{"id":51005,"date":"2022-06-23T06:00:00","date_gmt":"2022-06-23T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=49610"},"modified":"2022-06-23T06:00:00","modified_gmt":"2022-06-23T04:00:00","slug":"le-retour-episode-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-6\/","title":{"rendered":"\u00abLe retour\u00bb (roman in\u00e9dit), \u00e9pisode 6\/15"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Chaque mois, <em>Le Regard Libre<\/em> publie le roman in\u00e9dit <em>Le retour<\/em> du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. Retour \u00e0 la fiction en ces pages, retour \u00e0 la vieille tradition du roman-feuilleton.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>A peine rentr\u00e9 dans son village natal o\u00f9 il s\u2019attendait \u00e0 \u00eatre f\u00eat\u00e9 comme un h\u00e9ros, Joseph est soumis \u00e0 diverses \u00e9preuves. Apr\u00e8s sa premi\u00e8re journ\u00e9e de travail, celui qui semble \u00eatre le chef du village, Sim\u00e9on, lui confie qu\u2019il entretenait jadis une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec son p\u00e8re, St\u00e9phane, gagnant ainsi sa confiance. Mais Joseph ne doit pas oublier qu\u2019au village, rien n\u2019est acquis.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019\u00e9pisode (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>\u2013 Mais bien s\u00fbr que non! Je voulais lui faire peur putain! Tu comprends? C\u2019\u00e9tait pas pour de vrai, je voulais juste lui faire comprendre qu\u2019il peut compter sur rien\u2026 que sur lui-m\u00eame! Tu vois? Ici rien n\u2019est acquis! Rien! Et il faut qu\u2019il pige \u00e7a!<br>\u2013 C\u2019est pas en faisant semblant de le tuer que tu vas y arriver, Sim\u00e9on. A l\u2019heure qu\u2019il est, il est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 sur les routes.<br>\u2013 Pas avec ce temps de chien. Et puis\u2026<br>\u2013 Et puis quoi?<br>\u2013 Et puis il a plus de voiture. On s\u2019en est occup\u00e9 avec les autres\u2026<br>\u2013 Mais qu\u2019est-ce que tu lui veux \u00e0 ce gamin exactement? Si \u00e7a se trouve\u2026<br>\u2013 Si \u00e7a se trouve, rien du tout, Marie! Quelque chose me chagrine\u2026 Et de toute fa\u00e7on, il va rester, il veut rester\u2026 Je le forcerai pas, s\u2019il veut, il peut partir, la voiture c\u2019est un d\u00e9tail, j\u2019arrangerai \u00e7a\u2026 On s\u2019en fout de \u00e7a, putain!<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence s\u2019est empar\u00e9 de la salle \u00e0 manger. L\u2019eau bout, le couvercle de la casserole se soul\u00e8ve. Marie-H\u00e9l\u00e8ne baisse le feu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il veut la m\u00eame chose que moi tu comprends? La m\u00eame chose. Il veut la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il restera! Et moi je veux la m\u00eame chose! La m\u00eame chose!<br>\u2013 Elle arrive, baisse d\u2019un ton, je te prie.<br>\u2013 Bonsoir papa, maman.<br>\u2013 Bonsoir.<br>\u2013 Bah alors? Quelles tronches vous faites? Qu\u2019est-ce qui se passe, c\u2019est \u00e0 cause de l\u2019\u00e9tranger? A cause de Joseph?<\/p>\n\n\n\n<p>Le nom de Joseph se d\u00e9tache du reste de la phrase. Elle sait qu\u2019il devient tabou. Son p\u00e8re est agac\u00e9, mais il ne veut rien laisser transpara\u00eetre. Marie-H\u00e9l\u00e8ne la regarde d\u2019un air las.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est bien vrai ce que racontent les gens au village? Il serait le fils de\u2026<br>\u2013 Arr\u00eate, Leila.<br>\u2013 J\u2019ai le droit de savoir, c\u2019est peut-\u00eatre lui\u2026<br>\u2013 Tu n\u2019en sais rien, pas plus que nous tous ici.<br>\u2013 Il lui ressemble pourtant\u2026 j\u2019aimerais le revoir.<br>\u2013 Le revoir? Mais revoir qui? Il n\u2019est rien pour toi, rien du tout. Si tu crois que\u2026<br>\u2013 On mange, asseyez-vous.<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie mart\u00e8le la t\u00f4le. Parfois le ciel se d\u00e9chire et l\u2019int\u00e9rieur des maisons s\u2019illumine. Mais les hommes sont trop pr\u00e9occup\u00e9s pour se laisser distraire par un simple orage d\u2019\u00e9t\u00e9. Le bruit des couverts sur les assiettes est plus fort que le tonnerre. On ne parle pas, c\u2019est \u00e0 peine si on ose se regarder. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, Joseph et Agathe mangent l\u2019un en face de l\u2019autre. Joseph n\u2019a rien \u00e0 lui dire, il faut qu\u2019il monte dans sa chambre et qu\u2019il essaye de trouver le sommeil, la journ\u00e9e de demain s\u2019annonce difficile. Elle aimerait le retenir, le garder encore un peu rien que pour elle, mais au dernier moment, elle se sent d\u00e9faillir. Elle est faible. Elle est vieille. Elle est laide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Laissez-moi au moins vous laver, vous \u00eates sale\u2026 vous ne pourrez pas dormir dans ces conditions\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il n\u2019a pas le temps, quelque chose presse. Il doit se retrouver seul avec lui-m\u00eame. Arriv\u00e9 dans sa chambre, Joseph ferme la porte \u00e0 cl\u00e9. Il cherche la glace, ne la trouve pas. Il ouvre tous les tiroirs de la commode et du secr\u00e9taire. Il commence \u00e0 paniquer, quelque chose lui serre la gorge, il suffoque. C\u2019est bon, le voil\u00e0. Il se d\u00e9v\u00eat en toute h\u00e2te et se jette nu sur le lit. Il contemple le plafond, croit voir entre les n\u0153uds du bois des visages qui l\u2019observent. Il repense \u00e0 ce que Sim\u00e9on lui a dit au pied du h\u00eatre et se perd dans une r\u00eaverie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il rouvre les yeux, Joseph tient le bout de verre dans ses mains.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abJe me vois\u2026 C\u2019est tr\u00e8s bien. Je suis l\u00e0, face \u00e0 moi-m\u00eame\u2026 C\u2019est bien, c\u2019est tr\u00e8s bien\u2026 Je suis habitu\u00e9 \u00e0 cette face-l\u00e0, je la reconnais. C\u2019est moi, c\u2019est moi\u2026 Ils ont essay\u00e9 de me tuer. C\u2019est plut\u00f4t pas mal\u2026 Enfin je veux dire, ils ne rigolent plus. \u00c7a va loin, tr\u00e8s loin, peut-\u00eatre trop\u2026 Ils se foutent de ma gueule, c\u2019est pas croyable\u2026 un coup par-ci, un coup par-l\u00e0 et hop, un flingue braqu\u00e9 sur moi\u2026 Je suis une sorte de balle, une balle de flipper qui doit surmonter tous les obstacles et surtout, surtout, ne pas tomber dans le trou, ne pas devenir le trou\u2026 C\u2019est \u00e7a, l\u2019id\u00e9e. Comme la balle, il faut aller jusqu\u2019au bout. On n\u2019a pas le choix, du moment qu\u2019on est dedans, on ne peut plus sortir. Y a pas dix mille solutions, y en a m\u00eame qu\u2019une seule\u2026 Il faut jouer jusqu\u2019au trou.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9clate de rire. Son visage se froisse. Joseph se demande s\u2019il n\u2019a pas chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abJe ne vois que des hommes, j\u2019entends des cris\u2026 Les hommes, c\u2019est sans transition, c\u2019est dur. Si je ne le suis pas encore, je le deviendrai c\u2019est s\u00fbr\u2026 laid. Ma chair fondra au soleil, parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019ombre, jamais d\u2019ombre\u2026 Un homme c\u2019est droit, un homme c\u2019est dur comme du caillou. Elle n\u2019a peut-\u00eatre pas tort, la vieille Agathe\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph ressent une sorte de picotement, son c\u0153ur palpite soudain. Il respire mal, mais cette fois c\u2019est autre chose\u2026 Il se rappelle la for\u00eat et ses totems sacr\u00e9s. Les feuilles mordor\u00e9es de l\u2019automne\u2026 La pluie toque \u00e0 sa fen\u00eatre. Il revoit ses mains d\u2019adolescente, ses cheveux blonds, son sourire d\u2019enfant, le couteau qu\u2019il tenait fermement\u2026 Ils allaient ensemble graver les signes d\u2019un amour \u00e9ternel sur le bois d\u2019un arbre encore jeune\u2026 Quelles couleurs autour d\u2019eux! Ses l\u00e8vres \u00e9taient exquises\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019envie lui a pris de se faire jouir. Il ne sait pas pourquoi, mais il devait le faire. Sans cela, il serait mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a d\u00e9gag\u00e9 son corps pour ne pas dormir dans des draps gluants. Il sait qu\u2019Agathe ne viendra pas le d\u00e9ranger maintenant, qu\u2019il peut accomplir cette besogne en toute tranquillit\u00e9. Il n\u2019est plus habitu\u00e9 \u00e0 de telles sensations, son sexe est comme un corps \u00e9tranger dans sa main, il ne lui appartient presque plus. Joseph r\u00e9apprend \u00e0 se toucher. Son corps est sec. Sa peau, blafarde. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il ne l\u2019avait pas remarqu\u00e9. La m\u00e9canique autrefois si bien r\u00f4d\u00e9e de la masturbation le d\u00e9stabilise. Il ne sait plus, c\u2019est comme s\u2019il n\u2019avait jamais su. Il a du d\u00e9sir pourtant, beaucoup de d\u00e9sir, et il faut bien que \u00e7a sorte, m\u00eame si l\u2019on est seul au fond d\u2019un trou, que tout semble se refermer sur soi et que le soleil dispara\u00eet sans laisser de trace! Qu\u2019un ciel sans \u00e9toile!<\/p>\n\n\n\n<p>Il a joui. Tout s\u2019est bien pass\u00e9. Il n\u2019est pas mort, mais il a failli. Joseph se sent mieux, il est de nouveau chez lui, il habite son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abSi aujourd\u2019hui on ne m\u2019a pas tu\u00e9, \u00e7a veut dire que je dois vivre\u2026 Je ne les d\u00e9cevrai pas. Demain je travaillerai dur, quitte \u00e0 me briser. Je leur dois la vie. Je me tuerai pour eux. Ils ne le savent pas encore, mais je leur montrerai\u2026 et quand ils le verront, je serai admis. Ils feront cercle autour de moi et me consacreront. Il suffit de le passer ce maudit test, apr\u00e8s tout, \u00e7a peut pas \u00eatre pire que le permis de conduire\u2026 Je r\u00e9ussirai.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil a \u00e9t\u00e9 dur. Agathe est venue. Elle a tir\u00e9 les rideaux; il faisait encore nuit. Elle a press\u00e9 l\u2019interrupteur, l\u2019ampoule a brill\u00e9 et une lumi\u00e8re blonde a inond\u00e9 la pi\u00e8ce. Joseph a eu du mal, beaucoup de mal, mais il s\u2019est souvenu de sa promesse d\u2019hier et, d\u2019un pas plus ou moins d\u00e9cid\u00e9, il est all\u00e9 uriner.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se lave les mains, la bouche, les yeux. Ses cheveux sont sales, ils retombent sur ses paupi\u00e8res et le d\u00e9mangent. Lorsqu\u2019il se gratte la nuque, une sorte de mati\u00e8re pelucheuse lui reste sous les ongles. Il demande \u00e0 Agathe si elle peut le laver \u00e0 pr\u00e9sent, mais celle-ci rechigne, il fallait accepter hier, maintenant c\u2019est trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 ses habits puent. Il n\u2019y en a pas d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph se penche \u00e0 la fen\u00eatre. Derri\u00e8re la maison, il y a la for\u00eat; le village est s\u00e9par\u00e9 d\u2019elle par une sorte de barri\u00e8re rocheuse. L\u2019air est frais. Sur les routes terraqu\u00e9es se tra\u00eenent quelques nuages bas; le brouillard est l\u00e0, tout autour d\u2019eux. On ne voit pas \u00e0 plus de dix m\u00e8tres; les maisons voisines ne sont plus que des silhouettes ou des mirages. Joseph s\u2019\u00e9gaye. Il a toujours aim\u00e9 les journ\u00e9es pluvieuses, le brouillard qui rend toutes choses myst\u00e9rieuses. On dirait que derri\u00e8re chaque maison, chaque arbre, chaque rocher, se cache quelque chose. M\u00eame lorsqu\u2019on croise une connaissance ou un ami, il y a un effet de surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel est invisible. Joseph ne sait pas si les \u00e9toiles ont d\u00e9j\u00e0 toutes d\u00e9sert\u00e9 ou si, au contraire, elles virevoltent encore au-dessus de lui. Il n\u2019attend pas qu\u2019Agathe vienne le chercher pour descendre les escaliers quatre \u00e0 quatre. Il s\u2019assied pr\u00e9cautionneusement, est ravi par la stabilit\u00e9, l\u2019\u00e9quilibre de sa chaise. Il mange pour deux. Ce matin, Agathe lui a apport\u00e9 des \u0153ufs, du fromage et du pain. Il boit de l\u2019eau. Les hommes entrent discr\u00e8tement. Ils voulaient lui faire une surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Comment \u00e7a va? Bien dormi?<br>\u2013 Bien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il se demande s\u2019il ne devrait pas poursuivre la discussion. Mais ce n\u2019est qu\u2019une formalit\u00e9, l\u2019homme n\u2019a pas attendu sa r\u00e9ponse pour avertir les autres que Joseph \u00e9tait pr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sortent en file indienne. Ils ne prennent pas la route des vergers et des champs de luzernes, mais celle qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9table. Ces rues, quoique embrum\u00e9es, lui inspirent confiance. S\u2019ils tournent \u00e0 droite, il se souviendra de l\u2019\u00e9cole, des promenades, et des premi\u00e8res amours; \u00e0 gauche, la for\u00eat, son adolescence, sa solitude. Joseph est au carrefour de son existence. Les hommes le savent peut-\u00eatre, mais ils continuent tout droit. Les persiennes s\u2019ouvrent, des visages se penchent au-dessus des paysans. Il y a des femmes avec des enfants en bas \u00e2ge, des vieillards qui parviennent \u00e0 peine \u00e0 les voir passer. Les villageois sont intrigu\u00e9s, c\u2019est donc lui l\u2019\u00e9tranger? C\u2019est lui qui loge gratis chez la veuve? Le pauvre, il a l\u2019air encore ch\u00e9tif! La peau blanche, les yeux tristes! L\u2019enfant malingre!<\/p>\n\n\n\n<p>Personne ne sort, on aimerait s\u2019approcher mais on n\u2019ose pas. Certains enfants pleurent apr\u00e8s son passage, les femmes se retirent, allaitent dans la p\u00e9nombre. Plus ils avancent, plus le sol devient boueux. Ils \u00e9ventrent des flaques, cherchent des orni\u00e8res, n\u2019en trouvent pas; ils s\u2019arr\u00eatent, Sim\u00e9on veille \u00e0 ce que tout le monde suive. Immobiles, ils attendent. Pierre et sa bande leur font signe, ils ont des lampes de poche. Ces phares sillonnent le jour comme ils sillonneraient la nuit, ils cr\u00e9ent des couloirs de lumi\u00e8re \u00e0 travers la brume. La boue gicle, les hommes s\u2019enlisent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous allez o\u00f9?<br>\u2013 Je sais pas. On s\u2019est perdu. Ah mais\u2026 C\u2019est notre Joseph qui est l\u00e0. Comment il va? Pas trop mal? La vie au village te pla\u00eet? Il te manque rien, t\u2019as tout ce qu\u2019il faut? Vous l\u2019emmenez o\u00f9?<br>\u2013 Voir les cochons.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur rire est toujours aussi gras, toujours aussi faux. Un rire de groupe, un rire de faibles. Il aimerait bien les voir seuls, sans support, sans assise, seuls dans la boue et la pisse, seuls sous la pluie. Peut-\u00eatre qu\u2019ils riraient, ils riraient d\u2019eux-m\u00eames\u2026 Mais alors ce serait profond, oui, on sentirait la douleur de leur chair nue, entaill\u00e9e, d\u00e9pec\u00e9e par le manque de compagnie, le besoin de contact, d\u2019autres chairs, d\u2019autres voix, tout ce qui est n\u00e9cessaire, en somme, \u00e0 un rire gras.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph pense \u00e0 se baisser et \u00e0 ramasser un peu de boue. Il la leur ferait manger avec toute la merde qu\u2019elle contient, cette terre sale, foul\u00e9e aux pieds, leur terre, leur merdier\u2026 Cette haine qui voile son regard, il a du mal \u00e0 la faire taire. Il crierait s\u2019il le pouvait, si fort que les montagnes trembleraient. \u00abC\u2019est donc \u00e7a un homme? Il lui faut une meute pour exister? Elle d\u00e9cide qui est-ce qu\u2019on bouffe, qui doit crever, sur qui on chie? Il doit avoir honte, honte de ne pas savoir exister tout seul, cet homme-l\u00e0. Ecraser les plus faibles \u00e0 plusieurs, marcher sur des cadavres pour se dispenser de le voir, ce grand vide qui r\u00e9git leur royaume de papier. Il suffirait d\u2019une flamme, d\u2019une braise dans cette for\u00eat d\u2019inepties pour que tout flambe, que l\u2019incendie emporte ce village et ses habitants dans un n\u00e9ant profond.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Pourquoi est-ce qu\u2019il me regarde comme \u00e7a, le clandestin? Hein?<br>\u2013 Laisse-le tranquille.<br>\u2013 Il continue. Ah! Ah! Il en a pas eu assez, ce petit con?<br>\u2013 Laisse-le!<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre recule, il ne comprend plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Parce que tu le d\u00e9fends maintenant?<\/p>\n\n\n\n<p>Il se colle \u00e0 Sim\u00e9on, murmure.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 A quoi tu joues? A quoi tu joues putain? Rappelle-toi dans quel\u2026<br>\u2013 Tu ne me donnes pas d\u2019ordre, connard! Pas d\u2019ordre, putain! C\u2019est clair?!<\/p>\n\n\n\n<p>Il le repousse. Pierre lui jette un regard plein de m\u00e9pris et passe son chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux groupes se croisent. Ils passent devant la resserre et l\u2019\u00e9table, ils s\u2019arr\u00eatent un peu plus loin, devant la porcherie.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La suite, le mois prochain<\/strong><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous venez de lire<\/strong> <strong>un \u00e9pisode paru dans&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-86-dossier-nucleaire\/\"><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b0&nbsp;86<\/a>.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous pouvez lire <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-5\/\">l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/strong>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque mois, Le Regard Libre publie le roman in\u00e9dit Le retour du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. 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