{"id":48814,"date":"2022-05-26T06:00:00","date_gmt":"2022-05-26T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=48814"},"modified":"2022-05-26T06:00:00","modified_gmt":"2022-05-26T04:00:00","slug":"le-retour-episode-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-5\/","title":{"rendered":"\u00abLe retour\u00bb, \u00e9pisode 5"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-85-dossier-suisse\/\">Le Regard Libre N\u00b0&nbsp;85<\/a> \u2013 <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/elliot-mazzella\/\">Elliot Mazzella<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Chaque mois, <em>Le Regard Libre<\/em> publie le roman in\u00e9dit <em>Le retour<\/em> du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. Retour \u00e0 la fiction en ces pages, retour \u00e0 la vieille tradition du roman-feuilleton.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>A peine rentr\u00e9 dans son village natal o\u00f9 il pensait \u00eatre re\u00e7u en h\u00e9ros, Joseph loge chez la veuve Agathe en attendant que le village d\u00e9cide de son sort: faut-il le renvoyer d\u2019o\u00f9 il vient comme un \u00e9tranger ou lui laisser le temps de prouver qu\u2019il est bien le Joseph que tout le monde a connu au village? Le lendemain de son grand retour, Joseph est invit\u00e9 \u00e0 prendre part aux labeurs quotidiens. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9preuve.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019episode (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>La nuit touche \u00e0 sa fin. Joseph regarde ses pieds et la poussi\u00e8re qu\u2019ils soul\u00e8vent. Il rit en repensant aux plaisanteries de ce matin, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 leur place il aurait fait pareil. Il regarde le ciel. Les \u00e9toiles p\u00e2lissent, l\u2019aube commence \u00e0 poindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes s\u2019arr\u00eatent devant un petit cabanon, l\u2019un d\u2019eux s\u2019y engouffre et ressort muni de faux qu\u2019il jette \u00e0 leurs pieds. Il lance \u00e0 Joseph un regard \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, curieux de savoir comment il va r\u00e9agir\u2026 Il va apprendre que travailler fatigue, le citadin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il en manque une\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph fixe le sol. Il n\u2019ose pas fermer les yeux, on l\u2019interpr\u00e8terait mal: on dirait alors qu\u2019il a voulu fuir son pays, que c\u2019est un l\u00e2che, un d\u00e9serteur et que, somme toute, on ne s\u2019est pas tromp\u00e9 sur son compte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Et voil\u00e0 pour toi!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme lui tend l\u2019outil, Joseph le remercie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bah voil\u00e0! On est au complet maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 dans les champs de luzernes, ils se sont mis \u00e0 faucher. Chacun conna\u00eet sa place et s\u2019y tient. On se tait, les faux sifflent, le soleil se l\u00e8ve. Joseph se sent profond\u00e9ment inutile. L\u2019herbe lui arrive aux genoux. Il aimerait s\u2019y ab\u00eemer, dispara\u00eetre de la surface de la terre, s\u2019\u00e9vanouir. Ce serait si simple\u2026 car il est rattach\u00e9 \u00e0 cet instrument de fer, \u00e0 cette lame qui, \u00e0 tout moment, pourrait lui trancher la gorge et lui \u00f4ter la vie. De la sorte, il irait rejoindre tous les inutiles qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, tous ces inutiles accomplis qui au moins une fois dans leur vie ont pens\u00e9 \u00e0 ce que Joseph pense en ce moment: que mourir n\u2019\u00e9tait pas plus utile, alors pourquoi mourir? Chaque chose en son temps, n\u2019est-ce pas? Il suffirait qu\u2019on lui montre, il n\u2019aurait m\u00eame pas besoin d\u2019explication, rien qu\u2019un mod\u00e8le sur lequel il calquerait ses gestes, apprendrait le mouvement du faucheur, et entrerait dans leur danse rituelle. Si, avant de mourir, il savait faucher, sa vie s\u2019illuminerait, son pass\u00e9 prendrait sens, il pourrait quitter cette terre en paix, car alors tout serait accompli.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 S\u2019il\u2026 s\u2019il vous pla\u00eet! S\u2019il vous pla\u00eet, apprenez-moi! apprenez-moi, je n\u2019y arriverai pas tout seul\u2026 quelqu\u2019un? Messieurs? S\u2019il vous pla\u00eet, s\u2019il vous pla\u00eet!<\/p>\n\n\n\n<p>Des gouttes de sueur perlent sur son front. Le soleil brille depuis une demi-heure. Joseph a peut-\u00eatre pris froid pendant la nuit? Il est fi\u00e9vreux et semble ne plus pouvoir parler. Oui, il a perdu la voix. A moins que les faucheurs d\u00e9j\u00e0 enivr\u00e9s par la danse et par l\u2019odeur des pr\u00e9s ne le voient plus, qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Joseph compte moins qu\u2019une pierre ou qu\u2019une plante fourrag\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Quelqu\u2019un? Quelqu\u2019un?!<br>\u2013 Passe-moi la gourde.<br>\u2013 Tiens. Allonge-toi un moment sous un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, l\u2019homme qui l\u2019a secouru est venu s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 On a appris \u00e0 faucher ensemble, ton p\u00e8re et moi. On \u00e9tait jeunes, on avait quoi? peut-\u00eatre neuf, dix ans? On n\u2019y allait pas seuls, non, d\u2019abord avec nos parents. Mais on apprenait vite parce qu\u2019on faisait la course, on \u00e9tait un peu comme Pierre et toi, des rivaux. Ton p\u00e8re \u00e9tait bien meilleur que moi en tout, \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile. Je l\u2019admirais. Lui aussi m\u2019admirait, enfin c\u2019est ce qu\u2019il disait, mais je ne l\u2019ai jamais cru, je ne pouvais pas le croire\u2026 Il \u00e9tait comme un fr\u00e8re pour moi, le grand fr\u00e8re que je n\u2019ai jamais eu. Il osait ce que je n\u2019osais pas, disait ce que je ne pouvais pas dire, parce que je n\u2019ai jamais eu ce talent-l\u00e0 moi, je n\u2019ai jamais eu les mots. Et c\u2019est \u00e7a, je pense, qui le rendait si grand \u00e0 mes yeux. Il racontait en fauchant. Moi j\u2019\u00e9coutais. Et tout d\u2019un coup, je n\u2019\u00e9tais plus moi, je sortais de moi-m\u00eame! Et il me disait: \u00abTu la vois?\u00bb Alors je lui demandais: \u00abNon, quoi?\u00bb Et il r\u00e9pondait toujours par: \u00abLa mer.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sim\u00e9on regarde autour de lui et trace un cercle du bout des doigts.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Par-del\u00e0 les montagnes, il y avait la mer. Et la mer se brisait contre cette enceinte de pierres. Tu l\u2019entends? qu\u2019il me demandait, elle essaye de nous rejoindre mais elle n\u2019y arrive pas. \u00c7a me rendait triste, je voulais qu\u2019il raconte comment les deux petits gar\u00e7ons pourraient rejoindre la mer, comment faire pour qu\u2019elle arr\u00eate de pleurer. Mais il se taisait. Alors je continuais, je pensais qu\u2019on pourrait construire un radeau, une embarcation de fortune, et qu\u2019on serait port\u00e9s par la rivi\u00e8re qui, elle, devait bien traverser les montagnes, ou au moins les contourner, qu\u2019elle connaissait des chemins souterrains et qu\u2019elle pourrait nous y emmener! Voir la mer. C\u2019\u00e9tait devenu mon v\u0153u le plus cher. Depuis ce jour, quand nos parents nous envoyaient faucher, je n\u2019attendais plus qu\u2019il raconte la suite. C\u2019\u00e9tait moi qui lui racontais. Je le rassurais \u2013 je me rassurais moi-m\u00eame \u2013 en lui disant que si on ne nous laissait pas construire un radeau, eh bien une nuit, la vall\u00e9e tremblerait et toutes les montagnes s\u2019\u00e9crouleraient dans un fracas terrible! Il n\u2019avait pas peur lui, cela le faisait beaucoup rire. Mais moi j\u2019\u00e9tais s\u00e9rieux, je ne blaguais pas! Dans ma t\u00eate c\u2019\u00e9tait clair, t\u00f4t ou tard, \u00e7a devait arriver. On serait tous en train de dormir lorsqu\u2019un grondement sourd monterait du fond de la vall\u00e9e et nous glacerait le sang! J\u2019avais la chair de poule quand je lui disais \u00e7a! Et lui de me regarder avec toute la tendresse du monde comme pour me dire: bah vas-y, continue. Un simple hochement de t\u00eate, et je me sentais plus s\u00fbr de moi et de mon histoire, je ne doutais plus, je fon\u00e7ais. Je lui annon\u00e7ais qu\u2019il ne resterait, de nos maisons, que les murs, le toit se serait envol\u00e9, et encore les murs! Ceux-ci ne tarderaient pas \u00e0 s\u2019\u00e9crouler autour de nous, comme lorsqu\u2019on ouvre une bo\u00eete. Et, couch\u00e9s sur nos lits, encore \u00e0 moiti\u00e9 endormis, nous entendrions le chant des mouettes sur le rivage m\u00eal\u00e9 au ressac des vagues qui s\u2019\u00e9lanceraient sur le sable br\u00fblant pour nous l\u00e9cher les pieds\u2026 La brise nous d\u00e9coifferait, le sel se collerait sur notre peau, le soleil serait au z\u00e9nith et il n\u2019y aurait, dans nos vies, plus une seule parcelle d\u2019ombre\u2026 Alors nous nous jetterions hors de nos lits et sauterions dans l\u2019eau sans savoir nager. Les vagues nous porteraient, on ne saurait jusqu\u2019o\u00f9 mais cela n\u2019aurait plus d\u2019importance. Et peut-\u00eatre, qui sait? que d\u2019autres enfants r\u00eaveurs nous accueilleraient \u00e0 bord de leur bateau de papier et qu\u2019ensemble, nous voguerions au large sans jamais nous retourner, \u00e0 la poursuite du soleil et de l\u2019horizon\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose dans les yeux de Sim\u00e9on s\u2019est rallum\u00e9. Il est tout entier plong\u00e9 dans ses souvenirs et ne voit plus l\u2019\u00e9tranger qui l\u2019\u00e9coute \u00e9merveill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 A ce moment-l\u00e0, je m\u2019arr\u00eatais. J\u2019\u00e9tais essouffl\u00e9. Il venait vers moi pour m\u2019embrasser. Ensuite il me disait: \u00abTu vois. Toi aussi tu as les mots.\u00bb Et puis nous sommes devenus grands, et j\u2019ai compris que nos histoires ne l\u2019int\u00e9ressaient plus, qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait en lire d\u2019autres ou les \u00e9crire lui-m\u00eame. Oui, nous sommes devenus grands et nous n\u2019avons plus r\u00e9ussi \u00e0 communiquer entre nous, les choses les plus simples se sont compliqu\u00e9es, il n\u2019a plus voulu faucher avec moi, je ne l\u2019int\u00e9ressais plus. Peu \u00e0 peu, il s\u2019est \u00e9loign\u00e9 de moi, je n\u2019ai pas cherch\u00e9 \u00e0 le retenir, je voyais bien que je n\u2019avais aucune emprise sur lui. Il voulait partir, je le savais bien, m\u00eame s\u2019il est rest\u00e9 au village encore longtemps. Les mots ne lui suffisaient plus, il voulait la voir pour de vrai, la mer. Et il allait la voir sans moi. Les choses se sont pr\u00e9cipit\u00e9es. Il a mari\u00e9 Lucie et ensemble ils ont eu un fils, Joseph, qui a v\u00e9cu les quinze premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie au village. Par la suite, ils se sont install\u00e9s en ville. Ils passaient quelques fois, mais c\u2019est devenu de plus en plus rare. A la fin, ils ne sont plus venus du tout. Jusqu\u2019\u00e0 la mort de St\u00e9phane.<\/p>\n\n\n\n<p>Sim\u00e9on laisse Joseph seul. Il se tient droit. Il est grand et fier. Son dos est celui d\u2019un homme qui a l\u2019habitude de commander. Il ne doute pas, ne se plie pas. Sim\u00e9on est plein de certitudes, il a su gu\u00e9rir de la morsure de ce pass\u00e9 qu\u2019il a rejet\u00e9 au n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sifflements des faux paraissent plus doux \u00e0 pr\u00e9sent. Joseph a bu, il s\u2019est repos\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un h\u00eatre et Sim\u00e9on a accept\u00e9 de lui r\u00e9v\u00e9ler l\u2019enfance de son p\u00e8re. C\u2019est la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de son voyage qu\u2019il ressent de la joie. Elle lui est apparue comme le soleil dans le ciel, immense, br\u00fblante et in\u00e9puisable. La lumi\u00e8re irradie dans tout son corps. A pr\u00e9sent, Joseph se sent apte \u00e0 continuer le travail, \u00e0 se tuer \u00e0 la t\u00e2che, afin que ce soir, lorsqu\u2019il retrouvera sa couche, il puisse regarder cette journ\u00e9e avec satisfaction. Mais d\u00e9j\u00e0, le soleil d\u00e9cline et les temp\u00e9ratures chutent. Le vent du soir qui courbe les luzernes et soul\u00e8ve la poussi\u00e8re des routes et des champs annonce le retrait des hommes. Une feuille se d\u00e9tache de la pointe du h\u00eatre et s\u2019en va, voltigeant dans l\u2019azur sous les nuages qui le recouvre de proche en proche. Ce soir \u00e9clatera sans doute le dernier orage d\u2019\u00e9t\u00e9. Car l\u2019automne approche. Oui, son odeur est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bon. Il est temps. Rentrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes se mettent en route, certains sifflent, d\u2019autres chantonnent. Sim\u00e9on marche en t\u00eate, son pas est r\u00e9gulier et difficile \u00e0 suivre. A l\u2019arri\u00e8re, Joseph tra\u00eene un peu; il aimerait arriver \u00e0 sa hauteur, mais il semble que plus il avance, plus Sim\u00e9on s\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent souffle de plus en plus fort, les nu\u00e9es de terre nacr\u00e9e s\u2019abattent sur eux avec violence. Bient\u00f4t, Joseph est aveugl\u00e9 et perd leur trace. Il prot\u00e8ge ses yeux avec ses mains, le vent et la terre lac\u00e8rent son corps d\u00e9pouill\u00e9. Dans la conque form\u00e9e par ses mains, derri\u00e8re cet ultime rempart, il r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019a plus sa faux avec lui! Il l\u2019a oubli\u00e9e, elle est encore l\u00e0-bas, sous l\u2019arbre. Joseph ne r\u00e9fl\u00e9chit pas, il sait que sa vie est en jeu. Il fonce dans la direction oppos\u00e9e, contre le vent, contre l\u2019orage, contre les hommes. Il se sent l\u00e9ger malgr\u00e9 \u00e7a, tr\u00e8s l\u00e9ger, il ne pense plus \u00e0 rien, vole comme un oiseau. \u00c7a y est! Il la voit, elle est toujours \u00e0 la m\u00eame place!<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes seront contents! Sim\u00e9on sera m\u00eame fier! Il reconna\u00eetra en lui son compagnon de toujours, son p\u00e8re, sa force, son courage, sa bravoure! Il le prendra dans ses bras, ou non encore mieux, il lui tendra la main et la lui serrera avec fermet\u00e9! Il sera f\u00eat\u00e9 comme pr\u00e9vu, son retour sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9! Et on lui dira: bienvenue chez toi, Joseph, bon retour parmi nous! La v\u00e9rit\u00e9! On lui avouera tout: on t\u2019a bien eu, n\u2019est-ce pas? T\u2019as bien souffert pendant ces deux jours? Ils t\u2019ont paru longs? Ben dis-toi que c\u2019est fini maintenant, oui c\u2019est fini, c\u2019\u00e9tait qu\u2019un mauvais r\u00eave, oublie, reviens parmi nous Joseph, tout \u00e7a c\u2019est fini!<\/p>\n\n\n\n<p>Il entend des cris, des vivats, des exclamations. Oui, il va la rapporter cette faux, entre ses deux m\u00e2choires comme un toutou bien sage. Les hallalis sont plus proches, soudain quelque chose siffle plus violemment encore que le vent; un bruit sourd, quelque chose qui ressemble \u00e0 une d\u00e9tonation\u2026 Son sourire s\u2019efface, il tressaille. Fig\u00e9 au pied du h\u00eatre, il n\u2019a plus la force de continuer. Ses jambes sont raides, il a l\u2019impression qu\u2019elles se sont chang\u00e9es en \u00e9chasses. Rien ne sert de courir puisque les hommes sont \u00e0 ses trousses et qu\u2019ils seront l\u00e0 d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre\u2026 oui, ce serait stupide de d\u00e9taler maintenant, d\u2019ailleurs il n\u2019a presque plus de souffle. Un coup de feu retentit, la balle lui fr\u00f4le l\u2019oreille et va s\u2019enfoncer dans le c\u0153ur de l\u2019arbre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abHey\u2009! C\u2019est moi! Je suis l\u00e0! Je suis l\u00e0!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au loin, on entend la r\u00e9ponse des hommes: \u00abIl est l\u00e0! D\u00e9p\u00eachez-vous les gars!\u00bb Mais Joseph n\u2019entend pas la suite. Il devine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abC\u2019est bon, je vais bien, je vais bien! Regardez ce que j\u2019ai trouv\u00e9! Ah! Ah! Non, c\u2019est rien! C\u2019est rien je vous dis! Je savais bien que vous\u2026 et que\u2026 Bah! Rentrons!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des chiens. Ils aboient, ils grognent, ils le sentent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est bon il est l\u00e0! Tout doux, tout doux! L\u00e2che pas les chiens! Recule, toi! Recule!<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph se retrouve au pied du mur. Des ombres sortent du nuage de poussi\u00e8re, l\u2019une d\u2019elles est arm\u00e9e\u2026 Elle tremble, il va falloir tirer. Elle pointe le canon de son arme sur lui, et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tire.<br>\u2013 Attendez, non\u2026 Attendez!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme tire quatre coups en l\u2019air. Il jette son arme aux pieds de Sim\u00e9on.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Putain! Mais t\u2019es s\u00e9rieux l\u00e0?! Tu voulais quoi\u2009?! Que je le descende?! Hein?! Devant toi?!<\/p>\n\n\n\n<p>Sim\u00e9on ne r\u00e9pond pas, il est p\u00e2le.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 T\u2019as perdu la t\u00eate ou quoi?!<\/p>\n\n\n\n<p>Il se retourne et le gifle du revers de la main. L\u2019autre commence \u00e0 saigner du nez, il pose son cul dans la poussi\u00e8re. Comment pouvait-il s\u2019attendre \u00e0 \u00e7a? Les chiens couinent autour de lui, regardent leur ma\u00eetre humili\u00e9, h\u00e9b\u00e9t\u00e9 devant le grand monsieur qui l\u2019a battu. Il crache. Sa bave se m\u00e9lange avec son sang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Allez viens Joseph, on s\u2019en va.<\/p>\n\n\n\n<p>Il pleut.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La suite, le mois prochain<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-4\/\">Vers l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ROMAN INEDIT, Elliot Mazzella | A peine rentr\u00e9 dans son village natal o\u00f9 il pensait \u00eatre re\u00e7u en h\u00e9ros, Joseph loge chez la veuve Agathe en attendant que le village d\u00e9cide de son sort: faut-il le renvoyer d\u2019o\u00f9 il vient comme un \u00e9tranger ou lui laisser le temps de prouver qu\u2019il est bien le Joseph que tout le monde a connu au village? Le lendemain de son grand retour, Joseph est invit\u00e9 \u00e0 prendre part aux labeurs quotidiens. 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