{"id":48495,"date":"2022-05-12T06:00:00","date_gmt":"2022-05-12T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=48495"},"modified":"2022-05-12T06:00:00","modified_gmt":"2022-05-12T04:00:00","slug":"plus-il-y-a-de-democratie-moins-il-y-a-de-contestation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/suisse\/plus-il-y-a-de-democratie-moins-il-y-a-de-contestation\/","title":{"rendered":"Plus il y a de d\u00e9mocratie, moins il y a de contestation"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-85-dossier-suisse\/\">Le Regard Libre N\u00b0&nbsp;85<\/a> \u2013 <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/enzo-santacroce\/\">Enzo Santacroce <\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dossier <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/dossier-suisse\/\">\u00abLa Suisse, d\u00e9finition\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Contester semble \u00eatre le propre de la d\u00e9mocratie. Prendre la parole pour exprimer un avis contraire \u00e0 celui d\u2019autrui est un acte per\u00e7u comme fondamental dans un r\u00e9gime politique reposant sur une libert\u00e9 d\u2019expression pleinement int\u00e9gr\u00e9e dans les mentalit\u00e9s et dans les m\u0153urs. Or, une analyse plus fine permet de montrer que la libre parole ne suffit pas \u00e0 construire une d\u00e9mocratie. Celle-ci, pour \u00eatre compl\u00e8te, doit se doter d\u2019instruments dont le r\u00f4le est de cadrer les revendications populaires. Petite comparaison entre la Suisse et la France pour tenter de montrer que l\u2019argumentation, plus que le d\u00e9bat, est le ciment de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale \u2013 au sens de d\u00e9mocratie fond\u00e9e sur la raison.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019analyse (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>Dans une d\u00e9mocratie, on part du principe que les citoyens participent \u00e0 l\u2019histoire de leur pays en votant sur des objets divers et vari\u00e9s et en \u00e9lisant leurs repr\u00e9sentants, ainsi que leurs gouvernements. Avant les \u00e9lections, il est de coutume que les candidats et les candidates pr\u00e9sentent leurs points de vue lors de d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ou par presse interpos\u00e9e. En Suisse, lorsqu\u2019une votation sur une th\u00e9matique a lieu, tel le don d\u2019organes, des experts, des membres d\u2019associations ou encore des observateurs s\u2019expriment \u00e9galement sur des plateaux de t\u00e9l\u00e9vision ou dans les journaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, on a l\u2019impression que les d\u00e9bats sont moins anim\u00e9s et nourris en Suisse qu\u2019en France. En effet, le ton, le style, les invectives directes adress\u00e9es au pr\u00e9sident et aux membres de son gouvernement laissent entrevoir une libert\u00e9 de parole plus ample chez nos voisins. L\u2019image donn\u00e9e est celle d\u2019une France cultivant la joute oratoire comme mod\u00e8le d\u2019une libert\u00e9 d\u2019expression int\u00e9gr\u00e9e et assum\u00e9e. En Suisse, pas d\u2019effets spectaculaires lors de d\u00e9bats organis\u00e9s, l\u2019\u00e9coute et la recherche du consensus \u00e9tant les ingr\u00e9dients d\u2019une discussion bien men\u00e9e. Une situation laissant \u00e0 penser que la libert\u00e9 de parole est volontairement brim\u00e9e dans notre pays pour atteindre un compromis, m\u00eame partiel.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019esprit de milice et la d\u00e9centralisation<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La Suisse est dot\u00e9e d\u2019un syst\u00e8me politique qui permet au citoyen de contester des d\u00e9cisions parlementaires via des r\u00e9f\u00e9rendums ou de lancer des initiatives pour obtenir des ajouts ou des modifications dans la Constitution. La Suisse alterne en permanence entre la d\u00e9mocratie indirecte, qui autorise, par exemple, aux parlementaires f\u00e9d\u00e9raux repr\u00e9sentant le peuple d\u2019\u00e9lire les sept gouvernants du pays, et la d\u00e9mocratie directe, qui offre le droit constitutionnel du r\u00e9f\u00e9rendum et celui de l\u2019initiative que nous venons d\u2019\u00e9voquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mani\u00e8re de concevoir la relation des citoyens et, par extension, des groupes de citoyens avec les autorit\u00e9s politiques am\u00e8ne l\u2019id\u00e9e selon laquelle la Suisse est certes moins pimpante dans les d\u00e9bats, mais plus efficace que la France. Cela est possible gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9centralisation et au syst\u00e8me de milices. En effet, les \u00e9lus communaux, cantonaux et f\u00e9d\u00e9raux, eux-m\u00eames impliqu\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, discuteront en commissions des sujets touchant \u00e0 la vie de la cit\u00e9 et devront se pencher sur les textes des r\u00e9f\u00e9rendums ou des initiatives en cas de r\u00e9colte suffisante de signatures de la part du peuple. Cette effervescence citoyenne peut d\u2019ailleurs donner lieu \u00e0 des \u00e9changes int\u00e9ressants et vifs lors d\u2019actions aupr\u00e8s de la population. Il y a une exigence qui s\u2019installe dans les arguments d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre des va-et-vient politiques, jusque dans les moindres d\u00e9tails des dossiers.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il y a d\u00e9bat\u2026 et d\u00e9bat<\/h3>\n\n\n\n<p>Les discussions en Suisse n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre frontales ou provocatrices, tout simplement parce que les citoyens ont les moyens de se faire entendre \u00e0 tous les \u00e9chelons du pouvoir politique, contrairement au m\u00e9canisme d\u00e9mocratique fran\u00e7ais. Et c\u2019est ici que la comparaison avec les Fran\u00e7ais devient tout \u00e0 fait mordante, dans la mesure o\u00f9 le style frontal, voire agressif, de leurs d\u00e9batteurs t\u00e9moigne d\u2019un aveu: celui de subir la politique men\u00e9e par un pr\u00e9sident \u2013 et son gouvernement \u2013 pendant cinq ans, alors qu\u2019il ne repr\u00e9sente, en moyenne, que le quart des \u00e9lecteurs et des \u00e9lectrices du pays. C\u2019est une des raisons pour lesquelles la France g\u00e9mit, conteste et crie plut\u00f4t qu\u2019elle ne d\u00e9bat. Elle n\u2019a pas les moyens institutionnels d\u2019argumenter contre des d\u00e9cisions gouvernementales via des r\u00e9f\u00e9rendums ou des initiatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre que les leviers d\u00e9mocratiques qui incitent les citoyens \u00e0 s\u2019organiser dans le but de r\u00e9colter des signatures, qui donnent souvent l\u2019occasion de d\u00e9battre de sujets plus ou moins complexes en famille, au travail, entre amis ou encore lors d\u2019assembl\u00e9es locales, sont des canalisateurs de la col\u00e8re et de la frustration populaires. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le terreau dans lequel l\u2019esprit d\u00e9mocratique prend racine, puisque les citoyens savent qu\u2019ils seront pris au s\u00e9rieux dans leur volont\u00e9 de remettre en question une loi, une ordonnance et son r\u00e8glement d\u2019application, voire d\u2019en proposer une nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi la France a besoin de plus de d\u00e9mocratie institutionnelle pour se donner les moyens de remplacer la contestation dans la rue par de l\u2019argumentation d\u00e9centralis\u00e9e. L\u2019exemple des \u00abgilets jaunes\u00bb demandant audience au pr\u00e9sident pour pr\u00e9senter leurs revendications est \u00e9difiant: il illustre le fait que leur volont\u00e9 milicienne a \u00e9t\u00e9 royalement ignor\u00e9e par Emmanuel Macron.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur: <a href=\"mailto:enzo.santacroce@leregardlibre.com\">enzo.santacroce@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photo: \u00a9 Pixabay<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Regard Libre N\u00b0&nbsp;85 \u2013 Enzo Santacroce Dossier \u00abLa Suisse, d\u00e9finition\u00bb Contester semble \u00eatre le propre de la d\u00e9mocratie. 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