, aujourd\u2019hui, une \u00e9volution certaine vis-\u00e0-vis des anciennes Zoom et ZoomX, mais ne constituent pas une r\u00e9volution pour autant \u2013 comme beaucoup se l\u2019imaginent. Elles ne seraient, selon Nike, que le pendant de la Vaporfly pour les courses sur piste. Et pourtant, elles deviennent source de d\u00e9bat, formant des divergences d\u2019opinion interg\u00e9n\u00e9rationnelles, mais aussi entre ambassadeurs de marques concurrentes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les Super Spikes vues par Karsten Warholm<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans une pr\u00e9c\u00e9dente interview men\u00e9e pour l\u2019<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-79\/\">\u00e9dition 79<\/a> du <em>Regard Libre<\/em> (novembre 2021), l\u2019actuel d\u00e9tenteur du record du monde du triple-saut depuis 1995, le Britannique Jonathan Edwards, expliquait que l\u2019apparition des Spikes semblait prendre une dimension&nbsp;tout \u00e0 fait dramatique.&nbsp;\u00abPersonne ne peut nier qu\u2019elles se d\u00e9finissent comme une aide \u00e0 la performance, expliquait-il. Nous sommes entr\u00e9s dans une dimension o\u00f9 l\u2019\u00e9quipement que l\u2019on utilise et les composantes de la piste entrent v\u00e9ritablement en ligne de compte, avec les avantages et inconv\u00e9nients que cela peut engendrer.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le Jama\u00efcain Usain Bolt, actuel d\u00e9tenteur des records du monde sur 100 et 200 m\u00e8tres, avait quant \u00e0 lui affirm\u00e9 dans les colonnes de Reuters que les Super Spikes donnaient aux coureurs actuels un avantage certain sur les anciennes g\u00e9n\u00e9rations. \u00abC\u2019est injuste pour beaucoup d\u2019athl\u00e8tes\u00bb, ajoutait-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Le champion olympique en titre sur 400 m\u00e8tres haies, le Norv\u00e9gien Karsten Warholm (29 ans), avait lui aussi fulmin\u00e9 contre la technologie utilis\u00e9e dans la fabrication des Super Spikes,&nbsp;comparant les semelles \u00e0 des trampolines et \u00abformant un danger pour la cr\u00e9dibilit\u00e9 de notre sport\u00bb, avait-il l\u00e2ch\u00e9 face aux journalistes \u00e0 Tokyo en 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le Norv\u00e9gien avait remport\u00e9 l\u2019or aux JO de Tokyo l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, il avait \u00e9tabli un nouveau record du monde. Le pr\u00e9c\u00e9dent datait d\u2019un peu plus de 29 ans. A ses pieds, il portait la nouvelle gamme de chaussures Evospeed Tokyo Future Faster+ Spikes de Puma, son \u00e9quipementier. Sur la piste, il avait devanc\u00e9 l\u2019Am\u00e9ricain Rai Benjamin qui, lui, portait les Air Zoom Maxfly Super Spikes de Nike. Toutes deux avaient \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues selon un proc\u00e9d\u00e9 similaire, avec une plaque en carbone rigide et une mousse ultral\u00e9g\u00e8re. Et toutes deux ne pesaient pas plus lourd que 135 grammes.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de contrebalancer la puissance fournie par les Super Spikes de Nike, Puma s\u2019en est alors remis \u00e0 Warholm et \u00e0 son entra\u00eeneur Leif Olav Alnes qui ont aid\u00e9 \u00e0 concevoir le dessin de la nouvelle chaussure. Mieux, la marque s\u2019est aussi appuy\u00e9e sur l\u2019expertise de l\u2019\u00e9curie de Formule 1 Mercedes, dont la connaissance et l\u2019exp\u00e9rience de travail avec des fibres de carbone sont reconnues. \u00abCe proc\u00e9d\u00e9 est vraiment unique, avait alors assur\u00e9 le Norv\u00e9gien dans la tribune officielle de communication de Formula 1. Le produit final est vraiment parfait \u2013 une Spike qui agresse la piste et qui permet de ressentir une bonne propulsion vers l\u2019avant.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors, o\u00f9 r\u00e9sident encore les points de friction, si les chaussures de Nike et Puma se valent?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le comprendre, il faut aller chercher un peu plus loin. Peu avant les Jeux olympiques, Nike avait encore ajout\u00e9 un coussin \u00e9lastique et souple sur l\u2019avant des semelles permettant \u00e0 ses Maxfly de conserver encore plus d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est ce que d\u2019aucuns nomment la \u00abZoom Air Unit\u00bb, bien s\u00fbr brevet\u00e9e par la marque \u00e0 la virgule. C\u2019est cette couche suppl\u00e9mentaire sur la plaque en carbone qui anime encore les d\u00e9bats. \u00abOui, nous avons tous des plaques en carbone, mais nous avons essay\u00e9, avec Mercedes et Puma, de la rendre la plus fine possible, parce que c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019elle doit \u00eatre\u00bb, l\u00e2chait Warholm, toujours \u00e0 Tokyo. \u00abCertes, la technologie nous accompagnera toujours, mais elle doit rester \u00e0 un niveau qui permette encore \u00e0 tous les athl\u00e8tes de se valoir sur la piste. Si l\u2019on ajoute des trampolines sous les chaussures, cela ne va plus.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le recul, onze mois plus tard, Karsten Warholm n\u2019\u00e9tait plus dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit, ni dans les m\u00eames conditions physiques. Arriv\u00e9 \u00e0 Eugene pour y disputer les championnats du monde, apr\u00e8s une blessure contract\u00e9e quelques mois plus t\u00f4t, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de se porter \u00e0 la hauteur de la concurrence mondiale. Le 19 juillet dernier, il a termin\u00e9 \u00e0 une lourde septi\u00e8me place en finale du 400 m\u00e8tres haies, laissant ses deux principaux rivaux, le Br\u00e9silien Alison Dos Santos et l\u2019Am\u00e9ricain Rai Benjamin occuper les deux premi\u00e8res places du podium.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, face \u00e0 ses propres difficult\u00e9s, le Norv\u00e9gien semble pourtant avoir chang\u00e9 son fusil d\u2019\u00e9paule. A demi-mot, alors que Puma avait rendu disponible la toute derni\u00e8re version de ses pointes en carbone juste avant le d\u00e9but de la comp\u00e9tition \u00e0 Hayward Field. Les nouvelles Evospeed Nitro Spikes sont de fait encore plus l\u00e9g\u00e8res et donc plus comp\u00e9titives.&nbsp;\u00abLes am\u00e9liorations port\u00e9es sur les chaussures \u00e9tendent le champ des possibles, l\u00e2chait-il. Nous sommes encore dans une phase de d\u00e9veloppement. Ma forme actuelle m\u2019apprend aussi que ce n\u2019est pas que la chaussure qui marque une diff\u00e9rence vis-\u00e0-vis des autres, mais aussi la puissance qu\u2019est capable de fournir l\u2019athl\u00e8te. Le futur restera marqu\u00e9 par les nouvelles technologies et il faut en prendre acte.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un avis \u00e9galement partag\u00e9 par le nouveau champion du monde de la discipline: \u00abJe crois qu\u2019il faut que nous arr\u00eations nos simagr\u00e9es\u00bb, tranche Alison dos Santos. \u00abLa performance n\u2019a rien \u00e0 voir avec les Spikes, elle n\u2019a rien \u00e0 voir non plus avec l\u2019ur\u00e9thane qui compose la piste. Elle a \u00e0 voir avec le niveau de forme de l\u2019athl\u00e8te, son degr\u00e9 d\u2019entra\u00eenement et son rapport au public.&nbsp;Nous nous entra\u00eenons si dur tout au long de l\u2019ann\u00e9e qu\u2019il est injuste d\u2019imputer un r\u00e9sultat aux seules chaussures. Un jour, un homme passera sous la barre des 45 secondes sur 400 m\u00e8tres haies parce qu\u2019il aura d\u00e9montr\u00e9 son potentiel. Et peut-\u00eatre qu\u2019une nouvelle technologie l\u2019aura aid\u00e9 dans son effort. C\u2019est la vie et c\u2019est juste ainsi.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En quelques ann\u00e9es, Nike a ainsi r\u00e9ussi \u00e0 faire quelque chose de grand: mettre de grands athl\u00e8tes d\u2019accord sur la place de la technologie dans le sport. Si bien que la magie des Super Spikes est aujourd\u2019hui r\u00e9pandue jusqu\u2019en Suisse. La plupart des athl\u00e8tes du pays profitent d\u00e9sormais de pointes en carbone. Certes, tous ne sont pas affili\u00e9s \u00e0 Nike, mais tous n\u2019omettent pas le regain de puissance imput\u00e9 aux recherches et aux analyses biom\u00e9caniques entam\u00e9es par Nike en 2019.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00abJust Do It\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00abBeaucoup de professionnels pensent que les dirigeants de Nike ne sont pas oppos\u00e9s \u00e0 la controverse, parce que cela fait parler d\u2019eux\u00bb, \u00e9crivait Tracy Carbasho dans son livre Nike, Corporations That Changed the World. \u00abMais je pense que la marque d\u00e9tient un arsenal puissant de technologies innovantes, de produits de qualit\u00e9 et surtout d\u2019un cr\u00e9dit de publicit\u00e9 si dynamique qu\u2019ils n\u2019ont pas besoin d\u2019envahir l\u2019espace pour \u00eatre reconnus comme une grande marque.\u00bb En somme, Nike est d\u00e9j\u00e0 connu pour ce qu\u2019ils sont. Cette impression, traduite ici par Carbasho, est largement partag\u00e9e \u00e0 Eugene, o\u00f9 l\u2019on accorde \u00e0 l\u2019entreprise une cr\u00e9dibilit\u00e9 bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re sportive.<\/p>\n\n\n\n<p>Nike est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 un rang de consid\u00e9ration qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 en Oregon, puis dans l\u2019ensemble des Etats-Unis. Leur slogan \u00abJust Do It\u00bb n\u2019est pas un simple produit de communication, mais avant tout une philosophie de vie bas\u00e9e sur la pers\u00e9v\u00e9rance et la r\u00e9silience. Le slogan descend d\u2019ailleurs de la c\u00e9l\u00e8bre phrase prononc\u00e9e un jour par Bill Bowerman: \u00abSi tu as un corps, tu es un athl\u00e8te.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLa phrase a imm\u00e9diatement eu un effet positif sur plusieurs millions de personnes \u00e0 travers le monde, se sentant d\u2019un coup rapides, agiles et aussi puissantes que les athl\u00e8tes portant des produits d\u00e9riv\u00e9s Nike\u00bb, \u00e9crivait Carbasho. Entre les lignes, comprenez que tout est toujours possible. Lorsque Bill Bowerman r\u00e9fl\u00e9chissait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la mani\u00e8re la plus simple de parvenir \u00e0 cr\u00e9er des chaussures rapides et \u00e0 moindre co\u00fbt, son futur associ\u00e9 Phil Knight engageait, lui aussi, mais seul dans son coin, en 1962, des recherches tir\u00e9es de sa propre exp\u00e9rience d\u2019athl\u00e8te afin de r\u00e9aliser des chaussures qui puissent servir la performance sportive.<\/p>\n\n\n\n<p>Knight avait m\u00eame \u00e9crit un article expliquant comment des chaussures manufactur\u00e9es au Japon, \u00e0 bas co\u00fbt et tr\u00e8s performantes, \u00e9taient sur le point de faire basculer la domination de manufacturiers allemands sur les march\u00e9s am\u00e9ricains. Inspir\u00e9 par le Japon, il avait envoy\u00e9 plusieurs lettres en direction de ce pays pour tenter de comprendre les dessous de la fabrication de l\u2019industrie japonaise et leur proposer ainsi un contrat de partenariat.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, Knight souhaitait \u00eatre le revendeur d\u2019une des marques dominantes au Japon. Las de n\u2019avoir re\u00e7u aucune r\u00e9ponse en retour, il n\u2019a pourtant jamais l\u00e2ch\u00e9 l\u2019affaire. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, se rapprochant de Bowerman, il finit par obtenir l\u2019accord de l\u2019entreprise Onitsuka Tiger. Ensemble, ils fondent Blue Ribbon Sports (anc\u00eatre de Nike) et revendent, en seulement trois semaines, une premi\u00e8re salve de 300 paires. Performantes et abordables, les Onitsuka Tiger \u2013 dont une paire fut litt\u00e9ralement diss\u00e9qu\u00e9e et \u00e9tudi\u00e9e \u00e0 la loupe par Bowerman \u2013 ont alors servi de mod\u00e8le \u00e0 suivre, dessinant ainsi les pr\u00e9mices de la grande industrie Nike. \u00abSi vous demandez \u00e0 quiconque aux Etats-Unis de raconter en quelques mots l\u2019histoire de Nike, tout le monde sera sans doute en mesure de vous citer les noms de Bowerman et Knight\u00bb, concluait Tracy Carbasho. Nike a ainsi conquis l\u2019Oregon, l\u2019Am\u00e9rique et le restant du monde \u00e0 la fois gr\u00e2ce \u00e0 son savoir-faire, mais probablement aussi gr\u00e2ce \u00e0 son savoir-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur: <a href=\"mailto:yves.dicristino@leregardlibre.com\">yves.dicristino@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1962, Phil Knight, un ancien grand sp\u00e9cialiste du Mile, r\u00eavait de mettre au point un prototype de chaussures qui permette de courir toujours plus vite et surtout mieux. Il d\u00e9couvre alors deux choses. La premi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque les leaders du march\u00e9 \u00e9taient tous manufactur\u00e9s au Japon. La seconde, c\u2019est que son ancien entra\u00eeneur Bill Bowerman \u2013 tr\u00e8s reconnu en Oregon \u2013 partageait le m\u00eame r\u00eave. Ainsi, quand Knight s\u2019est associ\u00e9 \u00e0 Bowerman et qu\u2019il est parvenu \u00e0 convaincre une grande marque japonaise de revendre une pi\u00e8ce de leur collection aux Etats-Unis, les pr\u00e9mices d\u2019une histoire folle ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es. A cette \u00e9poque, Nike n\u2019avait pas encore vu le jour, mais l\u2019industrie des chaussures de course \u00e9tait sur le point de conna\u00eetre un grand chambardement.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":512097,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[176],"tags":[510,511,499,512,513],"class_list":["post-512093","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","tag-chaussures","tag-course","tag-etats-unis","tag-nike","tag-reportage"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512093","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=512093"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512093\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=512093"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=512093"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=512093"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}