{"id":44857,"date":"2022-02-04T06:00:00","date_gmt":"2022-02-04T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=44857"},"modified":"2022-02-04T06:00:00","modified_gmt":"2022-02-04T05:00:00","slug":"coghuf-lartiste-qui-danse-sur-le-rostigraben","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/art-contemporain\/coghuf-lartiste-qui-danse-sur-le-rostigraben\/","title":{"rendered":"Coghuf, l\u2019artiste qui danse sur le \u00abR\u00f6stigraben\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/product\/le-regard-libre-no-82\/\">Le Regard Libre N\u00b0 82<\/a> \u2013 <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/aude-robert-tissot\/\">Aude Robert-Tissot<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Coghuf, de son vrai nom Ernst Stocker, est l\u2019un des peintres suisses majeurs du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Et pourtant, le premier ouvrage retra\u00e7ant l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de son \u0153uvre vient seulement de para\u00eetre. Au-del\u00e0 de l\u2019ind\u00e9niable importance d\u2019une monographie consacr\u00e9e \u00e0 un tel artiste pour l\u2019histoire de l\u2019art, elle a la particularit\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e sans barri\u00e8res, \u00e0 l\u2019image de la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste. Que l\u2019on soit du c\u00f4t\u00e9 de B\u00e2le, sa ville natale, ou des Franches-Montagnes, sa r\u00e9gion d\u2019adoption, tout le monde est unanime: Coghuf a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 et son \u0153uvre m\u00e9rite d\u2019\u00eatre remise en lumi\u00e8re. Chose faite, gr\u00e2ce \u00e0 un travail de grande ampleur rendu possible par l\u2019expertise du directeur de l\u2019ouvrage, le docteur en histoire de l\u2019art Yves Guignard, compl\u00e9t\u00e9 d\u2019une approche novatrice quant au bilinguisme de l\u2019ouvrage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more Lire l\u2019article (Abonn\u00e9s)-->\n\n\n\n<p>C\u2019est dans une ferme \u00e0 Muriaux, dans le Jura, qu\u2019a v\u00e9cu Coghuf la moiti\u00e9 de sa vie aupr\u00e8s de ses dix enfants, et qu\u2019il a peint la majeure partie de son \u0153uvre dans son pittoresque atelier dont tout a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9, fig\u00e9 depuis sa disparition en 1976. Un destin jurassien, donc, alors que rien ne pr\u00e9destinait l\u2019artiste \u00e0 s\u2019installer dans les Franches-Montagnes. N\u00e9 en 1905 \u00e0 B\u00e2le, c\u2019est \u00e0 Paris qu\u2019il s\u2019est form\u00e9 avant de d\u00e9couvrir le paysage jurassien en 1929 et de s\u2019y installer d\u00e9finitivement en 1934.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la peinture, le dessin, le vitrail, l\u2019\u0153uvre de Coghuf s\u2019\u00e9tend de l\u2019expressionnisme \u00e0 l\u2019abstraction, en passant pas une facture moderne et figurative. S\u2019il s\u2019est cherch\u00e9 pendant un certain temps, il a d\u2019abord peint en bon \u00e9l\u00e8ve \u00abun paysage exalt\u00e9, qui ploie sous la lumi\u00e8re, tirant jusqu\u2019au bout la le\u00e7on de van Gogh\u00bb, comme l\u2019affirme Philippe B\u00fcttner, conservateur du Kunsthaus de Zurich, qui signe l\u2019introduction de l\u2019ouvrage. Quelques ann\u00e9es plus tard, le peintre s\u2019est distanci\u00e9 de ses influences, affin\u00e9, en trouvant son propre style, et toujours selon B\u00fcttner: \u00abIl [Coghuf] a trouv\u00e9 maintenant son propre rythme, il dispose des accumulations de temporalit\u00e9 dans ces courbes, chemins, lignes et surfaces \u2013 cr\u00e9ant \u00e0 partir d\u2019elles ce moment fatidique de pr\u00e9sence de l\u2019image\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre de Coghuf jouit d\u2019une reconnaissance artistique de son vivant, gr\u00e2ce \u00e0 de nombreuses&nbsp; commandes d\u2019\u0153uvres publiques et expositions en Suisse comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mais ce qui le rend particulier, outre son caract\u00e8re sulfureux d\u2019enfant terrible (que l\u2019on d\u00e9couvre avec int\u00e9r\u00eat \u00e0 la lecture de nombreuses anecdotes dans la monographie), c\u2019est la fa\u00e7on dont son histoire et son \u0153uvre se sont construites par-dessus le \u00abR\u00f6stigraben\u00bb<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"l-enfant-terrible-balois\"><strong>L\u2019enfant terrible b\u00e2lois<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>B\u00e2le, la grande ville d\u2019art, rend hommage \u00e0 un de ses artistes phares tout au long de sa carri\u00e8re, \u00e0 travers des commandes publiques, des achats d\u2019\u0153uvres pour le Kunstmuseum. Aussi, elle lui consacre notamment une exposition individuelle en 1959 \u00e0 la Kunsthalle, et une autre \u00e0 sa mort en 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>Point int\u00e9ressant, \u00e0 la suite de sa r\u00e9trospective de 1959, Coghuf ne se reposera pas sur son succ\u00e8s al\u00e9manique, comme le d\u00e9clare Yves Guignard: \u00abIl est amusant de constater que ce prestige institutionnel ne lui monte pas \u00e0 la t\u00eate puisqu\u2019il est capable, quelque mois plus tard, d\u2019exposer dans une \u00e9cole secondaire, \u00e0 Moutier. [\u2026] On pourra conclure qu\u2019il se tourne \u00e9galement de plus en plus vers la Suisse romande et que dans le m\u00eame temps cette derni\u00e8re lui offre toujours plus d\u2019opportunit\u00e9s\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Coghuf dansait sur le \u00abR\u00f6stigraben\u00bb. En effet, \u00e0 aucun moment il ne s\u2019est repos\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre. Il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019allier travail et amour pour les Franches-Montagnes, sans jamais oublier sa ville natale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-reconnaissance-jurassienne\"><strong>Une reconnaissance jurassienne<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s la cheffe de l\u2019Office de la culture du canton du Jura, Christine Salvad\u00e9, qui signe la pr\u00e9face du livre, le canton doit beaucoup \u00e0 Coghuf, pour ses \u0153uvres sublimant l\u2019espace public, mais surtout pour sa position engag\u00e9e dans l\u2019affaire de la place d\u2019armes: une affaire qui a chamboul\u00e9 la r\u00e9gion \u2013 alors bernoise \u2013 entre 1955 et 1976, \u00e0 la suite d\u2019un projet du d\u00e9partement militaire f\u00e9d\u00e9ral qui souhaitait acqu\u00e9rir des terrains priv\u00e9s de la r\u00e9gion pour y b\u00e2tir une caserne d\u2019entra\u00eenement de blind\u00e9s. Un tel chantier aurait d\u00e9vast\u00e9 le paysage et la nature si chers aux Francs-Montagnards et \u00e0 Coghuf, qui y vivait depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste se place en coriace d\u00e9fenseur dans cette lutte, cr\u00e9ant plusieurs affiches marquantes pour tous les locaux, qui les brandiront lors de manifestations. Comme le souligne Christine Salvad\u00e9, \u00abCoghuf, le B\u00e2lois, celui qui marche par-dessus les fronti\u00e8res, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme le premier des Jurassiens, en tout cas parmi les artistes, alors m\u00eame que le canton n\u2019avait encore pas acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 son ind\u00e9pendance\u00bb. Cet \u00e9pisode amorce sa reconnaissance en Suisse romande qui culminera avec sa participation \u00e0 l\u2019exposition nationale \u00e0 Lausanne en 1964, validant sa cons\u00e9cration \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-monographie-pour-tous\"><strong>Une monographie pour tous<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019art suisse, on a souvent affaire \u00e0 des ouvrages bilingues, traduits dans leur enti\u00e8ret\u00e9 de fa\u00e7on sym\u00e9trique, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9p\u00e9titive. Dans le cas pr\u00e9sent, cette monographie vivante se parcourt dans son int\u00e9gralit\u00e9, quelle que soit la langue du lecteur. Les archives photographiques dans le texte principal d\u2019Yves Guignard sont diff\u00e9rentes d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, ce qui rend au minimum le feuilletage de la seconde partie pertinente. Un \u00e9quilibre a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 en termes de contributeurs, deux Suisses allemands, puis trois Romands, chacun traduit. Une sorte d\u2019alliance, par-dessus les barri\u00e8res de langue et de culture sp\u00e9cifiques \u00e0 la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette monographie rend absolument hommage \u00e0 un artiste digne d\u2019\u00eatre connu, ou reconnu, avant qu\u2019une future exposition n\u2019attire les foules, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 du \u00abR\u00f6stigraben\u00bb comme de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteure:&nbsp;<a href=\"mailto:aude.robert-tissot@leregardlibre.com\">aude.robert-tissot@leregardlibre.com<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Credit photo: \u00a9 <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Detail_2,_Wand_Mosaik,_Kennen_und_Erkennen,_1955%E2%80%9360,_Universit%C3%A4t_Basel,_Schweiz._Von_Coghuf,_Ernst_Stocker_(1905%E2%80%931976)_K%C3%BCnstler.jpg\">Wikimedia<\/a> CC 4.0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Yves Guignard<\/strong><br><em><strong>Coghuf<\/strong><\/em><br><strong>Editions Vexer<\/strong><br><strong>2021<\/strong><br><strong>360 pages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\" href=\"https:\/\/vexer.ch\/en\/products\/coghuf?_pos=1&amp;_sid=456cdbb21&amp;_ss=r\">COMMANDER LE LIVRE<\/a><\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ARTICLE LONG FORMAT, Aude Robert-Tissot | Coghuf, de son vrai nom Ernst Stocker, est l\u2019un des peintres suisses majeurs du XXe si\u00e8cle. Et pourtant, le premier ouvrage retra\u00e7ant l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de son \u0153uvre vient seulement de para\u00eetre. Au-del\u00e0 de l\u2019ind\u00e9niable importance d\u2019une monographie consacr\u00e9e \u00e0 un tel artiste pour l\u2019histoire de l\u2019art, elle a la particularit\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e sans barri\u00e8res, \u00e0 l\u2019image de la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste. Que l\u2019on soit du c\u00f4t\u00e9 de B\u00e2le, sa ville natale, ou des Franches-Montagnes, sa r\u00e9gion d\u2019adoption, tout le monde est unanime: Coghuf a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 et son \u0153uvre m\u00e9rite d\u2019\u00eatre remise en lumi\u00e8re. 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