{"id":46084,"date":"2022-02-20T06:00:00","date_gmt":"2022-02-20T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=46084"},"modified":"2022-02-20T06:00:00","modified_gmt":"2022-02-20T05:00:00","slug":"en-1956-le-boycott-dans-le-sport-etait-un-acte-decomplexe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/sport\/en-1956-le-boycott-dans-le-sport-etait-un-acte-decomplexe\/","title":{"rendered":"En 1956, le boycott dans le sport \u00e9tait un acte d\u00e9complex\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-82\/\">Le Regard Libre N\u00b0&nbsp;82<\/a>&nbsp;\u2013&nbsp;<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/yves-di-cristino\/\">Yves Di Cristino<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Entre la Chine en f\u00e9vrier et le Qatar en novembre, le monde du sport n\u2019aura sans doute jamais \u00e9t\u00e9 autant confront\u00e9 \u00e0 des tentatives timides de boycott d\u2019\u00e9v\u00e9nements majeurs depuis plus de six d\u00e9cennies. Les Etats-Unis avaient bien fait l\u2019impasse sur les Jeux olympiques de 1980 \u00e0 Moscou en pleine guerre froide, mais peu rappellent l\u2019ann\u00e9e 1956, si particuli\u00e8re \u00e0 tous \u00e9gards. Et cela nous concerne aussi, en tant que Suisses, car la Conf\u00e9d\u00e9ration avait, comme sept autres nations, fi\u00e8rement d\u00e9cid\u00e9 de boycotter les JO de Melbourne. Les raisons, quant \u00e0 elles, vont dans tous les sens.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019article (abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>Le coup de poignard des Etats-Unis lors des Jeux olympiques de Moscou en 1980 a bon dos. Consid\u00e9r\u00e9 comme un acte politique fort pour certains, quoique grandement disproportionn\u00e9 pour d\u2019autres, la d\u00e9cision du Pr\u00e9sident Carter refait r\u00e9guli\u00e8rement surface. La plupart du temps, pour une partie d\u00e9sign\u00e9e de la classe politique, c\u2019est surtout pour exposer \u00e0 tous le contre-exemple \u00e0 ne jamais reproduire. Pour la classe oppos\u00e9e, c\u2019est l\u2019occasion de rem\u00e9morer un curieux pr\u00e9c\u00e9dent. Rassurez-vous: le d\u00e9bat de la v\u00e9ritable utilit\u00e9 des boycotts sportifs ne sera jamais r\u00e9solu. Les raisons d\u2019en brandir menace, en revanche, risque toujours plus de tourner assez court en rond.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/sport\/anti-racisme-le-jour-ou-le-sport-a-perdu-son-innocence\/\">Anti-racisme: le jour o\u00f9 le sport a perdu son innocence<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re question \u00e0 \u00e9lucider dans ce sens concerne la raison pour laquelle, dans la m\u00e9moire collective, la perspective des boycotts reste si am\u00e9ricano-centr\u00e9e. Pourquoi ne pas rappeler que le recours \u00e0 cette arme \u2013 aux effets pour la plupart du temps immensurables \u2013 n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 qu\u2019aux \u00e9lites occidentales, quoiqu\u2019aux plus grandes puissances? Etats-Unis, Royaume-Uni et Australie \u2013 la d\u00e9nomm\u00e9e alliance AUKUS qui grandit actuellement sur tuteur et qui, \u00e0 l\u2019unisson, a d\u00e9clar\u00e9 opposer un boycott diplomatique des actuels Jeux d\u2019hiver de P\u00e9kin \u2013 ne sont pas les seuls, dans l\u2019histoire r\u00e9cente, \u00e0 avoir recouru au torpillage partiel ou total d\u2019une comp\u00e9tition sportive. Plusieurs autres Etats (que vous n\u2019imaginez sans doute m\u00eame pas) l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque aujourd\u2019hui bien r\u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p>La Chine elle-m\u00eame, positionn\u00e9e aujourd\u2019hui parmi les victimes, avait d\u00e9cid\u00e9 de passer son tour lors des Jeux olympiques de Melbourne en 1956. Avec elle, mais pour des raisons compl\u00e8tement oppos\u00e9es, l\u2019Iraq, l\u2019Egypte, le Liban, les Pays-Bas, l\u2019Espagne et m\u00eame la Suisse avaient refus\u00e9 d\u2019envoyer des athl\u00e8tes en Australie. R\u00e9put\u00e9e pour sa neutralit\u00e9 active, la Suisse s\u2019\u00e9tait alors laiss\u00e9e embrigader lorsque la guerre froide avait frapp\u00e9 \u00e0 sa porte. Avec des r\u00e9sultats pourtant mitig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"chine-et-monde-musulman-en-retrait\"><strong>Chine et monde musulman en retrait<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En 1956, le contexte international et l\u2019\u00e9quilibre des puissances sont assez instables. La R\u00e9publique populaire de Chine, fond\u00e9e en 1949, acc\u00e9l\u00e8re l\u2019expansion du communisme sur le continent, alors que la guerre de Cor\u00e9e venait de s\u2019achever. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00eele de Ta\u00efwan, men\u00e9e d\u2019une main de fer par le g\u00e9n\u00e9ralissime Tchang Ka\u00ef-chek sous l\u2019appellation de R\u00e9publique de Chine, se r\u00e9clame toujours, depuis sa d\u00e9faite sur le continent, dirigeant de la Chine toute enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/politique\/vers-un-siecle-chinois\/\">Vers un si\u00e8cle chinois<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette longue bataille de reconnaissance s \u00e9galement \u00e9t\u00e9 men\u00e9e au sein du Comit\u00e9 international olympique. Refusant de participer aux Jeux olympiques de 1952 \u00e0 Helsinki en invoquant le principe d\u2019une Chine unie, Ta\u00efwan reconsid\u00e8re sa position quatre ans plus tard et obtient, sur le fil, le droit de participer aux Jeux de Melbourne. La reconnaissance par le CIO du comit\u00e9 olympique de Taipei, impliquant le brandissement du drapeau de la R\u00e9publique de Chine lors de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture le 22 novembre, provoquera sans d\u00e9tour le retrait imm\u00e9diat et soudain des athl\u00e8tes de la Chine continentale, d\u2019Australie. Un acte de puissance et de fiert\u00e9 qui marquera le premier d\u2019une longue s\u00e9rie de boycotts qui durera deux d\u00e9cennies, jusqu\u2019en 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment de la Chine, d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments g\u00e9opolitiques sont venus perturber l\u2019organisation des JO. Quelques jours seulement avant le d\u00e9but des comp\u00e9titions, le 29 octobre, \u00e9clate la crise du canal de Suez. En r\u00e9ponse \u00e0 la nationalisation du canal par le pr\u00e9sident \u00e9gyptien Gamal Abdel Nasser, les forces arm\u00e9es isra\u00e9liennes entrent sur le territoire d\u2019Egypte, rejoints sur place par la France et la Grande-Bretagne. Si les deux derni\u00e8res puissances europ\u00e9ennes se sont rapidement retir\u00e9es d\u2019\u00c9gypte, l\u2019invasion du pays par l\u2019Isra\u00ebl est pass\u00e9e nettement moins inaper\u00e7ue aux yeux du CIO et du comit\u00e9 d\u2019organisation local des Jeux de Melbourne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/sport\/pourquoi-sion-2026\/\">Pourquoi Sion 2026?<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 l\u2019annonce du retrait de l\u2019Egypte, de l\u2019Irak et du Liban des Jeux, les organisateurs r\u00e9torquent publiquement que la participation de l\u2019Isra\u00ebl, \u00e0 son tour, n\u2019\u00e9tait pas souhait\u00e9e. Pour le justifier, ils invoquent le fait que les pays en guerre n\u2019y sont, selon un protocole tr\u00e8s opaque, pas admis. La r\u00e9action du comit\u00e9 local aura \u00e0 son tour mis le CIO dans un \u00e9tat d\u2019apoplexie g\u00e9n\u00e9rale; l\u2019organe international de l\u2019olympisme avait toujours d\u00e9fendu que les Jeux olympiques ne regardaient jamais l\u2019\u00e9tat des relations politiques internationales. Or, bien que toujours prot\u00e9g\u00e9e, la neutralit\u00e9 du sport vis-\u00e0-vis de la politique n\u2019aura jamais \u00e9t\u00e9 aussi mise \u00e0 mal qu\u2019en cette ann\u00e9e 1956. Peut-\u00eatre serait-il temps d\u2019admettre que cette dite neutralit\u00e9 du sport n\u2019a jamais exist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"mais-alors-pourquoi-la-suisse\"><strong>Mais alors pourquoi la Suisse?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>De notre c\u00f4t\u00e9, si l\u2019on veut comprendre la position adopt\u00e9e par la Suisse dans ce capharna\u00fcm, il nous faut prendre un peu de hauteur, remonter deux ans plus t\u00f4t, et probablement prendre le premier train pour Budapest, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 sport et politique n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 plus m\u00eal\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans l\u2019histoire moderne.&nbsp;En 1954, la Suisse organise la Coupe du monde de football, la seule de son histoire par ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le contexte historique de la guerre froide, la comp\u00e9tition est lanc\u00e9e un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s la mort de Staline et, plusieurs milliers de kilom\u00e8tres plus \u00e0 l\u2019est, s\u2019engage une lente d\u00e9stalinisation du bloc sovi\u00e9tique qui trouvera \u2013 justement \u2013 son apog\u00e9e avec la pr\u00e9sentation du rapport Khrouchtchev en 1956. Etat-partie du pacte de Varsovie, la R\u00e9publique populaire de Hongrie voit sa politique \u00e9voluer; la d\u00e9stalinisation porte au pouvoir Imre Nagy, un homme d\u2019appareil qui reste cependant fid\u00e8le, les premi\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 la politique du bloc sovi\u00e9tique. Dans son gouvernement, Guszt\u00e1v Sebes occupe le poste de ministre des sports suppl\u00e9ant. Il est aussi le s\u00e9lectionneur national de l\u2019\u00e9quipe de Hongrie, sans doute l\u2019\u00e9quipe la plus redoutable du moment sur le plan mondial.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme invincible, atteint logiquement la finale \u00e0 Berne, le 4 juillet. Bien qu\u2019oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019une des autres grandes \u00e9quipes de l\u2019\u00e9poque, l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, le pays entier f\u00eate d\u00e9j\u00e0, au matin de la finale, le premier titre mondial pr\u00e9dit de leur \u00e9quipe nationale. Le socle sur lequel devait \u00eatre \u00e9rig\u00e9e la future statue des champions du monde est d\u00e9j\u00e0 en place devant le stade Nep de Budapest et personne n\u2019ose imaginer tressaillir une \u00e9quipe qui n\u2019avait plus perdu depuis plus de quatre ans et qui avait \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9e championne olympique deux ans plus t\u00f4t, en 1952.<\/p>\n\n\n\n<p>Le match tourne rapidement \u00e0 l\u2019avantage de la Hongrie. Un premier but de Ferenc Pusk\u00e1s (6<sup>e<\/sup>), puis un second de Zolt\u00e1n Czibor (8e) lance l\u2019euphorie de milliers de Hongrois parqu\u00e9s dans la tribune sud du Wankdorf. C\u2019est \u00e0 partir de maintenant que l\u2019histoire va basculer. Les Allemands parviennent \u00e0 revenir au score; \u00e0 la 18e minute, il y a d\u00e9j\u00e0 2-2. Le cours du match reste intense, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9alisation surprise, \u00e0 la 88e, de Helmut Rahn, auteur d\u2019un doubl\u00e9 et qui offre \u00e0 la RFA sa premi\u00e8re \u00e9toile mondiale. L\u2019\u00e9motion des uns contrebalance la d\u00e9ception des adversaires. A Berne, l\u2019air est devenu soudainement lourd, tandis qu\u2019\u00e0 Budapest, une r\u00e9volution vient d\u2019\u00e9clater.<\/p>\n\n\n\n<p>Divis\u00e9e par une vague de nationalisation d\u2019entreprises, l\u2019\u00e9viction de l\u2019\u00e9conomie capitaliste, la stagflation causant un bas niveau de vie pour beaucoup de gens et l\u2019impression d\u2019un profond malaise vis-\u00e0-vis du pouvoir sovi\u00e9tique, la population hongroise finit par se d\u00e9chirer d\u00e9finitivement au soir du 4 juillet 1954. Les premiers lieux de la r\u00e9volte sont concentr\u00e9s dans les locaux de journaux sportifs, dont celui de <em>Nepsport<\/em>, et les lieux embl\u00e9matiques de la capitale. Des tramways sont renvers\u00e9s au centre-ville et la r\u00e9sidence du vice-ministre des sports a \u00e9t\u00e9 lourdement saccag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des joueurs ne sont pas rentr\u00e9s \u00e0 Budapest au terme de la Coupe du monde, consid\u00e9r\u00e9s pour beaucoup comme coupables de tra\u00eetrise envers la patrie et symbole d\u2019un syst\u00e8me en totale perdition. L\u2019un des joueurs embl\u00e9matiques de la nation, Ferenc Pusk\u00e1s, tout comme quelques autres de ses co\u00e9quipiers, ne sont m\u00eame plus jamais retourn\u00e9s au pays. Ils \u00e9taient par ailleurs tous en tourn\u00e9e en Europe occidentale avec leur club respectif lorsque, en 1956, le destin du pays a compl\u00e8tement vacill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-suisse-embrigadee-par-la-hongrie\"><strong>La Suisse embrigad\u00e9e par la Hongrie<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Revenu au pays, le s\u00e9lectionneur national, qui n\u2019a jamais d\u00e9sert\u00e9 son poste, avait bien appel\u00e9 au retour des stars de son \u00e9quipe vice-championne du monde. \u00abRevenez! Toute la Hongrie vous accueillera avec enthousiasme\u00bb, s\u2019\u00e9tait-il exprim\u00e9 en 1956. Mais son appel \u00e9tait rest\u00e9 lettre morte. La l\u00e9gende du moment racontait m\u00eame que Czibor et Pusk\u00e1s avaient particip\u00e9 aux soul\u00e8vements dans la capitale lors de la r\u00e9volte du 23 octobre 1956 et que le second y aurait trouv\u00e9 la mort. Mais la rumeur s\u2019\u00e9tait aussit\u00f4t dissip\u00e9e; Pusk\u00e1s avait entam\u00e9 une nouvelle carri\u00e8re en Espagne et y \u00e9tait rest\u00e9 paisiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que pays h\u00f4te du Mondial de 1954, la Suisse s\u2019est retrouv\u00e9e dans une position d\u00e9licate. Et dans ces circonstances pour le moins inhabituelles, il a certainement \u00e9t\u00e9 difficile de rester de marbre. L\u2019affection humaine des Suisses vers ces h\u00e9ros d\u00e9chus de la nationale hongroise auront eu un impact s\u00e9v\u00e8re sur la dimension incarn\u00e9e du sport dans les affaires politiques. En 1956, la Conf\u00e9d\u00e9ration s\u2019en sera probablement souvenu, au prix m\u00eame de sa neutralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En deux ans, la situation interne au pays s\u2019est grandement p\u00e9jor\u00e9e. M\u00eame sans conna\u00eetre les arcanes du pouvoir, le tout Budapest appelle, comme en Pologne, le printemps en octobre. Il crie libert\u00e9, s\u2019attaque aux symboles du sovi\u00e9tisme, rejoint par les ouvriers des banlieues pauvres. Une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est amorc\u00e9e. Imre Nagy r\u00e9agit dans leur sens; il annonce une diminution de l\u2019influence communiste au sein de son gouvernement et finit m\u00eame, le 1<sup>er<\/sup> novembre, \u00e0 d\u00e9clarer l\u2019ind\u00e9pendance de la Hongrie vis-\u00e0-vis de la communaut\u00e9 des Etats socialistes. Un pas trop ambitieux pour l\u2019URSS et Nikita Khrouchtchev qui, dans la nuit du 3 au 4 novembre, convoie ses blind\u00e9s dans la capitale pour \u00e9touffer la menace contre-r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Curieusement, sans r\u00e9ponse exemplaire de la part des Etats-Unis (alors en pleine campagne pr\u00e9sidentielle), certains pays du bloc occidental r\u00e9agissent \u00e0 cette invasion de tanks par l\u2019Union sovi\u00e9tique. Quoique timidement. Les Pays-Bas et l\u2019Espagne refusent que l\u2019URSS prenne part aux Jeux olympiques qui ont lieu seulement trois semaines plus tard. Ils d\u00e9cident donc de boycotter les comp\u00e9titions. La Suisse, aussi marqu\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements de 1954, apporte son soutien au mouvement, sans tergiversation. La Conf\u00e9d\u00e9ration rend aussi le CIO attentif ai fait qu\u2019en raison de la situation politique en Hongrie, la d\u00e9l\u00e9gation magyare y serait injustement sous-repr\u00e9sent\u00e9e. Un nageur est alors emprisonn\u00e9 dans une ge\u00f4le sovi\u00e9tique, tandis qu\u2019un d\u00e9cathl\u00e8te a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 durant l\u2019invasion sovi\u00e9tique. La Hongrie a d\u2019ailleurs elle aussi longtemps r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la possibilit\u00e9 de faire l\u2019impasse sur les JO de Melbourne. Mais le pays a finalement d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y prendre part, cr\u00e9ant alors un paradoxe sans pr\u00e9c\u00e9dent alors m\u00eame que d\u2019autres pays souhaitant pourtant d\u00e9fendre son int\u00e9grit\u00e9 et sa souverainet\u00e9 s\u2019\u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 voyager en Australie. Les caciques de l\u2019olympisme n\u2019y avaient gu\u00e8re pr\u00eat\u00e9 attention, ce qui pose ici la question d\u00e9licate de la r\u00e9elle utilit\u00e9 des actes de boycott.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-suisse-independamment-de-tout-ira-bien-au-qatar-en-novembre\"><strong>La Suisse, ind\u00e9pendamment de tout, ira bien au Qatar en novembre<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re son image de rebelle un peu surjou\u00e9e, quelle est la v\u00e9ritable marge de man\u0153uvre pour que la Suisse, en tant qu\u2019Etat de dialogue, force de m\u00e9diation et pays attach\u00e9 \u00e0 sa neutralit\u00e9 active, puisse \u00e0 nouveau un jour se soumettre au boycott d\u2019une grande comp\u00e9tition sportive?<\/p>\n\n\n\n<p>Si la discussion n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e \u00e0 propos des Jeux olympiques de P\u00e9kin en ce mois de f\u00e9vrier, elle a pourtant \u00e9t\u00e9 maintes fois abord\u00e9e au regard de la prochaine Coupe du monde de football au Qatar qui se tiendra du 21 novembre au 18 d\u00e9cembre 2022. En cause, les violations au respect des droits de l\u2019homme dans l\u2019Emirat, l\u2019abrogation tardive de la Kafala (le syst\u00e8me r\u00e9gulatoire du travail des migrants), ainsi que la pol\u00e9mique entourant la construction des stades, ayant caus\u00e9, selon Amnesty International, la mort de plusieurs milliers de travailleurs \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment d\u2019autres Etats-nations, libres d\u2019adopter une opinion personnelle sur le sujet, la Suisse semble se trouver dans une d\u00e9licate posture sur le sujet. En r\u00e9alit\u00e9, un boycott du Mondial (ceci alors qu\u2019elle s\u2019y est brillamment qualifi\u00e9e au d\u00e9pens des champions d\u2019Europe italiens en fin d\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re) mettrait le gouvernement en s\u00e9v\u00e8re porte-\u00e0-faux vis-\u00e0-vis de sa strat\u00e9gie de politique ext\u00e9rieure. Et puis, la Suisse de 2022 n\u2019est plus celle de 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peuple helv\u00e9tique a \u00e9volu\u00e9, et avec lui, sa d\u00e9mocratie. Une tentative de sabotage, telle qu\u2019esp\u00e9r\u00e9e par une frange de la classe politique, quand bien m\u00eame finement et parfaitement argument\u00e9e, ne suffirait pas \u00e0 convaincre l\u2019ex\u00e9cutif d\u2019envisager un tel recours extr\u00eame. La situation internationale n\u2019est plus la m\u00eame non plus; nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019heure des d\u00e9clarations tapageuses et les brins de sauvagerie ont, semble-t-il, disparu des discours politiques actuels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comprenez, il s\u2019agit moins de faire pression sur les gouvernements autoritaires et les monarchies d\u2019un ancien temps que de tendre, par le dialogue, \u00e0 un id\u00e9al international accept\u00e9 de tous. Le ton conciliant de la Suisse est reconnu l\u00e0-m\u00eame o\u00f9 les autres tr\u00e8s grandes puissances travaillent souvent \u00e0 la hache. On lui reconna\u00eet d\u2019ailleurs un grand courage \u00e0 s\u2019accorder avec tout le monde, ind\u00e9pendamment des discordances et divergences profondes qui puissent la s\u00e9parer, parfois, de ses interlocuteurs. Elle agit aussi et travaille nettement moins dans l\u2019\u00e9motion qu\u2019il fut un temps. Voil\u00e0 aussi une tr\u00e8s grande diff\u00e9rence avec 1956.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur: <a href=\"mailto:yves.dicristino@lemultimedia.info\">yves.dicristino@lemultimedia.info<\/a><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ARTICLE LONG FORMAT, Yves Di Cristino | Entre la Chine en f\u00e9vrier et le Qatar en novembre, le monde du sport n\u2019aura sans doute jamais \u00e9t\u00e9 autant confront\u00e9 \u00e0 des tentatives timides de boycott d\u2019\u00e9v\u00e9nements majeurs depuis plus de six d\u00e9cennies. Les Etats-Unis avaient bien fait l\u2019impasse sur les Jeux olympiques de 1980 \u00e0 Moscou en pleine guerre froide, mais peu rappellent l\u2019ann\u00e9e 1956, si particuli\u00e8re \u00e0 tous \u00e9gards. Et cela nous concerne aussi, en tant que Suisses, car la Conf\u00e9d\u00e9ration avait, comme sept autres nations, fi\u00e8rement d\u00e9cid\u00e9 de boycotter les JO de Melbourne. 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