{"id":47092,"date":"2022-03-19T14:59:46","date_gmt":"2022-03-19T13:59:46","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=47092"},"modified":"2022-03-19T14:59:46","modified_gmt":"2022-03-19T13:59:46","slug":"le-retour-episode-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-3\/","title":{"rendered":"\u00abLe retour\u00bb, \u00e9pisode 3"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-83\/\">Le Regard Libre N\u00b0&nbsp;83<\/a> \u2013 <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/elliot-mazzella\/\">Elliot Mazzella<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Chaque mois, <em>Le Regard Libre<\/em> publie le roman in\u00e9dit <em>Le&nbsp;retour<\/em> du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. Retour \u00e0 la fiction en ces pages, retour \u00e0 la vieille tradition du roman-feuilleton.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019absence, Joseph rentre dans son village natal. Arriv\u00e9 aux portes de ce dernier, les choses ne se passent pas comme pr\u00e9vu: personne ne semble le reconna\u00eetre. Croyant \u00e0 une plaisanterie, Joseph accepte de se battre avec son ancien ami, Pierre. Le combat ne tarde pas \u00e0 tourner \u00e0 l\u2019avantage de ce dernier. Joseph perd connaissance et les hommes, au milieu de la nuit, le ram\u00e8nent au village. C\u2019est chez la veuve, Agathe, que l\u2019\u00e9tranger sera log\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019\u00e9pisode (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>Ses yeux s\u2019entrouvrent, se referment. Joseph se sent pesant, comme si la veille on avait rempli son ventre de pierres. Sa t\u00eate est enfonc\u00e9e dans un traversin, il ne cherche pas \u00e0 se soulever, il n\u2019en a pas la force. Il est trois heures de l\u2019apr\u00e8s-midi et son lit ressemble \u00e0 un \u00eelot de p\u00e9nombre au milieu d\u2019une flaque de soleil. Joseph essuie la sueur de son front, il est fi\u00e9vreux. Lorsqu\u2019\u00e0 nouveau, il ouvre les yeux, les contours de la chambre se pr\u00e9cisent, il r\u00e9alise peu \u00e0 peu qu\u2019il n\u2019est pas chez lui. Mais il ne panique pas, ne se pose aucune question, tout cela le laisse profond\u00e9ment indiff\u00e9rent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une silhouette p\u00e9n\u00e8tre son champ de vision, il ne l\u2019a pas entendue arriver; le plancher grince. Elle se penche sur lui; seul son visage est d\u00e9couvert, son corps, lui, est emmitoufl\u00e9 dans une couverture piquante. Il aimerait se lever mais ne peut pas, il transpire, il aurait envie de s\u2019arracher la peau mais il ne bouge pas; il ferme les yeux, une main se pose sur son front, la femme repart dans le corridor, revient aussit\u00f4t avec une bassine d\u2019eau chaude. Elle tire la couverture, Joseph est nu, la porte se referme.<\/p>\n\n\n\n<p>Assis sur le lit, il h\u00e9site avant de se baigner. Rien ne peut troubler son reflet et pourtant quelque chose fait qu\u2019il ne s\u2019y reconna\u00eet pas. Il a faim, il a soif, il ne sait pas o\u00f9 il est. Ce n\u2019est peut-\u00eatre que cela\u2026 Accroupi, il cherche la brosse et la savonnette que la femme a laiss\u00e9es pour lui. Ses cheveux sont sales, son corps est bris\u00e9. Joseph se lave avec beaucoup de plaisir. Lorsqu\u2019il a fini, l\u2019eau est noire; il est \u00e9tonn\u00e9. Il ne se souvient pas du combat de la veille, du regard de Pierre lorsqu\u2019il l\u2019a suppli\u00e9 d\u2019arr\u00eater, sa m\u00e9moire s\u2019est dilu\u00e9e dans l\u2019eau et la crasse.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme de tout \u00e0 l\u2019heure entre, Joseph tressaille et cache son sexe derri\u00e8re ses mains; il se recroqueville sur lui-m\u00eame. Elle lui demande pardon, suspend \u00e0 la poign\u00e9e de porte des habits propres et un linge, et le prie de lui faire signe lorsqu\u2019il sera pr\u00eat. Les habits sont un peu grands, mais \u00e7a fera l\u2019affaire. Joseph toque \u00e0 trois reprises, Agathe le regarde un instant sans rien dire, troubl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous avez bien dormi? Il est bient\u00f4t quatre heures. Je suis Agathe, j\u2019imagine que vos parents ne vous ont jamais parl\u00e9 de moi\u2026 enfin, si vous \u00eates bien le fils de St\u00e9phane et Lucie\u2026 oh je ne devrais pas vous ennuyer avec \u00e7a\u2026 reposez-vous, reposez-vous, et quand vous aurez repris des forces, on vous indiquera le chemin et vous pourrez repartir et tout rentrera dans l\u2019ordre, et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sait qui il est, pourtant elle croit qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019ici, qu\u2019il est un voyageur \u00e9gar\u00e9 qui ne fait que passer et qui, demain sans doute, sera d\u00e9j\u00e0 reparti sur la route. Joseph ne se rappelle pas ce visage. Mais il sent qu\u2019il a une certaine influence sur cette femme qui n\u2019est pas laide, mais qui n\u2019offre \u00e0 ses yeux que vestiges, traces et ruines de beaut\u00e9. Sa pr\u00e9sence ravive en elle un souvenir; une porte qu\u2019elle croyait ferm\u00e9e \u00e0 jamais s\u2019est ouverte, elle entrevoit \u00e0 pr\u00e9sent la possibilit\u00e9 d\u2019un renouveau, d\u2019une jeunesse, d\u2019une virginit\u00e9. Joseph sourit, une complicit\u00e9 s\u2019\u00e9tablit entre eux. Il veut se lever mais Agathe recule brusquement comme un animal effray\u00e9; son visage s\u2019assombrit, \u00e0 nouveau recouvert par le voile de l\u2019angoisse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous ne devriez pas faire trop d\u2019efforts\u2026 reposez-vous. Je viendrai vous chercher quand le moment sera venu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, attendez, vous parliez de mes parents tout \u00e0 l\u2019heure, vous les avez connus?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Nous ne parlons pas des m\u00eames personnes\u2026 vous n\u2019\u00eates pas d\u2019ici\u2026 personne ne vous a jamais vu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph laisse \u00e9chapper un r\u00e2le, ses muscles le font souffrir, il respire \u00e0 grand-peine. Bient\u00f4t, il est oblig\u00e9 de prendre appui sur le lit et de s\u2019y laisser choir, l\u2019air lui manque, il inspire de toutes ses forces, la bouche grande ouverte, les yeux exorbit\u00e9s, mais rien ne vient; couch\u00e9 sur le ventre, la t\u00eate enfonc\u00e9e dans le matelas, il frappe contre le ch\u00e2lit de bois comme pour signifier \u00e0 son adversaire qu\u2019il se rend, qu\u2019il ne veut plus lutter. Il reprend son souffle peu \u00e0 peu. Agathe s\u2019assied \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s; elle lui caresse le dos pour le tranquilliser, lui faire comprendre qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 craindre, qu\u2019elle est l\u00e0 maintenant et qu\u2019elle ne l\u2019abandonnera pas. Il se tourne pour lui faire face, \u00e0 nouveau, elle se perd dans ses yeux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Parlez-moi de ces gens, parlez-moi de St\u00e9phane et Lucie. Apr\u00e8s tout, je ne fais que passer, demain au plus tard je serai sorti de votre vie, alors? Vous n\u2019avez absolument rien \u00e0 craindre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il marque un point; visiblement, elle est embarrass\u00e9e. Elle veut lui raconter, son visage lui rappelle cet homme qu\u2019elle a aim\u00e9, sa disparition, son mariage, la mort de son mari, le jour, enfin, o\u00f9 les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019appeler&nbsp;\u00abla veuve\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh vous savez, il \u00e9tait si gentil avec moi, il ne me battait jamais\u2026 au contraire, il aurait fait n\u2019importe quoi, il aurait tu\u00e9 pour moi\u2026 Vous savez, vous lui ressemblez beaucoup\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous parlez de votre mari?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, non, bien s\u00fbr que non\u2026 mon mari \u00e9tait un brave homme, mais moi je ne l\u2019aimais pas non, j\u2019en aimais un autre, moi j\u2019aimais St\u00e9phane. Et il le savait\u2026 mais il m\u2019a pardonn\u00e9, il n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 jaloux ou si, mais il se cachait, il avait honte. Il ne voulait pas me g\u00e2cher la vie qu\u2019il disait\u2026 j\u2019aurais pu le tromper, il n\u2019aurait m\u00eame pas bronch\u00e9, mais\u2026 je ne voyais pas non, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 aveugle\u2026 oh comme je regrette! Comme j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9go\u00efste! Mais non qu\u2019il disait mon mari, mais non tu ne l\u2019es pas, c\u2019est moi, je ne suis pas assez bien pour toi, je ne fais pas assez, laisse-moi te prouver que je vaux quelque chose, t\u2019as fait le bon choix Agathe, le bon choix\u2026 Mais non, je n\u2019ai pas fait le bon choix, je n\u2019ai jamais regard\u00e9 devant moi, toujours derri\u00e8re\u2026 peut-\u00eatre qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 que je me disais, peut-\u00eatre que St\u00e9phane m\u2019attendait au coin de la resserre, ou au puits, ou encore sur la place\u2026 Robert me parlait, je souriais, je l\u2019\u00e9coutais parler, moi je n\u2019avais rien \u00e0 lui dire. Il m\u2019aimait tellement que mon sourire lui suffisait, mais il ne voyait pas qu\u2019il \u00e9tait feint, que je faisais semblant, il ne m\u2019int\u00e9ressait pas. Et St\u00e9phane ne venait pas, il \u00e9tait heureux lui, il en aimait une autre, je l\u2019ai d\u00e9couvert, j\u2019ai eu du chagrin, beaucoup de chagrin, Robert m\u2019a consol\u00e9e, il a \u00e9chou\u00e9, il s\u2019est maudit. Je vous l\u2019ai dit, il aurait pardonn\u00e9 \u00e0 St\u00e9phane, il m\u2019aurait pardonn\u00e9, mais \u00e0 lui\u2026 il ne se pardonnait rien. Il \u00e9tait gentil mon Robert, sous son chapeau de paille, avec son visage tout rond et un peu rougeaud, ses pommettes saillantes et son gros pif qui ressemblait \u00e0 une patate\u2026 il \u00e9tait gentil mon Robert\u2026 Au fond, il ne manquait de rien. Moi je ne lui ai rien donn\u00e9, jamais rien, et pourtant j\u2019avais beaucoup, Dieu sait si j\u2019avais beaucoup! Mais je me pr\u00e9servais, je voulais tout garder pour lui, pour St\u00e9phane. Oh quel ennui! Vous savez ce que c\u2019est vous, l\u2019ennui? Je m\u2019ennuyais en sa compagnie, lorsqu\u2019il me prenait dans ses bras je m\u2019ennuyais, lorsqu\u2019on couchait ensemble je m\u2019ennuyais, toute ma vie j\u2019ai d\u00fb jouer la com\u00e9die, et le pire l\u00e0-dedans, c\u2019est qu\u2019il s\u2019interdisait de douter de moi, il m\u2019a toujours fait confiance mon Robert, toujours! C\u2019est moi qui l\u2019ai tu\u00e9! Je l\u2019ai \u00e9puis\u00e9, je l\u2019ai empoisonn\u00e9, je suis un monstre! C\u2019est mon ennui qui a eu raison de lui! Quand il a compris que je m\u2019en foutais de lui, que j\u2019en avais rien \u00e0 foutre de lui! il s\u2019est laiss\u00e9 mourir oui, il s\u2019est laiss\u00e9 crever mon Robert! Je me rappelle les derniers repas en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate\u2026 Vous savez, c\u2019est terrible quand on commence \u00e0 entendre le silence, quand il est assourdissant, le silence, quand le bruit des couteaux dans les assiettes vous donne envie de chialer, quand \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur vous tremblez mais que vous devez rester digne, le regarder, votre bonhomme malheureux, en vous disant que c\u2019est vous qui l\u2019avez tu\u00e9, c\u2019est \u00e0 cause de vous qu\u2019il est fan\u00e9 et tout rabougri, c\u2019est vous qui l\u2019avez d\u00e9figur\u00e9, c\u2019est vous qui avez tir\u00e9 les rideaux quand il faisait grand beau, vous qui vous \u00eates laiss\u00e9e aller, qui avez laiss\u00e9 la poussi\u00e8re et la crasse s\u2019accumuler dans toute la maison, c\u2019est vous qui ne parlez plus, qui n\u2019osez m\u00eame plus le regarder en face, parce que maintenant il vous fait peur, c\u2019est plus le gros nounours qui vous ch\u00e9rissait quand vous \u00e9tiez jeune et belle mais que vous avez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 enfermer dans une vieille armoire, c\u2019est \u00e0 cause de vous qu\u2019il peut vous faire violence, qu\u2019il peut vous battre \u00e0 pr\u00e9sent, s\u2019arroger ces droits que vous lui avez vol\u00e9s sans qu\u2019il ait son mot \u00e0 dire le pauvre mari, et tout \u00e7a parce qu\u2019il vous aimait oui, il vous aimait \u00e0 en crever et c\u2019est encore \u00e0 cause de vous qu\u2019il s\u2019est tu\u00e9, oui qu\u2019il s\u2019est jet\u00e9 dans la rivi\u00e8re au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e\u2026 il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se tuer pour vous d\u00e9barrasser d\u2019un poids, et on l\u2019a retrouv\u00e9 noy\u00e9, la face boursoufl\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9compos\u00e9e, il ressemblait plus \u00e0 rien mon petit Robert, plus \u00e0 rien vous comprenez, vous comprenez, vous\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pleure contre son \u00e9paule; sa pr\u00e9sence la r\u00e9conforte, elle s\u2019abandonne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais vous devez sans doute mourir de faim\u2009! attendez-moi, surtout ne bougez pas! je vais vous chercher quelque chose \u00e0 manger et \u00e0 boire aussi! je reviens tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph est g\u00ean\u00e9. Il a faim, tr\u00e8s faim, il se jette sur la nourriture comme un animal; il ne la voit d\u00e9j\u00e0 plus, il ne l\u2019entend plus, il l\u2019a oubli\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mangez, mangez, vous en avez bien besoin. Vous lui ressemblez beaucoup, vous savez\u2026 Vos yeux, votre regard noir, profond, vous cachez quelque chose, vous ne le savez peut-\u00eatre pas\u2026 Vous avez besoin d\u2019une femme, oui, voil\u00e0 ce qu\u2019il vous faut! vous avez besoin d\u2019une m\u00e8re! Vous \u00eates seul, on ne doit pas \u00eatre seul\u2026 Oui, je le vois dans vos yeux, St\u00e9phane ne m\u2019aimait pas, il ne m\u2019a jamais aim\u00e9e! Mais vous, oui, vous\u2026 quand vous serez redescendu, quand vous aurez travers\u00e9 la rivi\u00e8re dans laquelle Robert s\u2019est noy\u00e9, quand vous aurez regagn\u00e9 la ville avec son tumulte, ses gueulades, son air pollu\u00e9, trouvez-vous une femme qui vous aime et aimez-la, oui aimez-la de tout votre c\u0153ur, faites qu\u2019elle ne s\u2019ennuie jamais avec vous, prenez-la, faites-lui l\u2019amour, ne l\u2019ennuyez pas, faites-lui l\u2019amour oui, faites-lui l\u2019amour tous les jours, toutes les nuits et elle s\u2019occupera de vous, elle sera comme un refuge pour vous, comme un phare dans la nuit, comme\u2026 oh je suis d\u00e9sol\u00e9e\u2026 d\u00e9sol\u00e9e\u2026 St\u00e9phane\u2026 il est parti lui aussi\u2026 il a trouv\u00e9 refuge, il a son phare et il voit dans la nuit. Je suis d\u00e9sol\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 nouveau les sanglots, \u00e0 nouveau les ahans, tandis que l\u2019\u00e9tranger mange cette viande \u00e9lastique qu\u2019il n\u2019arrive pas bien \u00e0 avaler. Oui, il mastique, il est tr\u00e8s bruyant, mais c\u2019est tout ce qu\u2019elle a pu trouver, tout ce qu\u2019elle peut lui offrir\u2026 Elle s\u2019en veut de pleurer, elle accuse cette passion qui la d\u00e9vore et veut s\u2019en d\u00e9barrasser\u2026 oui, il faut qu\u2019il parte\u2026 il faut que ce Joseph s\u2019en aille\u2026 qu\u2019il foute le camp!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Agathe voudrait crier son malheur pour s\u2019en d\u00e9barrasser, mais elle ne peut pas, elle doit se contenir m\u00eame si elle a d\u00e9j\u00e0 perdu la face devant lui, ce bel \u00e9tranger qui remue le couteau dans la plaie, qui la regarde souffrir avec indiff\u00e9rence, qui est comme lui sans doute, comme son p\u00e8re, au-dessus de la crainte et de la piti\u00e9, au-dessus d\u2019une pauvre femme qui ne peut pas les comprendre, qui est trop b\u00eate pour cela, trop \u00e9go\u00efste, trop sentimentale. Mais ce n\u2019est pas lui, elle sait qu\u2019il n\u2019est pas le fils de St\u00e9phane et qu\u2019il faut qu\u2019elle arr\u00eate de le voir partout, de vivre avec ce fant\u00f4me qui la rejette comme la mer rejette un cadavre. Il faut qu\u2019elle le traite comme on traite un \u00e9tranger, puisqu\u2019apr\u00e8s tout, il n\u2019est rien de plus qu\u2019un \u00e9tranger, encore un con qui s\u2019est perdu en chemin, pourquoi en faire autant cas? lui raconter sa vie? Apr\u00e8s tout, il s\u2019en moque, qu\u2019est-ce que \u00e7a peut bien lui faire? une histoire de plus \u00e0 raconter \u00e0 ses amis et apr\u00e8s? un fou rire, une bonne blague, une histoire de veuve en somme.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La suite, le mois prochain<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/le-retour-episode-2\/\">Vers l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque mois, Le Regard Libre publie le roman in\u00e9dit \u00abLe\u00a0retour\u00bb du jeune auteur suisse Elliot Mazzella, sous forme de quinze \u00e9pisodes. 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